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10-01-2018

09:11

Hommes de Dieu ou extrémistes ? Par Mohamed Ghoulam El Hadj Cheikh

Yakh Abdou - Aux moments critiques et en période d’effervescence et de troubles, la tâche des réformateurs n’en est que plus dangereuse, plus délicate. Le public est mû par l’émotion, les habitudes l’amènent vers ce qu’il perçoit comme juste.

Du coup, le discernement s’amenuise et la coutume prend le dessus, de sorte que l’on se retrouve au milieu d’une foule en furie, contraint à brandir des banderoles écrites par d’autres, à signer des communiqués rédigés par autrui, et ce sans la moindre hésitation.

Sinon, on subira un flot de réprimandes et une vague de scepticismes qui risqueraient d’ébranler tes constantes, tes pensées, tes aspirations. Il n’y a rien de nouveau en cela, l’Imam Chatibi a dit dans la préface de son livre « Les valeurs du cloître » :

« Cependant je me trouvais au sein du programme du public, en qualité d’imam, de prédicateur et lorsque je voulus me redresser sur la bonne voie, je me suis trouvé étranger au sein de la multitude, car les habitudes avaient pris le dessus et des vicissitudes s’emmêlèrent aux valeurs initiales ».

Puis il ajoute, citant le maître des hommes du culte après les compagnons du Prophète, Ouweis al-Qarni : « L'ordre (de faire) du bien et la dissuasion (de faire) du mal n’ont point laissé d’ami au croyant. Nous leur enjoignons (de faire) du bien et les voilà qui nous calomnient, et pour ce faire des gens du vice viennent à leur secours, au point qu’ils m’ont accusé des pires actes et je jure par Allah de ne guère les laisser jusqu’à ce que j’obtienne justice à leur endroit ».

Ouweis al-Qarni n’est pas n’importe qui, lui qui a été agréé par le Prophète Paix et Salut sur Lui conformément au Sahih Muslim. Omar Ibn al-Khattab s’est incliné face à lui, dans l’attente de sa supplication. Ouweis figure dans aux premiers rangs des croyants et des adorateurs.

Tout comme l’imam Chatibi qui est un homme d’érudition, célèbre pour ses concordances totales avec la charia, le droit musulman et l’attachement à sa voie. Pas plus l’un que l’autre, n’ont échappé aux accusations dans la religion et la mise en doute de leurs desseins. C’est donc le tribut à payer pour ceux qui empruntent le chemin de la réforme et opposent à l’injustice la sagesse et la tempérance.

Hommes de Dieu ou extrémistes ?


Allah veut que nous soyons des savants, des hommes de Dieu, alors que certains nous qualifient d’extrémistes, outrepassant ainsi la voie claire fixée par le Saint verset (Mais «Devenez des savants, obéissant au Seigneur, puisque vous enseignez le Livre et vous l'étudiez».

La préoccupation du mouvement islamique modéré n’est autre que le changement constructif, autrement dit la refonte des sociétés de manière à leur donner l’allure de la société du temps du Prophète et la remise en cause des coutumes sans commune mesure avec la religion, legs de générations qui ont relevé ces us au rang supposé de sunna, pour ne garder que celles qui sont en adéquation avec les valeurs islamiques.

Au sens du verset, le savant, l’homme de Dieu, ou savant, au sens du verset précédemment cité, ce n’est pas ce trublion fanatique, quelque sincère soit intention, attiré par ceux qui l'enflamment. C’est en revanche c’est un prêcheur à la vision claire, aux idées profondes, qui élève le drapeau et traverse le chemin pour la victoire et el triomphe de son peuple. Même si, au demeurant, les goûts et les opinions des uns et des autres divergent.

Partant, est homme de Dieu celui qui se caractérise par le savoir en sciences islamiques, en droit musulman, outre la sagesse, la modération, la tempérance et la rectitude pour pouvoir intercéder, prendre part aux médiations afin de régler les différends entre musulmans.

Il dirige les affaires des gens, en leur inculquant le Bien, en les exhortant à agir selon leurs intérêts, tant ici-bas que dans l’au-delà. Le sage, pieux, respectueux des préceptes de l’Islam, tuteur qui prend en charge les préoccupations des gens, sur la voie suivie par ceux qui jugent équitablement parmi les médiateurs, en décidant du mieux pour leur avenir ici-bas et dans l’au-delà. A l’aune de la rétribution du bien en matière de religion et des choses de la vie. C’est ainsi qu’ils entrent dans le cadre de ceux qui sont désignés par l’ordre divin : (Mais au contraire) « Devenez des savants ».

Les savants sont le pilier des gens en matière de droit, de sciences, des choses de la religion et de la vie. A cet égard, Moujahid affirme : « Ils sont au-dessus des ermites, car les ermites sont des certes savants, mais ces derniers se distinguent par la maîtrise tant de la science que du droit. Dotés de clairvoyance en politique, ils sont à même de gérer et de s’occuper des affaires du peuple, et ce qui améliore et leur quotidien et leur religion.

J’ai cité ces exemples pour illustrer mes propos, et indiquer que la mission de l’ordre de faire du bien et la dissuasion de faire du mal, et l’amélioration des conditions de la communauté, ne sont pas choses aisées ni faciles. Cela exige du savoir, de la sagesse, de la sagacité, l’usage de la loi des équilibres, autant de préalables qui renforcent la responsabilité de ceux qui sont au devant de la scène et sont témoins à charge ou à décharge pour leurs contemporains. Il leur incombe d’être fidèles aux gens et de les conseiller de faire ce qu’ils considèrent comme relevant du droit, au regard de la loi, la chari’a divine, et de l’intérêt, même en cas d’opposition avec leurs goûts et leurs désirs.

La réalisation de l’objectif

Il n’y a pas de divergence sur la nécessité de vénérer le Saint Prophète, et honni soit celui qui s’en prend au Dernier Messager d’Allah. L’humanité entière mériterait de mourir pour la défense ne serait-ce que d’un cheveu du Prophète, Paix et Salut sur Lui, il y a un consensus sur ce point.

Il faut rappeler que l’Etat musulman et ses lois qui protègent le Prophète et les symboles musulmans, criminalisent l’atteinte au statut du prophète et à de tels symboles, un tel acte étant passible de sanction légale de la part de l’Etat et de ses institutions et non pas de la part des individus, ces derniers n’étant pas habilités à appliquer la loi.

La divergence porte plutôt sur d’autres sociétés qui ne se trouvent pas sous l’autorité de l’Etat musulman, n’en réfèrent pas à l’Islam ni à ses lois, où les musulmans ne dirigent pas les affaires publiques. C’est dans ce cas qu’il y a divergence, lorsque les musulmans prennent les armes pour punir ces sociétés sur leurs erreurs ou celles de certains des leurs, pour s’être insurgés contre les musulmans, et provoqué des troubles au sein des musulmans, empêché le prêche par les musulmans. C’est alors qu’il y a divergence ou polémique.

Confusion intentionnelle


Une attaque armée conduite par des musulmans en France, usant de la force des armes y voyant un soutien au Prophète Paix et Salut sur Lui et visant à venger Son Honneur, contre les caricatures blasphématoires, a ciblé l’infâme et honteuse feuille de choux française qui les a publiées (il s’agit de Charlie Hebdo, Note du Traducteur) qui ose s’en prendre au Saint Prophète.

J’ai accompli des efforts, moi ainsi que d’autres parmi les dirigeants du parti (le Rassemblement National pour la Réforme et le Développement, RNRD en français, Tawassoul en arabe, Note du Traducteur) pour clarifier notre position quant à l’usage de force et armes. C’est une position de principe en adéquation avec nos idées et thèses. Nous refusons l’usage de la force et des armes, les attentats et les meurtres au nom de la religion, dans la mesure où cette religion pâtit des conséquences de tels actes qui nuisent plutôt qu’ils ne servent l’Islam et les musulmans, confrontés à une guerre sans merci et à la défiguration de la religion et de ses enseignements.

Notre position est constante, en harmonie les précédentes. Ce que nous avons toujours exprimé toutes les fois que surviennent des actes de violence commis au nom de la religion. Comme ce fut le cas à Tourine, à El Ghallaouiya, et auparvant à Lemgheïty, alors que nous étions en prison. Outre l’assassinat de quatre touristes français à Aleg et lors de toutes les opérations ciblant des hôtes du pays ou l’armée mauritanienne.

Nous avons aussi totalement refusé la mainmise par la force et la violence des villes maliennes par des groupes armés. Tout en récusant sans ambages la guerre que la France mène au Mali.

Autant de positions claires ayant en commun le refus de l’usage de la violence à moins que ce ne soit sur une scène où la vérité est établie, au travers d’une résistance indubitable défendant une nation et un pays qui subissent une colonisation, une invasion, comme c’est le cas en Palestine sous le joug de l’occupation sioniste inique. Il s’agit aussi du refus de l’intervention et l’ingérence étrangères.

A la suite de telles positions de principes, nous avons subi une campagne sans répit de la part des deux camps. Dont le premier est aux aguets, incitant à notre dénigrement, interprétant nos faits, gestes et paroles aux pires conjectures. Ce camp est au demeurant orienté par des parties en corrélation avec les protagonistes traditionnels et les cercles en guerre qui s’évertuent à faire des islamistes de groupes extrémistes devant nécessairement faire aveu de leur implication et satisfaire ainsi les desseins inavoués de leurs ennemis.

Par conséquent, si les islamistes agissent dans un sens autres que celui voulu par ces cercles, ou si les islamistes font preuve de sagesse et de discernement inattendus, c’est alors l’hallali, un flot d’accusations gratuites, de guerre verbale, par opportunisme, utilitarisme…

Mais, il n’échappe guère à l’observateur averti qu’une telle campagne est sélective, centrée sur le parti Tawassoul et ses positions, au prix de moyens détournés et de partis pris, se révélant lâche par rapport au communiqués de l’Union Pour la République et à la déclaration explicite du Gouvernement mauritanien, dénonçant une telle opération. Hélas, l’erreur et l’injustice, mènent immanquablement à une telle attitude.

Pire, il en qui ne voudraient guère à l’Islam de régime, ni d’aptitude à gouverner, ralliant ceux qui ne perdraient pas l’opportunité de porter atteinte à l’Islam, à ses régimes et à ses symboles. A telle enseigne que le loup s’est révélé agneau, s’évertuant à muer en rapaces des oiseaux frêles.

Tandis que le second camp est fait de gens de biens, pieux. Ils comptent certains qui n’ont pas encore assimilé les particularités du projet islamiste, et n’en distingue point les objectifs de réforme sociétale profonde, de révision de certaine idées reçues, galvaudées, qui sont abusivement attribuées à l’Islam en dépit du fait que l’Islam les rejette et les récuse.

Parmi ces idées reçues erronées le caractère prétendument licite de l’assassinat des non-musulmans, qui serait autorisé et compterait pour du Djihad au nom d’Allah, et particulièrement lorsque les victimes seraient au nombre des ennemis de l’islam, de ceux qui se moquent de ses significations, de ses symboles et de ses valeurs.

Le mobile d’une telle engeance n’est que l’étendue de l’amour, de l’attachement commun à l’égard de notre Saint Prophète, Paix et Salut sur Lui, l’observance de ses enseignements, de sa voie. En sa qualité de lumière de notre vie. Car la vie du Prophète, ses actes et ses paroles, Paix et Salut sur Lui, sont le motif du respect de sa Sunna, le fondement de son imitation et de l’obéissance à ses enseignements. Parce que la finalité de la Loi islamique globale et ses jugements généraux, exige de s’imprégner des préalables, de parvenir à une intellection des nouveaux phénomènes inédits, de lier les actes à leurs conséquences éventuelles. Etant entendu que l’Islam et les musulmans sont un corps commun.

Par conséquent, il convient de prendre en considération les intérêts de l’Islam et des musulmans pour toute action et toute parole visant à servir l’Islam. Gardons-nous de tomber dans l’écueil évoqué dans ce diptyque du poète Mohamed Yahya Hamoud Abdel Wedoud, traduisant le célèbre vers de l’Imam Chafi’i :

رام نفعا فضر من غير قصد

ومن البر ما يكون عقوقا

Voulant du bien il fait mal, par inadvertance

C’est l’insoumission aux allures d’obéissance !

A suivre...

Traduction de Med Yahya Hamoud Abdel Wedoud (O/ Hamoud O/ Abdel Wedoud)



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