17:30
Mauritanie-CEDEAO: Redisse mauritanien, un nouveau bridge ou un ancien trait d’union ?
Dr Sidi El Moctar Ahmed Taleb - Dans le cadre de sa coopération avec la CEDEAO, la Banque Mondiale a octroyé à L’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OOAS) un financement pour un Projet Régional de Renforcement des Systèmes de Surveillance en Afrique de l’Ouest (REDISSE).
Les dernières épidémies d’Ebola et de grippe aviaire, l’émergence et/ou la réémergence d’autres zoonoses et enfin, les erreurs commises par le passé dans ce domaine, semblent être à l’origine d’une nouvelle prise de conscience du vieux constat : la santé humaine et la santé animale sont et interdépendantes et liées à la santé des écosystèmes dans lesquels elles coexistent.
Ce constat se traduit, depuis 2000, dans le concept «One health/une seule santé ».
Suite à l’adoption de plus en plus de cette nouvelle approche et l’orientation des partenaires techniques et financiers vers la coordination de leurs interventions, le projet REDISSE qui semble s’inscrire dans cette ligne, se caractérise par, outre sa couverture d’un espace régional aussi vaste, son ambition d’intégrer désormais la santé humaine et animale ainsi que l’environnement.
Concernant le but du projet, c’est « de renforcer les capacités de prévention et de gestion des épidémies des pays membres de la CEDEAO à travers (i) le renforcement des capacités intersectorielles nationales et régionales pour une surveillance collaborative de la maladie, et la préparation aux épidémies en Afrique de l’Ouest, en jugulant les faiblesses des systèmes sanitaires humain et animal qui entravent la surveillance et riposte efficace des maladies ; (ii) l’apport, en cas d’urgence, de réponse immédiate efficace à la dite urgence».
La volonté de la Banque Mondiale à faire bénéficier la Mauritanie de la phase actuelle de ce projet, va constituer alors une première concrétisation du dernier accord d’association avec la CEDEAO. Mais, vat-il s’agir là d’un nouveau bridge créé ou tout simplement d’un ancien trait d’union dépoussiéré ?
Une chose est sûre. Déjà des études ont été réalisées par des consultants de la Banque Mondiale portant d’un côté, sur un diagnostic détaillé de nos systèmes actuels de surveillance des maladies humaines et animales et de l’autre, sur comment peut-on ajouter le volet environnement à ces systèmes et ainsi obtenir un système, à trois dimensions, harmonieusement intégré.
D’ailleurs, c’est dans ce cadre que la Direction des Aires Protégées et du Littoral du Ministère de l’Environnement et du Développement Durable a organisé, le 18 Janvier courant à l’Hôtel Al-Khaima, un atelier de concertation et consultation publique sur un projet national REDISSE, conçu sur la base des études précédentes et jouissant, à ce stade, de l’aval des parties directement concernées.
Lors de cet atelier, il a été question pour les participants d’examiner et améliorer les documents de ce projet mauritanien de renforcement des capacités des systèmes nationaux de surveillance des maladies ; le but final étant de parvenir à une proposition répondant à la fois aux préoccupations prioritaires de la Mauritanie et aux orientations de la BM à ce sujet dans la région et par rapport à une intervention désormais coordonnée des partenaires.
Ma participation à cet atelier, en ma qualité de Président de la Société Mauritanienne de Biodiversité et des Ecosystèmes Marins et Littoraux, me donne l’occasion de faire un certain nombre de recommandations à l’endroit surtout de nos pouvoirs publics.
Alors, je les invite à repenser, indépendamment de ce projet REDISSE, les systèmes nationaux de surveillance des maladies et infections pouvant être transmissions directement lors d’un contact entre un animal et un être humain ou indirectement par la voie alimentaire ou par l’intermédiaire d’un vecteur.
Là, devront être prises en compte des situations particulières comme le cas de contamination dans des laboratoires de recherche et lors de l’exercice de certaines professions (éboueurs, taxidermistes, agriculteurs, éleveurs, vétérinaires, forestiers, etc.).
Il s’agit d’abord, pour ces pouvoirs, de revoir l’ensemble des parties nationales pouvant être concernées dans nos systèmes de surveillance des maladies dans leur nouvelle conception.
C'est-à-dire définir les administrations ayant un rôle dans le contrôle (i) des points frontaliers d’entrée et sorties des personnes et animaux, (ii) des aéroports et (iii) de l’import, l’export, la distribution et l’usage de tout ce qui peut constituer une source de nuisance (produits toxiques utilisés dans l’extraction de certains minerais comme l’or), etc.
S’imposerait également la révision de l’arsenal juridique national pour y transcrire les dispositions des conventions ratifiées par notre pays dans les domaines ci-dessous, combler les vides éventuels et éviter les conflits de compétences entre les diverses administrations impliquées directement ou indirectement.
D’aucun n’ignorent que le pays dispose de plusieurs textes disparates et qui ne manquent pas de dispositions inadaptées et de besoin d’harmonisation. On peut citer le code de l’hygiène, le code de l’environnement, le code de l’élevage, le code de l’eau, d’autres textes dans le domaine de l’assurance-qualité, etc.
Lors de ces opérations, on ne manquera pas de découvrir le besoin de :
- prendre les textes d’application des lois une fois réadaptées et harmonisées ;
- créer une police sanitaire composée d’agents des ministères les plus concernés et de préciser ses pouvoirs. A propos, pourra-t-on faire appel aux infirmiers militaires et civils à la retraite.
- préparer les populations à contribuer efficacement à la promotion de nos systèmes de surveillance des maladies sachant qu’il s’agit là d’une œuvre non seulement du corps médical sous toutes ses catégories, mais aussi de la puissance publique et des populations.
D’autre part, serait-ce aussi l’occasion pour moi d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur le fait que ce genre de projet à porté régionale, induit toujours -ne serait-ce que dans des cas de nécessité extrême pour une riposte urgente- une libre circulation des personnes et des biens.
Les dangers liés (1) aux vecteurs des maladies, (2) à la migration illégale et (3) au terrorisme, constitueront certainement le revers de la médaille de cette liberté prônée par les grands ensembles en tant qu’une étape importante sur la voie d’une vraie intégration. La vigilance et le calcul des risques, devront donc être de mise.
Dr Sidi El Moctar Taleb Hamme