Cridem

Lancer l'impression
02-08-2021

12:30

Haute Cour de Justice : Election des membres et du président dans l’indifférence générale

L'Eveil Hebdo - Alors que l’ex-président Mohamed Ould Abdel Aziz croupit en prison depuis plusieurs semaines, l’Assemblée Nationale vient d’achever le processus de mise en place de la Haute Cour de Justice, par l’élection de ses membres et de son président. Un vote qui s’est déroulé dans une indifférence générale, comme si les Mauritaniens étaient passés à autre chose.

Quelques brèves sur des sites Internet et c’est tout. Alors que cette Cour est susceptible de juger pour la première fois de l’histoire du pays un ancien Président - s’il est reconnu coupable de haute trahison - c’est comme s’il s’agissait d’un fait tout à fait banal.

Ainsi donc, l’Assemblée Nationale avait approuvé à l’unanimité dernière, les membres de la Haute Cour de Justice, constituée de 9 membres, représentant l’ensemble des groupes parlementaires de la chambre.

Immédiatement après leur élection, les membres de la cour ont prêté serment dans l’hémicycle de l’assemblée nationale. La Haute Cour de Justice est constituée de 9 magistrats et 9 suppléants, 6 appartenant à l’Union Pour la République (UPR), suivant le système de la proportionnelle fixé par le règlement intérieur de l’assemblée nationale.

Le coup de tonnerre !


Les membres de la Haute Cour de Justice ont élu par la suite, le député de Ouad Naga, Jemal O. El Yedaly à la présidence de l’instance. Une séance qui a connu une surprise de taille, le retrait par Hbib O. Djah de la Haute Cour de Justice alors qu’il était pressenti par le parti au pouvoir, l’UPR, pour la présidence de l’institution.

Il avait présidé le groupe parlementaire de l’UPR et dirigé la commission d’enquête parlementaire chargée de faire la lumière sur la décennie Aziz et a présidé, étant l’ainé des membres de la haute cour de justice, la première séance de celle-ci, comme le prévoit la loi la créant.

La majorité des prévisions faisaient d’Ould Djeh le candidat de l’UPR pour la présidence de la cour quand bien même d’autres évoquaient le nom de Jemal O. El Yedaly, actuel président du groupe parlementaire du parti au pouvoir. Ould Djeh est allé même plus loin en se retirant de la commission, faisant désormais place à sa suppléante, la députée Aichetou Amar Noueïss.

Pour sa part le président de la cour, Jemal O. El Yedali a déclaré, après son élection, qu’il était honoré de présider cette institution et que Hbib O. Djah restera toujours « notre doyen et notre père auquel on se référera pour toute consultation ou conseil ». Ould El Yedaly a nié tout différend à propos de la présidence de la cour, une réponse tacite aux multiples informations apparues dans les médias et reprises sur les réseaux sociaux.

Fin du processus ou nouvelle étape du dossier dit «de la décennie» ?

Le dossier de la corruption de la décennie de règne de Ould Abdel Aziz ne cesse en effet de connaître des rebondissements à n'en a pas finir. La mise en place même de la Haute Cour de Justice a connu des retards qui ont laissé l'opinion nationale circonspecte quant à l'issue de cette affaire ayant du mal à décrypter l'attitude des parlementaires tiraillés dans des querelles intestines quant à la constitution de la Haute Cour de Justice(HCJ).

Face au scepticisme ambiant des mauritaniens quant au sort qui sera réservé au dossier de la corruption, le premier ministre avait levé un coin du voile vendredi 29 janvier dernier face aux députés.

Le Premier Ministre Mohamed Ould Bilal avait en effet déclaré que le dossier d'enquête issu des travaux de la commission d'enquête parlementaire entrera dans sa phase d'accusation la semaine d’après. «Le gouvernement n'a pas retardé ni fait obstruction au dossier en question», avait-t-il soutenu.

L’enquête concerne des personnes et des disfonctionnements inhabituels, d’où la nécessité de prendre le temps suffisant pour la vérification, afin d’éviter toute injustice et que tous les éléments soient authentifiés’’, a-t-il ajouté.

Phase de jugement ?

Ould Bilal avait par ailleurs démenti toute intention de retarder le dossier ou de revenir sur les décisions prises par le président, insistant sur l’application de loi a à tous, notamment en ce qui concerne les accusés qui ont été nommés ou qui occupaient des fonctions avant l'enquête.

Il y a plusieurs mois, la police a procédé à une enquête prolongée basée sur les conclusions du rapport de la commission d'enquête parlementaire qui a passé au peigne fin plusieurs dossiers de la dernière décennie.

Les auditions de la police ont concerné un nombre important des membres des gouvernements de l'ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz dont trois anciens premiers ministres, des directeurs généraux d'établissement de son époque, des hauts responsables et des hommes d’affaires.

Les nombreux procès-verbaux établis dans le cadre de cette opération, impliquant un total de 311 personnalités de l’entourage présidentiel et des membres de différents gouvernements sous son magistère, sont bouclés et l’affaire a fini par être déférée devant le parquet anti-corruption, puis transmise à un collectif de 3 juges d’instruction.

Finalement Mohamed Ould Abdel Aziz a été mis en accusation pour des crimes qui vont de marchés octroyés illégalement au détournement pur et simple de deniers publics en passant par le pillage des ressources.

Ould Abdel Aziz, qui avait refusé la convocation avant de se présenter devant la police pour refuser catégoriquement de répondre à toutes les questions qui lui ont été adressées évoquant chaque fois l'article 93 de la constitution qui, selon lui et ses avocats, lui assurent l'immunité qui le prémunit contre toute poursuite sauf en cas de haute trahison, est resté fidèle à sa stratégie : Ne rien dire !

Dans tous les cas, il est aujourd’hui difficile pour Mohamed Ould Abdel Aziz d’éviter un procès au cours duquel il vendra certainement chère sa peau

Sikhousso



Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité


 


Toute reprise d'article ou extrait d'article devra inclure une référence www.cridem.org