Cridem

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08-11-2021

05:45

L'ancien commissaire de police Deddahi et le mensonge des sévices infligés lors de nos arrestations

Mamadou Bocar Ba - J'ai été arrêté le 14 octobre 1986 vers 19 heures. Mon domicile a fait l'objet d'une fouille brutale et systématique, au cours de laquelle rien ni personne n'a été ménagée : ni moi-même bien sûr, ni mon épouse, ni notre enfant âgé alors de moins d'une année.

Les hommes du commissaire sont tombés sur des documents en pulaar. Cela suffisait à leurs yeux de pièces à conviction. J'ai été conduit à l'ancienne sixième région militaire au 1er arrondissement où je suis arrivé vers 20 heures. J'ai été accueilli par Deddahi Ould Abdallahi et Kerrani.

Visiblement fatigués par une longue journée de tortures exercées sur mes malheureux prédécesseurs, ils me confièrent au sinistre brigadier Cheikh assisté de deux jeunes agents de police impolis et sanguinaires.

Ils les chargent de me "préparer pour le lendemain". Et Deddahi qui voulait s' assurer que son cynique message est saisi dit au brigadier Cheikh : " j'espère que tu as compris ce je veux" ? " Parfaitement, mon commissaire " répondit le brigadier.

Je savais dès lors à quoi je pouvais m'attendre. C'est à dire à tout, sauf à une soirée tranquille. J'eus droit à une séance de "jaguar" durant laquelle les trois policiers se sont acharnés sur la plante de mes pieds suspendus en l'air, les tabassant à sang avec des matraques jusqu'à ce qu'évanouissement s'ensuive. C'est le moment choisi par mes bourreaux pour me jeter dans une fosse septique. C'est là, et dans ces conditions que j'ai passé ma première nuit de prison.

Le lendemain matin je fus présenté à Deddahi et Kerrani qui, d'entrée de jeu, commencèrent à se moquer de moi : "mon cher ami l'académicien (c'est ainsi qu'ils m'appelaient en effet quand ils surent que j'étais inspecteur des sciences physiques), j'espère que la nuit vous a porté conseil et que vous allez nous dire ce que l'on veut savoir et ainsi on vous laisse tranquille. Sinon, sachez que nous avons reçu l'ordre de vous fusiller" me lancent-ils, sans s'embarrasser de formule.

Je leur pose alors la question suivante : "que voulez vous savoir au juste" ?Deddahi répond sans détour : "nous savons que Ba Mamoudou Samboly, Ba Bocar Alpha et Kane Tidiane entre autres sont derrière votre mouvement. Nous voulons des aveux circonstanciés. Après quoi, vous êtes libre".

Je leur répondis tout simplement qu'ils se trompaient de personne en pensant qu'ils pouvaient me faire inventer des monstruosités pour incriminer des personnes honorables. Deddahi réplique en ces termes : " Bien. C'est ce que l'on va voir".

Il appela le sinistre brigadier Cheikh, qui se présente, accompagné toujours de ses deux agents impolis et sanguinaires. Le commissaire leur intime de m'amener pour une deuxième séance de jaguar. J'étais alors presque sans vie. Mais j'étais loin d'inspirer pitié au commissaire tortionnaire. Au contraire çà l'amusait. Les scènes de tortures avaient quelque chose de jouissif pour le duo Deddahi-Kerrani.

Après de longues minutes de tortures, les deux hommes se présentent à moi et me demandèrent : "Alors l'académicien ! Tu n'as toujours rien à nous dire ?" Je dis que je n'avais rien à dire sur ce qu'ils me demandaient et que je n'étais au courant d'aucune action entreprise par ces messieurs pour aider notre mouvement.

C'est après cela que Daddahi demanda à un inspecteur nommé Hassan de recueillir ma déposition. Je tenais à écrire ces lignes pour apporter mon témoignage sincère et sur les conditions atroces de mon arrestation et apporter un démenti formel aux propos du tortionnaire Deddahi Ould Abdallahi qui a tenté dans son interview une ultime fuite en avant.

Mamadou Bocar Ba

Ancien pensionnaire de la prison de Walata. Membre des FLAM





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