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Halte au mensonge et au négationnisme
Sow Amadou Moctar - Dans une interview accordée au site Elfikr dont la traduction a été publiée sur CRIDEM le 02/11/2021, Monsieur Dedahi Ould Abadallahi, l’ancien Directeur de la Sûreté de l’Etat sous le magistère de son cousin, l'ex-Président Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya, répondant à la question de savoir s’il avait exercé la torture sur les prévenus flamistes à l’époque des faits, affirme lâchement : « Je n’en ai pas connaissance et j’étais le directeur de l’enquête».
Monsieur, le Commissaire à la retraite, je vous assure qu'en lisant cette réponse, j’ai eu de la peine. Je vous croyais courageux et capable d’assumer jusqu’au bout vos actes, mais vous faites preuve d’une totale indignité et vous insultez, par la même occasion, vos victimes.
Affirmer ne pas avoir connaissance des actes de torture que vous avez, vous-même, supervisés, relève tout simplement de la lâcheté devant le risque d’être trainé devant des tribunaux pour crimes contre l’humanité.
Monsieur le Commissaire, vous n’ignorez pas que la torture, vue sous l’angle moral, est un « scandale » (Frédéric Gros). Elle suppose, en effet, « la confrontation entre un bourreau tout puissant (vous et votre régime) et des victimes totalement exposées et sans défense (nous, prévenus), les premiers infligeant aux seconds les souffrances les plus cruelles ». C’est justement ce que vous avez fait entre septembre et octobre 1986.
Parlant de mon cas, je fus arrêté le 11 septembre 1986 aux environs de 9 h du matin dans mon bureau au Ministère de l’Équipement par deux policiers en civil et conduit au Commissariat du 4ème Arrondissement sis à la Médina R.
De là, je fus transféré au Commissariat Central de Nouakchott avant d’atterrir à l’École Nationale de Police. C’est dans ces locaux que vous, Monsieur Deddahi, avez supervisé en chair et en os, la séance de torture dans la nuit du 11 au 12 septembre 1986.
La pudeur et décence que je m’impose m’interdisent de décrire intégralement cette séance et les actes qui y ont été pratiqués et que vous feignez aujourd’hui d’ignorer. Je citerai tout de même les deux coups de pieds que vous-même, Monsieur le Commissaire à retraite, m’avez asséné au ventre et à l’œil droit. D’ailleurs, je suis venu au procès l’œil bandé.
Monsieur le Commissaire à la retraite, à défaut de pouvoir participer à relever le défi que représente pour la conscience humaine ce drame, la torture, et appeler à la solution du Passif Humanitaire, la sagesse vous invite plutôt à vous taire.
Sow Amadou Moctar
Ancien Détenu Politique (1986-1990)