Cridem

Lancer l'impression
20-02-2024

15:16

Le PAM appelle à un soutien urgent pour sauvegarder les programmes de résilience au Sahel alors que les financements diminuent

Face à la persistance de besoins humanitaires élevés en Afrique de l'Ouest et du Centre, le Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM) appelle les gouvernements et les partenaires à préserver les programmes de renforcement de la résilience qui aident les communautés touchées par les crises à résister aux chocs et à répondre à leurs propres besoins alimentaires et nutritionnels.

Cette mesure permettra d'éviter l'inversion des progrès durement acquis en matière de développement dans la région et contribuera à réduire les besoins humanitaires à terme.

Depuis 2018, le PAM travaille en étroite collaboration avec les gouvernements nationaux et les partenaires sur un programme de résilience intégré dans les pays du Sahel, notamment au Burkina Faso, au Tchad, au Mali, en Mauritanie et au Niger. Les communautés locales et le PAM ont jeté les bases de systèmes alimentaires sains et revitalisés qui permettent l'accès à des aliments nutritifs, cultivés localement.

Grâce aux financements soutenus des bailleurs de fonds, plus de 290 000 hectares de terres dégradées ont été restaurés et quatre millions de personnes ont bénéficié d'un soutien à la résilience dans plus de 3 200 villages des cinq pays.

Les familles ont été dotées des outils, techniques et infrastructures dont elles ont besoin pour briser le cercle vicieux de la pauvreté, tout en apprenant à s'adapter aux effets croissants du changement climatique et des conflits. Des écosystèmes sains et des revenus accrus ont permis aux familles d'envoyer leurs enfants à l'école et de bénéficier d'un meilleur accès aux services de santé et de nutrition.

Au Niger seulement, un demi-million de personnes soutenues par le programme de résilience du PAM n'ont plus eu besoin d'aide humanitaire en 2022 et 2023, ce qui a permis de réaliser des économies de 54 millions de dollars sur le budget du gouvernement pour les interventions d'urgence pendant la période de soudure.

C’est une étape importante dans un pays où 3,2 millions de femmes, d'hommes et d'enfants (12 % de la population) risquent de souffrir d'une faim aiguë pendant la période de soudure allant de juin à août 2024.

"Le moment est venu d'intensifier l'aide, et non de la réduire. L’assistance vitale aux communautés touchées par la crise est essentielle, mais de plus en plus insuffisante", a déclaré Margot Van der Velden, Directrice régionale par intérim du PAM pour l'Afrique de l'Ouest.

"Nous devons collectivement veiller à ce que les réponses d’urgence soient complétées par des investissements à plus long terme (dans la résilience des communautés) qui préviennent et atténuent l'impact des crises, réduisent les besoins humanitaires et ouvrent la voie à des solutions durables pour lutter contre la faim et la malnutrition", a-t-elle ajouté.

En dépit de son impact positif sur les familles et les communautés, le programme intégré de résilience du PAM au Sahel est confronté à un risque imminent d’interruption en raison du manque de financement pour des activités telles que la restauration des terres dégradées, la réhabilitation des mares d'eau et la construction d'infrastructures communautaires. À partir de mars 2024, le PAM sera contraint de réduire ou d'arrêter ses activités de résilience dans tout le Sahel, et en particulier au Niger.

Dans ces contextes aussi volatiles que fragiles, toute perturbation des efforts de renforcement de la résilience peut entraîner des conséquences dramatiques sur la sécurité alimentaire des familles rurales, avec une baisse probable de la production agricole, un appauvrissement des actifs et une perte de revenus. Une décennie de progrès durement acquis pourrait rapidement disparaître, mettant en péril les moyens de subsistance de millions de personnes.

Cette situation est d'autant plus préoccupante que la faim et la malnutrition sont déjà en augmentation dans la région en raison du changement climatique et des conflits persistants, qui ont contraint des millions de personnes à quitter leur foyer, leur exploitation agricole et à franchir des frontières.

La région du Sahel abrite 8,2 millions de personnes déplacées à l'intérieur de leur pays en raison des conflits, tandis que les violences actuelles au Soudan, en République centrafricaine et au Nigéria ont forcé plus d'un million de réfugiés à migrer vers le Tchad, ce qui en fait le cinquième plus grand pays d'accueil de réfugiés au monde.

En outre, l'analyse de la sécurité alimentaire réalisée à travers le Cadre Harmonisé en novembre 2023 prévoit que près de 50 millions de personnes en Afrique de l'Ouest et centrale ne seront pas en mesure de satisfaire leurs besoins alimentaires de base pendant la période de soudure de juin à août 2024. Ce chiffre représente une multiplication par quatre en seulement cinq ans.

"Bâtir des communautés résilientes est une solution rentable et durable à l'insécurité alimentaire et à la malnutrition au Sahel. Alors que les besoins augmentent et que les fonds humanitaires diminuent, nous devons continuer à investir dans la résilience des communautés comme moyen d'assurer la cohésion sociale et la stabilité au Sahel", a insisté Van der Velden.

Pour soutenir ses efforts de renforcement de la résilience à travers le Sahel, le PAM a besoin de 183,1 millions de dollars pour les 12 prochains mois.



Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité


 


Toute reprise d'article ou extrait d'article devra inclure une référence www.cridem.org