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13-05-2024

10:01

L’insécurité, c’est aussi…. Par maître Taleb Khyar ould Mohamed Mouloud

L’insécurité, c’est aussi la caporalisation de la justice.

L’insécurité, c’est aussi la désinstitutionalisation de la justice ; le propre de toute désinstitutionalisation, étant de constituer pour le pouvoir une ressource stratégique, lui permettant de tenir en laisse le secteur ainsi désinstitutionnalisé.

L’insécurité, c’est aussi lorsque le pouvoir est perçu par ceux qui y accèdent, comme un butin de guerre.

L’insécurité, c’est aussi lorsque le pouvoir s’assigne comme seule contrainte, de barrer la route à toute menace insurrectionnelle, contrainte au service de laquelle, tous les moyens de l’Etat sont prioritairement affectés, ce qui se traduit par l’excès d’armement, le bâillonnement des libertés, les abus répétés dans la surveillance des citoyens et leur répression, en cas de besoin.

L’insécurité, c’est aussi lorsque les allégeances citoyennes, celles dues à l’Etat, comme autorité, et à la nation comme communauté, cèdent le pas aux allégeances familiales, claniques, ethniques, confessionnelles, communautaires ; lorsque les allégeances citoyennes s’éclipsent devant les allégeances aux entrepreneurs de violence, dont le propre est la dévalorisation du choix politique.

L’insécurité, c’est aussi lorsque les partis politiques renoncent à leur mission première consistant à construire l’alternance pacifique, pour participer en collaboration avec le pouvoir en place, à la gestion des intérêts économiques et politiques du pays, ravissant de la sorte ce rôle aux partenaires sociaux traditionnels de l’Etat que sont les syndicats, les groupes socioprofessionnels, les associations, et la société civile ; nous sommes ici, en face d’un néo-corporatisme dévoyé, qui marche sur la tête, où les partis politiques usurpent la place, et le rôle des partenaires traditionnels de l’Etat.

L’insécurité, c’est aussi le chômage, quand il dure, qu’il se prolonge, qu’il devient un problème quotidien de celui qui en est victime, au fur et à mesure marginalisé, exposé aux appels au large, et souvent à d’autres tentations suicidaires, comme le fait de se laisser séduire par les stupéfiants, de se faire recruter par des mouvements obscurantistes, devenir un poseur de bombes.

L’insécurité, c’est aussi le décrochage scolaire qui se transforme très vite en délinquance urbaine ; c’est aussi lorsque l’enseignement n’est pas un haut lieu de culture citoyenne, et civique, à l’abri des entrepreneurs de violence, qui voient dans l’éducation, un marché politique propice au réveil du démon identitaire.

L’insécurité, c’est aussi l’autonomie des périphéries, qu’elles soient urbaines ou rurales ; urbaines avec leurs lots de crimes, délinquances nuisibles à la paix sociale ; rurales avec leurs lots de conflits de voisinage entre éleveurs et agriculteurs ; autonomie des périphéries rurales qui peut déboucher sur des velléités d’indépendance vis-à-vis du pouvoir central, et qui porte par ailleurs des germes de conflictualités transfrontalières ; les velléités d’autonomie des périphéries sont d’autant plus déstabilisatrices que dans la plupart des pays en voie de développement, le principe de territorialité n’est pas érigée en fondement du pouvoir politique.

L’insécurité, c’est aussi lorsque des lobbies tirent avantage de certaines décisions politiques nuisibles à la performance économique, ayant pour seul objectif de maximiser les rentes des gouvernants, de leurs proches, et associés ; on peut dans ce cas parler de défaillance de l’Etat par opposition à la défaillance de marché ; ce sont là deux situations, qui bien que caractérisant deux modes de production antinomiques, se retrouvent immanquablement dans toute économie de rente ou (économie de copinage), en conséquence de la structure monopolistique dominante du marché qui, dans les économies de rente, est toujours privilégiée à celle de concurrence parfaite, moins à même de garantir les intérêts des lobbies et des cercles apparentés à l’Etat.

Dans la même veine, on peut invoquer la prééminence du mode congloméral, dévoyé sous le terme inapproprié de « groupe », et dont la prolifération met l’économie du pays entre les mains de quelques individus, que l’on retrouve dans tous les domaines : pêche, agriculture, mines, banques, commerces, tourismes, transports…..etc.

L’insécurité, c’est aussi l’inflation lorsqu’elle devient galopante, engendrant des conséquences néfastes sur le pouvoir d’achat de la monnaie ; quand elle persiste, l’inflation galopante se transforme en hyperinflation, menaçant les équilibres économiques, et débouchant sur des crises aiguës, à la fois sociales et politiques.

L’insécurité, c’est aussi…………(à suivre)

*Avocat à la Cour.

*Ancien membre du Conseil de l’Ordre





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