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06-09-2024

05:00

Hydrogène En Mauritanie : Opportunité de développement et défi environnemental

L’hydrogène, un élément chimique fréquemment utilisé dans le domaine industriel, fonctionne comme matière première, carburant, et vecteur d’énergie. Actuellement, sa production est basée majoritairement sur des matières premières issues de sources fossiles.

Toutefois, dans le contexte de la lutte contre le changement climatique et la réduction des gaz à effet de serre, l’enjeu est de favoriser des méthodes de production de l’hydrogène décarboné ou vert. Dans cette perspective, une option prometteuse basée sur la combinaison des énergies renouvelables comme source d'énergie, et l'hydrogène comme vecteur énergétique est en train de voir le jour.

L’émergence d’une nouvelle filière comme l’hydrogène vert requiert des mesures incitatives et des cadres juridiques appropriés pour favoriser son développement. En effet, l’intégration de l’hydrogène vert dans le paysage énergétique Mauritanien, exige un engagement gouvernemental fort et proactif.

Cet article étudie les mesures prises au niveau des politiques publiques pour la promotion de l’hydrogène vert En Mauritanie, ainsi il analyse l’arsenal juridique existant afin de déterminer s’il offre un support adéquat pour la mise en œuvre de ces initiatives, ou s’il nécessite des ajustements pour optimiser son efficacité.

Si l’hydrogène est largement utilisé depuis le milieu du XXème siècle dans de nombreux secteurs industriels, il connaît aujourd’hui un regain d’intérêt pour la décarbonation de l’économie. Ainsi, la demande pour cet « or vert » devrait ainsi être multipliée par 5 d’ici à 2050, soutenue par les préoccupations environnementales et la crise climatique.

La Mauritanie se positionne comme un candidat idéal pour devenir un leader dans la production d'hydrogène vert, tirant profit à la fois de ses vastes ressources en énergies solaire et éolienne et de sa géographie stratégique, à la croisée de l’Afrique et de l’Europe.

PROCESSUS DE PRODUCTION EXISTANTS

Il existe 4 procédés pour produire de l’hydrogène : le reformage de gaz naturel (le plus courant), la gazéification du charbon et de la biomasse et, enfin, l’électrolyse de l’eau. Ce dernier procédé sépare l'hydrogène et l'oxygène de l'eau en utilisant de l'électricité et représente aujourd’hui moins de 1% de la production mondiale d’hydrogène. C’est pourtant la seule source potentielle d’hydrogène vert (dans le cas où l’électricité utilisée est décarbonée), et représente ainsi un espoir pour la décarbonation de nombreux secteurs.

MARCHÉ ACTUEL DE L’HYDROGÈNE ET USAGES FUTURS

La production totale d’hydrogène se chiffrait à près de 100 millions de tonnes en 2020 et pourrait être multipliée par 5 dans des scénarios de neutralité carbone. Ainsi, dans son scénario Net Zéro Emissions (NZE), l’Agence Internationale de l'Énergie (AIE) projette un rôle croissant de l’hydrogène bas carbone dans les secteurs où les émissions sont difficiles à réduire et où d’autres mesures d’atténuation peuvent ne pas être disponibles ou seraient difficiles à mettre en œuvre.

Cela regroupe notamment l’industrie lourde (fabrication d’engrais azotés après transformation en ammoniac, fabrication de ciment, remplacement du charbon dans la sidérurgie), le transport de passagers, le transport maritime (sous forme de méthanol ou d’ammoniac pour les porte-conteneurs), ou encore l’aviation (sous forme de carburants durables d’aviation)

De multiples organismes de référence s’accordent pour attribuer à l’hydrogène bas carbone (bleu ou vert), un rôle croissant dans nos futures économies décarbonées. Nous noterons cependant que dans tous les cas, les baisses d’émissions de CO2 permises par l’hydrogène restent relativement faibles par rapport à d’autres mesures d’atténuation du changement climatique telles que la sobriété ou le déploiement massif d’énergies renouvelables.

LA CLÉ : UNE ÉLECTRICITÉ DÉCARBONÉE ET COMPÉTITIVE

L’un des principaux facteurs de coût de l’hydrogène vert est l’électricité renouvelable nécessaire pour alimenter les électrolyseurs. Les coûts de production de l'hydrogène vert sont aujourd’hui 4 à 10 fois supérieurs à ceux de l’hydrogène gris (4-12 USD/kg contre 1-2 USD/kg), même dans les sites de production les plus favorables.

Les réductions attendues des coûts de production des énergies renouvelables et des électrolyseurs permettront d’augmenter la compétitivité de l’hydrogène vert sur le long-terme. Grâce à son fort ensoleillement et à sa forte exposition au vent, la Mauritanie possède un potentiel renouvelable important qui lui confère une place centrale dans le futur de l’hydrogène mondial.

LA PLACE PARTICULIÈRE DE LA MAURITANIE
ESPACE DISPONIBLE, POTENTIEL D’ÉNERGIES RENOUVELABLES ET PROXIMITÉ AVEC L’EUROPE


Le Mauritanie a tous les atouts pour devenir un champion de l’hydrogène vert, grâce à ses ressources renouvelables abondantes, son foncier disponible et la stabilité de son cadre juridique. La caractéristique quasi-unique du Mauritanie consiste en l’abondance de sites combinant des ressources exceptionnelles à la fois pour le solaire et l’éolien, assurant une hybridation parfaite pour le fonctionnement de l’électrolyseur et la production d’un hydrogène vert ultra-compétitif à l’échelle mondiale.

Enfin, sa proximité avec l’Européen fait un candidat à l’export, ce qui revêt un intérêt stratégique majeur pour le pays, qui peut passer d’importateur d’énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz) à exportateur de molécules vertes. Cette perspective est d'autant plus pertinente qu’un quart de la demande mondiale d'hydrogène pourrait faire l'objet d'échanges internationaux en 2030.

Mauritanie : approbation du Code de l’hydrogène vert et de la loi sur le contenu local dans les secteurs des industries extractives et de l’énergie

Le Conseil des Ministres a examiné et approuvé, le projet de loi instituant le Code de l’Hydrogène Vert. Ce cadre législatif vise à établir une réglementation claire et incitative, destinée à stimuler les investissements dans ce secteur en plein essor. Le communiqué du Conseil des Ministres souligne l’importance de cette initiative pour attirer des capitaux indispensables à la croissance de l’industrie de l’hydrogène vert en Mauritanie.

Ce projet de loi sera un pilier pour la régulation des différentes activités liées à la production de l’hydrogène vert, tant en amont qu’en aval. Il comprend des dispositions visant à encadrer les processus industriels bruts et raffinés, garantissant ainsi une transparence accrue et une sécurité juridique pour les investisseurs. Le Conseil des Ministres insiste sur le rôle crucial de ce cadre réglementaire pour renforcer la confiance des investisseurs internationaux, qui montrent un intérêt croissant pour les opportunités offertes par le secteur de l’hydrogène vert.

Avant de devenir définitif, le projet de loi sera présenté devant le Parlement pour discussion et approbation finale. Cette étape essentielle permettra de consolider le texte et d’assurer son adéquation avec les attentes des différents acteurs du secteur. Le communiqué du Conseil des Ministres rappelle l’importance de ce passage législatif pour la mise en œuvre rapide et efficace des dispositions prévues par le Code de l’Hydrogène Vert.

La Mauritanie, ayant déjà signé plusieurs mémorandums d’entente (MOUs) pour le lancement de projets dans le domaine de l’hydrogène vert, se prépare à franchir une nouvelle étape avec l’adoption de ce projet de loi.

Hydrogène vert : révolution en vue en Mauritanie

De grandes entreprises européennes sont prêtes à financer des projets d’énergies propres dans des pays susceptibles de les mener à bien. Une aubaine pour Nouakchott, qui souhaite développer l’hydrogène vert, avec comme objectif de l’électricité pour tous d’ici à 2030.

Selon une étude du groupe énergétique Chariot, la Mauritanie a tous les atouts pour produire de l’hydrogène vert à très faible coût : un potentiel solaire et éolien, d’immenses zones désertiques et une proximité avec les eaux de l’Atlantique. En 2021, Nouakchott a ainsi conclu avec plusieurs partenaires, dont Chariot Green Hydrogen et TotalEnergies, un accord portant sur la mise en œuvre de Nour, le plus grand projet d’hydrogène vert en Afrique. Sa capacité sera de 10 gigawatts (GW) et le montant des investissements pourrait atteindre 3,5 milliards de dollars. De quoi assurer au pays une réelle compétitivité internationale. Quatre autres projets, d’une capacité totale de 85 GW, pour un coût de 100 milliards de dollars, devraient également voir le jour d’ici dix à quinze ans.

Jusqu’à 900 milliards de dollars d’investissements

En avril 2023, la Mauritanie a accueilli une conférence sur l’accélération du financement de l’hydrogène vert en Afrique, en coopération avec l’Alliance africaine pour l’hydrogène vert (AGHA), la Green Hydrogen Organisation (GH2) et la Banque Mondiale. Les études présentées à cette occasion révèlent que, pour que les pays membres de l’Alliance africaine atteignent leurs objectifs de production d’hydrogène vert, le montant des investissements cumulés devra se situer entre 450 et 900 milliards de dollars d’ici à 2050.

Bien que la Banque mondiale classe la Mauritanie parmi les « pays les moins avancés » – 160e sur 189, selon l’Indice de développement humain –, le Conseil d’administration du Fonds monétaire international a accepté, en janvier 2024, de lui accorder un prêt de 86,9 millions de dollars dans le cadre d’un programme de réformes lié à l’industrialisation de ce combustible. Cette somme a vocation à créer une infrastructure technique conforme aux normes internationales.

Par ailleurs, des technologies nouvelles ont vu le jour ces dernières années, chacune visant à réduire la dépendance aux combustibles fossiles riches en carbone et à limiter les émissions de gaz à effet de serre. Combustible plus sûr et plus stable que les autres, l’hydrogène est idéal pour alimenter le secteur de l’industrie, les bâtiments et les véhicules.

Ismail Salem
CEO RIM Advisory
Consultant en Énergies Renouvelables





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