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Mauritanie | Les pastèques locales gagnent le cœur de l’Europe
Afrimag -- La Mauritanie est en train de vivre une véritable «révolution» agricole. Pas parce que les politiques mises en place par les pouvoirs publics privilégiant l’autosuffisance alimentaire en ce qui concerne certaines productions, comme le riz et les légumes, a connu le succès escompté, mais parce que les terres de la Vallée du fleuve Sénégal attirent, de plus en plus, des investisseurs marocains qui ont misé sur la filière pastèque et ont réussi, en quelques années, à conquérir les marchés européens
C’est véritablement un miracle que les pastèques, jadis importés du Sénégal voisin, soient aujourd’hui consommés à vil prix par des Mauritaniens ravis d’apprendre que ce produit est même exporté vers les marchés européens.
Une information reprise par les journaux mauritaniens, sous forme de triomphe, en rapportant que des dizaines de camions, voire des centaines, transitent par le port de Tanger pour aller livrer ce fruit en Europe.
Comme pour beaucoup d’autres domaines où les Mauritaniens payent le prix de leur paresse, en ne parvenant pas à tirer profit des opportunités qui s’offrent à eux, ce sont des investisseurs privés étrangers, en l’occurrence marocains, qui ont réussi, grâce à leur savoir-faire, à rendre rentable cette filière agricole destinée à l’export.
«la saison des pastèques mauritaniennes»
La réussite est telle qu’on n’hésite pas à parler, outre Méditerranée, de «la saison des pastèques mauritaniennes» qui a commencé, cette année, le 8 janvier, avec la variété Dumara, soit environ dix jours plus tôt que l’année dernière.
Les exportateurs marocains, parfois associés à des Mauritaniens, se frottent les mains : la tendance générale à un démarrage plus précoce de la campagne entraîne souvent une demande relativement élevée dès le début de l’année. La course à l’exportation de la pastèque mauritanienne est, pour le moment, une affaire marocaine tant par les investissements que par l’expertise agricole et le transit par le port de Tanger.
Depuis plusieurs années, l’entreprise allemande Wuppertal se consacre à l’importation directe en provenance de ce pays d’Afrique de l’Ouest. Les producteurs ont bien saisi l’importance des enjeux commerciaux car, autrefois, la saison ne commençait qu’avec les premières pastèques Dumara du Maroc qui n’arrivent qu’en avril.
Désormais, la marchandise précoce de Mauritanie s’est bien implantée, avec des volumes en hausse chaque année. Les prix à l’achat en 2025 se situent autour de 1,50 €/kg, légèrement en baisse par rapport à l’année précédente.
La pastèque mauritanienne bien classée sur les rayons français
Dans sa conquête du vieux continent, la pastèque mauritanienne a encore bien franchir la frontière française où 30.880 tonnes auraient été vendues sur ce marché plaçant la Mauritanie à la troisième place sur les importations françaises de cette denrée où Marocains et Espagnols occupent les deux premières places avec respectivement des volumes de 121.910 et 99.220 tonnes.
Ainsi, les pastèques mauritaniennes et marocaines parviennent maintenant à concurrencer rudement celles d’outre-mer en provenance du Costa Rica tout au long de l’hiver. Un importateur à partir de la filière maghrébine souligne l’avantage comparatif par rapport à ce pays d’Amérique du sud et même au voisin sénégalais : «nous avons observé une offre continue de marchandise par rapport à une demande relativement faible, ce qui a généré des surplus.
Il est également à noter que les pastèques costaricaines sont beaucoup plus petites que les pastèques Dumara mauritaniennes et qu’elles sont sans pépins. Quant aux pastèques sénégalaises, qui seront disponibles prochainement, elles ne constituent pas une concurrence importante, car elles ne sont pas non plus de la variété Dumara.»
Les pastèques mauritaniennes précoces pèsent en moyenne entre 8 et 12 kilos, avec des calibres atteignant jusqu’à 16 kilos plus tard dans la saison.
Plus de 95 millions de tonnes de pastèques sont cultivées et commercialisées chaque année dans le monde. La Chine, à elle seule, détient 70% de la production, avec 68 millions de tonnes. La Turquie arrive en seconde position avec 4 millions de tonnes produites. La pastèque est également présente en Asie, en Afrique du Nord et en Amérique.
L’Europe, de son côté, produit 2,86 millions de tonnes de pastèque, ce qui représente 3 à 4 % de la production mondiale. 89 % des pastèques cultivées sur le vieux contient viennent d’Espagne, d’Italie, de Grèce et de Roumanie.
Par Mohamed Sneïba, Correspondant Permanent - Nouakchott