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17-01-2026

12:40

Pénurie de carburants en Mauritanie : Que prévoit réellement l’accord sur le stock stratégique

AQLAME - Depuis plusieurs jours, le marché mauritanien connaît des perturbations notables dans l’approvisionnement des stations-service en carburants, en particulier en essence, en raison du retard des livraisons extérieures.

Cette situation s’est traduite par des files d’attente devant certaines stations et par des pénuries dans plusieurs villes.

Mais cette situation soulève une question fondamentale sur l’efficacité du dispositif de sécurité censé protéger le marché contre ce type de rupture, au premier rang duquel figure le stock de sécurité obligatoire prévu par l’accord d’approvisionnement du pays en produits pétroliers.

Un mois de consommation nationale, une obligation contractuelle

Selon le cahier des charges officiel signé entre l’État et le fournisseur, ce dernier est légalement tenu de maintenir en permanence sur le territoire national un stock stratégique équivalent à un mois entier de consommation nationale pour chaque produit.

Ce stock est désigné dans le document comme Stock de sécurité, et son objectif est d’absorber les chocs liés aux retards des navires, aux crises internationales ou aux contraintes logistiques.

Des quantités précisément fixées par l’accord

L’accord ne laisse aucune place à l’approximation : il fixe des quantités minimales qui doivent être disponibles en permanence dans les dépôts nationaux.

Ces quantités sont de :

•4 000 tonnes d’essence,

•3 600 tonnes de kérosène (Jet A1),

•53 650 tonnes de gasoil (diesel),

•et 1 800 tonnes de fuel-oil.

Ainsi, le volume total du stock stratégique dépasse 63 000 tonnes de différents produits pétroliers.

Ces chiffres montrent clairement que le stock de sécurité n’est pas symbolique, mais représente une masse importante censée suffire à sécuriser le marché national pendant une période significative, même en cas d’interruption temporaire des importations.

Comment le stock est-il réparti sur le territoire ?

Le cahier des charges prévoit une constitution du stock en deux phases, avec une répartition géographique entre les principaux centres de stockage.

Phase 1 – Avant la mi-mai (Nouakchott uniquement)

Les dépôts de Nouakchott doivent contenir :

•2 700 tonnes d’essence,

•900 tonnes de kérosène,

•9 800 tonnes de gasoil,

•aucun stock de fuel-oil à ce stade.

Phase 2 – Complément et répartition entre Nouakchott et Nouadhibou

Les quantités restantes sont réparties entre Nouakchott et Nouadhibou et comprennent :

•1 300 tonnes supplémentaires d’essence,

•2 700 tonnes de kérosène,

•43 850 tonnes de gasoil,

•ainsi que la totalité du fuel-oil, soit 1 800 tonnes.

À l’issue de cette phase, le stock légal obligatoire est censé être intégralement constitué, conformément aux dispositions contractuelles.

Un stock comptabilisé mais partiellement inutilisable

L’accord précise également qu’une partie du carburant n’est pas directement utilisable pour l’approvisionnement quotidien, car elle reste dans les pipelines ou au fond des réservoirs.

Ces volumes, bien que comptabilisés dans le stock officiel, ne sont pas immédiatement mobilisables.

Ils sont estimés à :

•500 tonnes d’essence,

•300 tonnes de kérosène,

•565 tonnes de gasoil,

•et 1 660 tonnes de fuel-oil.

Pour cette raison, le fournisseur est tenu de compenser ces volumes lors de la constitution du stock afin de ne pas réduire la capacité réelle d’approvisionnement en situation d’urgence.

Quand le stock stratégique peut-il être utilisé ?

Le cahier des charges est explicite :

le stock de sécurité ne peut être utilisé que sur instruction écrite du ministre de l’Énergie.

En cas d’utilisation exceptionnelle, le fournisseur est obligé de reconstituer immédiatement le stock et à ses propres frais.

Il est également interdit de nantir ce stock ou de l’utiliser à des fins commerciales, puisqu’il est destiné exclusivement à garantir la sécurité de l’approvisionnement national.

Le stock stratégique ne fait donc pas partie du cycle commercial quotidien ; il constitue un outil de souveraineté énergétique destiné aux situations exceptionnelles.

Pourquoi la crise actuelle alors ?

Si le stock de sécurité est effectivement disponible dans les quantités prévues par l’accord, le retard des navires ou les perturbations des importations ne devraient pas se traduire immédiatement par des pénuries dans les stations-service.

Deux hypothèses inquiétantes se posent alors :

•soit le stock stratégique n’est pas entièrement constitué ou est inférieur au niveau légal requis,

•soit il a été utilisé sans être reconstitué dans les délais contractuels.

Dans les deux cas, il ne s’agit plus d’un simple problème logistique ponctuel, mais d’une question de respect des engagements contractuels et d’efficacité du dispositif de contrôle public sur un stock stratégique qui touche directement à la sécurité économique et sociale du pays.

Entre le texte et la réalité

Le texte de l’accord montre que l’État a prévu un cadre juridique clair pour prévenir ce type de crise, avec des volumes précisément définis, des règles de stockage et des conditions strictes d’utilisation du stock stratégique.

Mais la crise actuelle remet au centre du débat la question de l’application et du contrôle :

ces engagements ont-ils été respectés comme ils sont écrits, ou existe-t-il encore un écart entre les textes et la réalité du terrain?

C’est une interrogation légitime, qui ne concerne pas seulement les consommateurs confrontés aujourd’hui aux difficultés d’approvisionnement, mais aussi les décideurs publics, car la sécurité énergétique n’est plus une simple question technique : elle est devenue un pilier essentiel de la stabilité économique et sociale.

Aqlame





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