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En Guinée, le gouvernement dissout 40 partis politiques, dont les 3 principaux d'opposition
FRANCE24 - Quarante partis politiques en Guinée, dont les trois principales formations d'opposition, ont été dissous par décret dans la nuit, moins de deux mois après l'intronisation de Mamadi Doumbouya. La décision est prise pour "manquement à leurs obligations", indique le décret.
Moins de deux mois après l'intronisation du président Mamadi Doumbouya qui dirige le pays d'une main de fer, le gouvernement guinéen a dissous, dans la nuit de vendredi 6 à samedi 7 mars, 40 partis politiques, dont les 3 principales formations d'opposition.
Cet arrêté du ministère de l'Administration territoriale et de la Décentralisation ordonne la dissolution des partis pour "manquement à leurs obligations", selon le texte qui leur retire également le contrôle de leurs ressources.
Le général Doumbouya a été élu fin décembre pour un mandat de sept ans, lors d'un scrutin dont tous les principaux dirigeants de l'opposition étaient exclus, au terme d'une élection taillée sur mesure.
Les trois principaux partis visés par ce texte sont l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), dirigée par Cellou Dalein Diallo et suspendue en août 2025 ; le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) de l'ex-président Alpha Condé, suspendue en mars 2025 ; et l'Union des forces républicaines (UFR) de l'opposant Sidya Touré. Ces trois responsables vivent en exil.
Enlèvement de membres de la famille d'opposants en exil
Cette "dissolution entraîne la perte immédiate de la personnalité morale et du statut juridique des formations concernées", précise l'arrêté, qui interdit "toute activité politique", ainsi que l'usage des "sigles, logos, emblèmes et autres symboles distinctifs" associés à ces formations.
De même, "les locaux abritant les sièges nationaux et les représentations ailleurs sont mis sous scellés". Les biens des partis ont été placés sous "séquestre", un curateur étant nommé pour superviser leur transfert, indique encore le décret, sans préciser au profit de qui ou de quelle entité.
Les mouvements représentant la société civile ont condamné samedi cette mesure.
"S'ajoutant à une longue série de répressions", elle "officialise une dictature désormais érigée en mode de gouvernance. Le pays s'enfonce dans une incertitude profonde", a réagi Ibrahima Diallo, dirigeant du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), un mouvement prodémocratie dont deux figures, Oumar Sylla, alias Foniké Menguè, et Mamadou Billo Bah, sont portés disparus depuis juillet 2024 après avoir été enlevés au domicile du premier.
Des opposants politiques ont aussi été arrêtés, emprisonnés ou poussés à l'exil, et leurs familles sont prises pour cible.
Plus tôt cette semaine, trois membres de la famille de Tibou Kamara, ancien ministre et porte-parole sous Alpha Condé, ont ainsi été enlevés. Et quatre membres de la famille du musicien exilé et figure de l'opposition Elie Kamano ont été enlevés en novembre, tandis que le père du journaliste exilé Mamoudou Babila Keita a été kidnappé en septembre.
Retour en Guinée après une absence prolongée
Cette dissolution intervient au moment même où Mamadi Doumbouya est rentré en Guinée, accueilli vendredi en grande pompe à l'aéroport de Conakry, après une absence de trois semaines qui a suscité des interrogations sur son état de santé.
Parti le 13 février de Guinée pour participer à un sommet de l'Union africaine (UA) à Addis Abeba, en Éthiopie, il n'était pas retourné immédiatement dans son pays.
Mamadi Doumbouya, 41 ans, est arrivé au pouvoir en 2021 après avoir renversé Alpha Condé, premier président guinéen élu librement.
Depuis, il a restreint les libertés publiques et interdit les manifestations, causant la mort de dizaines de personnes, selon des défenseurs des droits humains et la société civile.
Mamadi Doumbouya s'était initialement engagé, sous la pression internationale, à céder le pouvoir à des civils élus avant la fin de l'année 2024, promesse qui n'a pas été tenue.
Le pays ouest-africain a, depuis son indépendance de la France en 1958, toujours été dirigé par des régimes autoritaires. Il est riche en minerais, mais plus de la moitié de ses habitants (52 %) vivent en dessous du seuil de pauvreté, selon les chiffres de la Banque mondiale pour 2024.
Avec AFP