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23-03-2026

09:34

La Banque mondiale mobilise 208 millions d'euros pour la sauvegarde des littoraux au Bénin et en Mauritanie

La Tribune Afrique -- Face à l’accélération de l’érosion côtière, les pays ouest-africains cherchent à concilier protection des écosystèmes et développement économique. Dans cette dynamique, leurs partenaires internationaux renforcent leur soutien aux infrastructures et à la gouvernance, en s’appuyant sur le secteur privé.

Le Groupe de la Banque mondiale a annoncé la semaine dernière, l’approbation d’un financement total de 240 millions USD, soit plus de 208 millions d’euros, pour le lancement de la première phase du Programme régional pour l’économie bleue et la résilience des zones côtières d’Afrique de l’Ouest (WACA+), au bénéfice du Bénin et de la Mauritanie.

L’enveloppe comprend plus de 179,4 millions d’euros de l’Association internationale de développement (IDA), 4,3 millions d'euros issus du fonds Problue et 24,2 millions d'euros de capitaux privés.

Ce programme vise à protéger les littoraux exposés à l’érosion et aux inondations, tout en renforçant les chaînes de valeur de l’économie bleue dans des secteurs comme la pêche, l’aquaculture, le tourisme ou les services portuaires. À l’échelle régionale, les zones côtières ouest-africaines concentrent plus de 360 millions d’habitants et constituent des pôles économiques majeurs, qui sont de plus en plus fragilisés par le changement climatique.

« Les communautés côtières d’Afrique de l’Ouest sont en première ligne face aux changements climatiques, confrontées à la perte des écosystèmes et des actifs économiques dont elles dépendent », souligne Chakib Jenane, directeur régional de la Banque mondiale pour le pôle Planète. Selon lui, le programme permettra de réduire l’exposition à l’érosion et aux inondations pour plus de 530 000 personnes, tout en soutenant la création d’emplois.

Des investissements ciblés dans des zones à forte vulnérabilité

Au Bénin, les interventions cibleront notamment l’estuaire de la Bouche du Roy et l’embouchure du fleuve Mono. La Bouche du Roy, aire protégée créée en 2016 et reconnue par l’UNESCO en 2017, s’étend sur 9 678 hectares, abrite plus de 25 000 habitants et représente environ 22 % d’une zone clé de biodiversité autour du lac Ahémé et du complexe Aho. Sa stabilisation apparaît stratégique, tant pour la protection des écosystèmes que pour la préservation des activités économiques locales et des infrastructures.

En Mauritanie, le programme se concentrera sur le renforcement de la barrière dunaire protégeant Nouakchott, afin de réduire les risques d’inondation dans des quartiers densément peuplés et de sécuriser des actifs économiques essentiels. La capitale est déjà fortement exposée à ces risques, sous l’effet combiné de facteurs naturels et d’une urbanisation rapide.

Selon un rapport de la Banque mondiale publié en 2025, l’absence de mesures d’adaptation pourrait entraîner d’ici 2050 une baisse significative du PIB mauritanien, sous l’effet des inondations (0,4% à 0,5%), de l’élévation du niveau de la mer (2,0% à 2,3%) et des sécheresses (5,7% à 9,3%).

Parallèlement, le programme prévoit la restauration de jusqu’à 3 000 hectares de mangroves et de zones humides, afin d’améliorer la productivité halieutique, atténuer les effets des tempêtes et développer des activités comme l’écotourisme.

Un levier pour structurer le secteur privé côtier

Au-delà des infrastructures, WACA+ met l’accent sur la mobilisation du secteur privé. Le programme prévoit des actions de formation, d’accompagnement et d’assistance technique en faveur des micro, petites et moyennes entreprises (MPME), des coopératives et des organisations de producteurs, avec une attention particulière aux entreprises dirigées par des femmes et des jeunes.

D’ici 2031, plus de 31 000 personnes devraient bénéficier de ces dispositifs de renforcement des capacités. En Mauritanie, une garantie de crédit partielle permettra notamment de mobiliser jusqu’à 20 millions USD, soit environ 17,3 millions d'euros de financements supplémentaires, pour les entreprises de transformation du poisson.

Au total, la première phase du programme devrait générer environ 13 000 emplois mieux rémunérés dans les secteurs liés à l’économie bleue, notamment la pêche, l’aquaculture, la logistique, l’hôtellerie et la restauration des écosystèmes.

Vers une approche régionale intégrée du littoral

Au-delà des projets nationaux, WACA+ s’inscrit dans une logique de coordination régionale face à des défis transfrontaliers. « Aucun pays ne peut lutter seul contre l’érosion côtière ou bâtir une économie bleue florissante », souligne Marina Wes, directrice par intérim de la Banque mondiale pour les programmes régionaux, insistant sur la nécessité d’une réponse collective.

Le programme ambitionne ainsi d’harmoniser les politiques, de renforcer les capacités institutionnelles et de mutualiser les expertises entre pays. À terme, les différentes phases de WACA+ devraient permettre de protéger plus de 1,3 million d’hectares d’espaces marins, renforcer la résilience de plus de 850 000 personnes et soutenir plus de 50 000 emplois à l’échelle régionale.

En s’appuyant sur les acquis du programme WACA initial, cette nouvelle phase élargie marque une évolution vers une approche combinant protection des littoraux, développement économique et intégration du secteur privé, dans un contexte où l’économie bleue s’impose progressivement comme un levier stratégique pour les économies côtières africaines.





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