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L'expert des Nations unies sur les droits humains au Mali pointe une «escalade autoritaire»
RFI AFRIQUE -
L'expert indépendant mandaté par les Nations unies sur les droits humains au Mali présentera l'après-midi de ce 25 mars son rapport annuel lors de la 61ème session du Conseil des droits de l'homme à Genève.
Le rapport d'Eduardo Gonzalez couvre la période du 4 avril au 31 novembre 2025. Ce document très dense aborde les questions politiques, civiques et sécuritaires, revenant notamment sur les violences des groupes armés jihadistes ou indépendantistes, ainsi que sur les exactions de l'armée malienne et de ses partenaires russes de Wagner puis de l'Africa corps.
Dans ses conclusions, l'expert onusien met en exergue « l'escalade autoritaire » du régime de transition et l'aggravation de la situation sécuritaire et humanitaire dans le pays.
« Les autorités maliennes ont trahi leurs engagements répétés de mettre fin à la transition lorsqu’elles ont dissous les partis politiques » -c'était en mai dernier- « et décidé unilatéralement de prolonger le mandat du Président de la transition » -en juin-, écrit l'expert mandaté par les Nations unies. Un mandat renouvelable, sans élections et sans limite de temps.
Le rapport passe en revue une longue liste de violences contre les civils au Mali. Celles des jihadistes du groupe État islamique ou du Jnim, qui imposent de nombreux sièges et blocus à travers le pays, prélèvent des taxes illicites, attaquent des camions citernes. Mais aussi celles de l'armée malienne et de ses supplétifs russes de Wagner, puis de l'Africa Corps : arrestations massives, disparitions forcées, frappes de drones tuant des enfants.
Impunité, lois draconiennes, instrumentalisation de la justice
Eduardo Gonzalez estime que « l’escalade des violations graves » des droits humains « par tous les acteurs est la conséquence notamment de l’impunité », laquelle sera renforcée par la décision du Mali de se retirer de la Cour pénale internationale, annoncée en septembre, conjointement avec ses partenaires de l'Alliance des États du sahel (AES), le Niger et le Burkina.
L'expert exprime aussi sa préoccupation sur les « lois draconiennes sur les activités politiques, l’instrumentalisation de la justice, le harcèlement judiciaire et extrajudiciaire des personnes perçues comme critiques » de la Transition, ainsi que sur les « risques pesant » sur les ONG.
Réalité du terrain, spéculation
Dans ses réponses, le gouvernement malien de Transition rejette un rapport « partisan », accuse l'expert de se baser « sur des informations non recoupées » pour « spéculer. » Sur le plan sécuritaire notamment, « nombre de situations sont décrites de façon alarmante et contrastent avec la réalité du terrain », estime encore Bamako.
Au constat de « rétrécissement de l’espace civique », les autorités de transition opposent leurs objectifs : « La refondation et l’assainissement du paysage politique ». Sur la non-organisation d'élection depuis le Coup d'État militaire d'août 2020, il y a cinq ans et demi, le gouvernement de transition invoque la nécessité de relire la loi électorale et d'actualiser le fichier électoral.
Enfin les autorités de transition reprochent à l'expert de ne pas avoir fait de visite de terrain, tout en justifiant le fait de ne pas l'avoir autorisé à se rendre au Mali cette année : « Allégations, incrimination, lectures erronées », « le contenu et les conclusions » de son rapport « sont connus d’avance. »
Par :
David Baché