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L’eau, source de dignité, d’espoir et de résilience communautaire à Ndiorol
BAD - À Ndiorol, dans la wilaya de Brakna, Aminettou Bouchoueim se souvient des journées rythmées par les allers-retours quotidiens vers un puits souvent à sec. « Je puisais de l’eau dans un puits, souvent presqu’à sec. Je transportais mes bidons à dos d’âne. Quand mes réserves étaient épuisées, je devais revenir le lendemain pour faire le même trajet », soupire la mère de famille.
Dans cette localité désertique du sud-ouest de la Mauritanie, la mise en œuvre d’un projet d’alimentation en eau potable a, depuis, changé le quotidien des villageois. Bien plus qu’un équipement hydraulique, le réseau d’eau potable incarne la transition d’une situation d’urgence permanente vers une stabilité durable.
« Aujourd’hui, je bois sereinement, et mes chèvres aussi. Bien plus que de l’eau, ce projet nous a apporté stabilité, espoir et dignité », sourit Aminettou.
À Ndiorol, l’eau du puits est indispensable pour boire, se laver et abreuver le bétail. Quand le puits se tarissait, il fallait soit patienter, soit repartir à nouveau. La fatigue était permanente et l’incertitude pesait lourdement sur les familles.
Bien que bordée par l’océan Atlantique, la Mauritanie, carrefour entre le Sahel et le Sahara, est un territoire où l’accès à l’eau reste un défi majeur. À l’échelle nationale, seulement six personnes sur dix ont accès à l’eau potable, tandis qu’en milieu rural, quatre personnes sur dix sont privées d’un accès sécurisé à l’eau.
Dans ce pays au climat aride, où les ressources dépendent principalement des nappes souterraines et du fleuve Sénégal, l’eau est limitée et inégalement répartie. Dans ce contexte, toute initiative visant à garantir l’approvisionnement en eau constitue un levier stratégique pour la santé publique, la stabilité sociale et le développement économique.
Une réponse intégrée portée par la Banque africaine de développement
Pour répondre à ces défis, le Groupe de la Banque africaine de développement, en partenariat avec le Fonds pour l’environnement mondial (FEM), a mis en œuvre le Projet d’amélioration de la résilience climatique des investissements du secteur de l’eau par des activités d’adaptation climatique appropriées pour les ressources pastorales et forestières dans le sud de la Mauritanie.
Ce projet, axé sur des activités d’adaptation climatique liées aux ressources pastorales et forestières dans le sud de la Mauritanie, bénéficie d’un financement de 6,35 millions de dollars américains. Il vient en complément du Projet national intégré dans le secteur de l’eau en milieu rural, financé par un prêt du Fonds africain de développement et un don de l’Initiative pour l’approvisionnement en eau et l’assainissement en milieu rural.
Le projet a permis, entre autres, de mettre en œuvre des mesures d’adaptation au changement climatique telles que la fixation de dunes et l’installation de systèmes de protection ainsi que des plantations d’arbres. Il a également soutenu des activités génératrices de revenus liées notamment aux pratiques agro-sylvo-pastorales, notamment la culture maraîchère et la régénération du gommier.
Le projet a aussi contribué à la construction de systèmes de stockage d’eau à usage agricole et pastoral. Quatre réseaux d’adduction en eau potable (AEP) des eaux souterraines et eaux de surface et trois bassins de rétention d’eau ont ainsi vu le jour.
À Ndiorol, le projet a permis de bâtir un château d’eau, d’installer une prise d’eau submergée dans le fleuve Sénégal ainsi qu’une petite station de traitement d’eau. Plus de 60 bornes domiciliaires ont été raccordées et quatre bornes desservent Ndiorol, Aroua et N’Diakré. Le système est alimenté par des panneaux photovoltaïques, garantissant le fonctionnement continu des pompes immergées et réduisant la dépendance aux sources énergétiques conventionnelles, même en période de fortes chaleurs.
Dans cette région sahélienne particulièrement exposée aux effets du changement climatique, la gestion durable de l’eau constitue un enjeu vital pour la résilience des populations. Avant le projet, de nombreuses populations dépendaient de forages, dont l’eau présentait un niveau élevé de salinité. La surexploitation de certaines nappes phréatiques contribuait également à aggraver le phénomène de salinisation.
Le projet a permis de développer des systèmes d’alimentation en eau potable mieux adaptés et de promouvoir une gestion plus durable des ressources hydriques, renforçant ainsi le lien crucial entre accès à l’eau et adaptation au changement climatique.
Il mise également sur le développement des compétences au niveau local : des habitants ont été formés à l’exploitation, à l’entretien et à la maintenance des infrastructures hydrauliques, garantissant la pérennité des services d’eau et inscrivant la gestion de l’eau au cœur des dynamiques territoriales.
L’accès à l’eau a aussi permis à plus de 25 femmes de développer des activités agricoles pour produire des légumes destinés à la consommation familiale et à la vente locale. « L’impact du projet est immense. Il nous permet non seulement de boire, mais aussi de produire », se félicite Aminettou. Grâce à leurs productions, les femmes ont pu renforcer leur autonomie financière ainsi que la sécurité alimentaire de leurs communautés.
Durabilité et appropriation communautaire
Le succès du projet repose désormais sur son appropriation par les communautés qui veillent à protéger et à entretenir les infrastructures. Des formations techniques sur le traitement de l’eau et du système photovoltaïque ont ainsi été organisées.
Bénéficiaire du projet, Moulaye El Hassen Achour en souligne les principaux défis : « Acheminer le matériel jusqu’ici était notre plus grand défi car l’accès est difficile. La pose des tuyaux, le forage et l’installation des panneaux solaires ont exigé soin et professionnalisme. Ce projet ouvre de nombreuses opportunités pour la communauté. »
Une approche alignée avec les priorités stratégiques du Groupe de la Banque
Le projet s’inscrit dans les priorités stratégiques du Groupe de la Banque africaine de développement : sécurité en eau, transition énergétique et développement inclusif. Alba Serna, responsable du projet à la Banque, explique : « En Mauritanie, la pénurie de l’eau n’est pas seulement liée à son inégale distribution mais elle est due aussi au manque d’infrastructures. Dans ce projet, nous mobilisons les ressources en eau pour les besoins domestiques et économiques avec des extensions d’approvisionnement en eau potable pour certaines communautés, des bassins de rétention et des stations pastorales. La sécurité en eau est un élément clé pour renforcer la résilience au changement climatique. »
Lancé en 2017, le déploiement du projet devrait s’achever en mars 2027. À ce jour, les infrastructures réalisées à Ndiorol témoignent d’un impact tangible sur la stabilité et la sécurité hydrique à l’échelon local.