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L'Editorial du Calame : Vains et coûteux subterfuges
Le Calame -- On raconte que le président égyptien Anouar Sadate (1970-1981) demanda un jour à son ministre de l’Agriculture de construire une grande ferme pour l’élevage des veaux de façon à améliorer l’approvisionnement du marché en viande.
Croyant sans doute à une lubie présidentielle, le ministre n’accorda aucune importance à cette requête. Quelques mois plus tard, Sadate qui tenait à son projet, contrairement à ce que pensait son collaborateur, appela celui-ci pour lui dire qu’il irait le lendemain inaugurer les lieux. Branle-bas de combat.
Apeuré, le ministre loua une ferme dans la précipitation et y achemina des centaines de veaux. Le jour J, Sadate y fit un grand tour et appela le responsable en aparté : « combien t’a couté l’allocation de ces bêtes ? », lui demanda-t-il.
Sentant que le subterfuge n’avait pas fonctionné, celui-ci répondit : « dix livres par tête, mais comment vous avez su, monsieur le Président ? » « – C’est simple », répondit Sadate, « un veau qui n’est pas dans son véritable enclos devient irrité, nerveux et ne reste pas en place. »
Moralité de l’histoire : les ministres, les ambassadeurs et, par extension, tous les hauts fonctionnaires parachutés dans des milieux qui ne sont pas les leurs ne resteront pas, eux non plus, en place et ne pourront pas s’acquitter des missions qui leur sont confiées.
Nul n’a besoin de la sagacité de Sadate pour découvrir le pot-aux-roses. Nous en payons le prix tous les jours. Et notre malheur continuera jusqu’au jour où les nominations ne se feront plus sur des bases tribalo-régionales, mais en tenant compte d’un seul critère : la compétence.
Ahmed Ould Cheikh