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19-05-2026

17:30

OIF : la Candidature de la Mauritanie dans les starting-blocks

Financial Afrik -- À sept mois du Sommet de la Francophonie 2026, prévu les 15 et 16 novembre à Phnom Penh, au Cambodge, la bataille pour la direction de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) entre dans sa phase politique. Les candidatures ont été officiellement clôturées le 15 mai.

Trois femmes dominent désormais les tractations diplomatiques : Louise Mushikiwabo, actuelle secrétaire générale de l’OIF, candidate à un troisième mandat soutenu par Kigali ; Juliana Lumumba, portée par le président Félix Tshisekedi ; et Dr Coumba Ba, présentée par Nouakchott comme une candidature de compromis entre les grands blocs africains.

Ce portrait ci-dessous est consacré à la candidate mauritanienne Dr Coumba Ba. Ceux des autres postulants suivront dans nos prochaines éditions.

Dr Coumba Ba : «des réformes courageuses pour redonner à la Francophonie le rayonnement qu’elle mérite»

Officiellement investie en avril 2026, candidate au poste de Secrétaire générale de la Francophonie, Dr Coumba Ba bénéficie du soutien personnel du président mauritanien Mohamed Ould Ghazouani. Selon plusieurs sources diplomatiques, la candidature de la ministre-conseillère à la présidence a été évoquée lors du dîner entre Ghazouani et Emmanuel Macron à Paris en avril dernier, puis à Brazzaville avec Denis Sassou Nguesso et à Malabo avec Teodoro Obiang Nguema.

Dr Coumba porte depuis très longtemps la forte ambition de diriger le Secrétariat général de l’Organisation internationale de la France. Et elle a de très nombreux atouts pour y parvenir. Cette volonté s’est, notamment, traduite par la nomination en 2024 de Dr Coumba Ba comme Envoyé spécial de la Mauritanie pour la Francophonie.

Candidature mûrement réfléchie

Nouakchott défend une ligne claire : réussir à fédérer autour de sa candidature l’ensemble des pays francophones, y compris ceux qui présentent des candidats. C’est ainsi que Dr Ba a effectué des visites en l’Afrique centrale, région d’’origine des deux autres candidates africaines.

Une façon évidente de montrer que la candidature mauritanienne n’est pas une candidature en réaction ou en opposition à celles des autres. Il s’agit d’une candidature mûrement réfléchie, portée par une personnalité reconnue pour ses compétences et sa très longue connaissance des enjeux internationaux.

Dans sa profession de foi, la candidate, ambitionne d’apporter des réformes courageuses pour redonner à la Francophonie le rayonnement qu’elle mérite dans le contexte international actuel. Une Francophonie plus utile à des Etats membres, plus apaisée, plus humaine et plus consensuelle.

« Une Francophonie de confiance, d’équilibre et d’utilité », résume-t-elle désormais dans ses prises de parole. Une formule qui traduit aussi la doctrine mauritanienne de “neutralité positive”. Dans cet esprit, le président mauritanien Mohamed Cheikh Ghazouani a rencontré ses homologues congolais Félix Tshisékedi et rwandais Paul Kagamé.

Restaurer la confiance dans l’OIF

La candidature de Dr Coumba Bâ au poste de Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie vise à restaurer la confiance dans l’institution, grâce à une diplomatie d’écoute et de préservation des équilibres.

Dr Coumba Ba prépare actuellement son audition du 30 juin avec une cellule présidentielle resserrée. Ceux qui la connaissent rappellent qu’elle fréquente les réseaux francophones depuis plus d’une décennie et qu’elle porte une vision réformatrice de l’organisation : une Francophonie plus ouverte, davantage tournée vers le multilinguisme, la médiation et la coopération culturelle.

La candidature mauritanienne est également perçue comme une tentative de repositionnement du monde arabe francophone et de l’Afrique de l’Ouest dans les équilibres internes de l’OIF. L’ancien ministre mauritanien Sid Ahmed Ould Bouh parle d’une « ambition légitime », reflet selon lui de la nouvelle stature internationale de Nouakchott.

L’Organisation internationale de la Francophonie est à une étape charnière. Face aux mutations géopolitiques, elle doit affirmer sa pertinence et porter sa vision par une personnalité expérimentée.

Née le 28 février 1970, Dr Coumba a occupé plusieurs portefeuilles ministériels de premier plan : Fonction publique, Travail et Modernisation de l’administration, Jeunesse et Sports.

Ce passage par l’exécutif lui confère une compréhension concrète des défis administratifs, de l’employabilité des jeunes et de la réforme de l’État.

Une diplomatie qui dresse des passerelles et non des fractures

Dr Coumba Bâ a plusieurs cordes à son arc. Polyglotte, elle s’exprime couramment en cinq langues parlées sur les cinq continents : français, anglais, arabe, peulh, wolof. Femme d’action et de principes, elle incarne une Francophonie réelle : plurielle, métisse, à la croisée du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne.

Sur la scène internationale, elle s’est imposée comme une négociatrice discrète mais efficace. Elle a conduit des délégations de haut niveau et porté la voix de la Mauritanie dans des contextes sensibles auprès de chefs d’État africains. Cette pratique de la médiation lui donne une crédibilité immédiate dans les enceintes multilatérales, où l’OIF doit aujourd’hui rassembler plutôt que diviser.

Issue d’un pays fondateur de la Francophonie, au carrefour des espaces arabe et subsaharien, elle porte une voix de modération et de convergence. Dans un contexte où le Sud exige plus de poids dans la gouvernance multilatérale, sa candidature rééquilibre le récit francophone sans rompre avec son héritage.

Son long parcours auprès de cinq présidents successifs et son rôle actuel d’Envoyée spéciale auprès de l’OIF lui garantissent un accès direct aux capitales africaines et aux partenaires techniques et financiers. L’OIF a besoin de cette capacité de mobilisation pour relancer ses projets phares en matière de santé, d’éducation, d’économie créative et de numérique.



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