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06-08-2026

06:29

Nouakchott mise sur la blockchain pour fiabiliser ses services publics numériques

Capmad -- La Mauritanie a annoncé le 30 juillet 2026 une accélération de l’intégration de la blockchain dans plusieurs segments de ses services publics numériques, en complément du cloud national et des chantiers de modernisation des paiements et de la donnée.

La Mauritanie accélère sa transformation numérique avec le lancement du cloud national, le renforcement de ses infrastructures de données et le développement de services publics numériques. Les autorités mettent l’accent sur la souveraineté des données, la sécurisation des systèmes d’information et la modernisation administrative.

L’utilisation éventuelle de technologies comme la blockchain dans certains services pourrait être étudiée à l’avenir, mais aucun programme public précis n’a encore été annoncé. L’orientation retenue par le gouvernement s’inscrit dans un faisceau de chantiers déjà engagés pour numériser et fiabiliser l’appareil d’État.

En combinant infrastructures souveraines, comme le cloud national, et technologies dites de confiance telles que la blockchain, l’exécutif cherche à réduire les risques de fraude, à renforcer la transparence des processus et à installer un cadre de confiance pour de nouveaux services numériques.

Une stratégie qui s’appuie sur le cloud national et les datacenters d’État

Au-delà des annonces liées à la transformation numérique de l’État, la Mauritanie poursuit le déploiement d’infrastructures nationales de données.

Devant les députés le 2 juillet 2026, le ministre de la Transformation numérique a confirmé la mise en place d’un centre national de données répondant aux normes internationales ainsi que le lancement, le 29 juin 2026, du premier cloud national, vers lequel les serveurs de l’administration publique ont été transférés selon les autorités. Cette infrastructure prolonge le Data Center de Nouakchott inauguré en mai 2025, destiné à renforcer l’hébergement sécurisé des données et des applications publiques.

Les autorités présentent la blockchain comme un étage supplémentaire de cette architecture: l’objectif n’est pas seulement d’héberger les données sur le territoire, mais aussi de garantir leur intégrité dans le temps et la traçabilité des modifications dans les chaînes de traitement administratives.

L’intégration de registres distribués est ainsi envisagée comme un outil pour fiabiliser les registres d’état civil, les bases de titres ou les systèmes de certification en ligne, dans un contexte où l’administration veut aligner ses pratiques sur les standards internationaux.

Des services publics déjà engagés dans la numérisation

Le pari sur la blockchain vient se greffer à une trajectoire de numérisation plus large des services publics mauritaniens. Le ministère de l’Intérieur souligne que l’application « Houwiyeti », dédiée à l’identification et aux démarches administratives, a récemment remporté un prix dans la catégorie « Solutions gouvernementales » aux Africa T-Awards 2026, consacrant les efforts de digitalisation et de sécurisation des interactions entre l’administration et les citoyens.

La ministre de la Fonction publique a de son côté rappelé, lors de la Journée internationale de la Fonction publique, que le pays a multiplié ces dernières années les plateformes et services numériques, renforcé l’infrastructure d’information et élargi l’usage des systèmes numériques dans la gestion administrative et la fourniture de services.

Sur le versant financier, la Banque Centrale de Mauritanie (BCM) a structuré un agenda de transformation qui fournit un terrain d’expérimentation naturel pour des briques blockchain adossées aux services publics.

Dans sa Stratégie Nationale de Paiement Numérique (SNPN) 2023‑2028, la BCM met en avant la modernisation des moyens de paiement, la réforme de la réglementation pour encourager l’émergence des fintechs, l’établissement d’une gouvernance inclusive de l’écosystème financier numérique et la modernisation des services financiers par l’innovation.

L’institution prépare en parallèle une sandbox réglementaire ouverte aux banques, établissements de paiement, émetteurs de monnaie électronique et fintechs, afin de tester en environnement contrôlé des innovations, dont pourraient faire partie des solutions s’appuyant sur la blockchain pour la traçabilité ou l’authentification des transactions dans les services liés à l’État.

Identité numérique, certification et paiements : les premiers cas d’usage ciblés

Les cas d’usage mis en avant par les autorités couvrent plusieurs maillons critiques de la chaîne de valeur des services publics. Le gouvernement envisage de recourir à la blockchain pour la certification de documents administratifs, la gestion d’identités numériques, la traçabilité de dossiers entre administrations et la sécurisation d’échanges de données, avec l’objectif affiché de limiter les falsifications, de réduire les litiges liés aux procédures et de fluidifier les contrôles a posteriori.

Les travaux autour d’« Houwiyeti » montrent déjà la volonté de rapprocher le service public de l’usager et de réduire les lourdeurs bureaucratiques via des plateformes sécurisées; l’ajout d’une couche blockchain est présenté comme une manière de renforcer la confiance dans les identifiants et les preuves numériques générés par ces systèmes.

Dans le champ des finances publiques et des paiements, les réflexions portent notamment sur la manière d’articuler registres distribués, infrastructures de paiement existantes et exigences prudentielles.

La BCM opère déjà un système bancaire de base pour la gestion des opérations et la tenue du grand livre général, incluant la comptabilité des soldes des banques commerciales, ce qui impose de calibrer avec précaution tout recours à la blockchain pour éviter les redondances de registres ou les conflits de référence comptable.

Gouvathon 2026 et agenda WARDIP : les prochains terrains d’expérimentation

Les prochains jalons opérationnels devraient venir des dispositifs d’innovation ouverte et des projets financés sur appui de bailleurs. Le ministère de la Transformation numérique a lancé en 2026 le Gouvathon Mauritanie, un concours qui réunit pendant trois jours des startups et des décideurs publics pour transformer des défis administratifs en prototypes, avec un accent sur l’amélioration de l’accès aux services sociaux et la modernisation des interfaces citoyennes.

Cette première édition, ouverte aux jeunes pousses mauritaniennes, vise à connecter l’écosystème de l’innovation aux besoins concrets des administrations, en particulier dans la dématérialisation des démarches et l’automatisation de processus jusque‑là manuels.

Sur le volet infrastructures et interopérabilité, l’agenda WARDIP porté avec l’appui de la Banque mondiale prévoit plusieurs marchés qui peuvent servir de support à des briques blockchain. Les documents de passation de marchés relatifs à la composante mauritanienne du Projet Régional d’Intégration Numérique en Afrique de l’Ouest prévoient notamment une assistance pour l’analyse technique détaillée et la migration vers le cloud gouvernemental, avec pour objectif de simplifier l’accès aux services en ligne et de renforcer l’hébergement souverain des données publiques.

Les mêmes documents mentionnent le recours à une assistance à maîtrise d’ouvrage pour la numérisation de services et le développement des services financiers numériques, ce qui crée une fenêtre pour tester, au cas par cas, l’apport de la blockchain dans la sécurisation de flux entre citoyens, entreprises et administrations.

À court terme, les dispositifs d'innovation et les projets de transformation numérique en cours, notamment les appels à projets du Gouvathon, les travaux de la sandbox de la Banque centrale de Mauritanie et les projets WARDIP liés au cloud gouvernemental, pourraient offrir un cadre propice à l'expérimentation de nouvelles technologies. Si les autorités décidaient d'y recourir, la blockchain pourrait y être évaluée dans le cadre de futurs projets de services publics numériques.



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