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De la Mauritanie à la France, les chercheurs de météorites en quête de l'or céleste
Le Pèlerin -- À la fin du Ramadan, Zouber reçoit l’appel d’un chamelier : « Un bruit assourdissant vient d’être entendu dans le désert, comme une explosion. » Le son aurait porté jusqu’à près de 20 km. Il se met alors en quête de la météorite avec plusieurs nomades. Ils la chercheront parmi les dunes pendant une dizaine de jours.
Dans l’immensité du Sahara, les bergers ne surveillent plus seulement leurs troupeaux. À chaque pas, ils sont à l’affût de pierres noires portant les traces d’une épopée de plusieurs millions de kilomètres : les météorites. Des fragments au cœur d’une étonnante ruée vers l’or céleste.
Une traînée de feu dans le ciel, puis, quelques secondes plus tard, une masse s’écrase quelque part sur Terre. Chaque année, environ 16 000 t de matière extraterrestre traversent l’atmosphère. Une partie atterrit dans le Sahara, une des principales régions de découverte des météorites.
Les scientifiques estiment qu’il pourrait s’en trouver jusqu’à une par kilomètre carré. En Mauritanie, comme dans d’autres zones désertiques, l’absence de végétation et la couleur claire du sol facilitent le repérage de ces fragments célestes, tandis que le climat aride leur permet de rester intacts des milliers d’années.
Des nomades se sont spécialisés dans la recherche de ces pierres « précieuses » pour compléter leurs revenus : ils les vendent sur les marchés, entre 50 et 200 euros, mais les pièces rares peuvent valoir bien davantage.
Certains continuent leur activité d’élevage, de transport ou de tourisme, tout en observant, sans relâche, le sol du désert. D’autres, comme Zouber, partent plusieurs semaines lorsqu’une nouvelle chute est signalée. Boussole, aimant et loupe en main, ils parcourent les éten-dues de sable en quête d’une roche qui pourrait avoir une grande valeur.
Lorsqu’il en trouve une, Zouber la propose à Jean Redelsperger, collectionneur installé à Villeurbanne (Rhône), qui possède des centaines de météo-rites provenant du monde entier.
Après un premier examen, il transmet certaines trouvailles à Jérôme Gattacceca, chercheur au CNRS à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), qui en confirme l’origine et les classe à partir d’analyses minéralogiques. Un petit échantillon rejoindra les laboratoires pour faire avancer la science. L’autre morceau ira sur les étagères du collectionneur.
Après une nuit passée dans le désert mauritanien, Zouber et ses chameliers se réveillent avec les premières lumières du jour. Il faut préparer les dromadaires, répartir les charges et prendre la route avant que la chaleur ne devienne trop forte. La caravane s’engage dans les dunes de l’Adrar, espérant trouver une météorite rare.
Bukari examine une pierre à la loupe. Les chasseurs utilisent aussi des aimants pour tenter de distinguer une météorite d’une roche terrestre. La plupart d’entre elles contiennent en effet un fer spécifique. Mais l’indice ne suffit pas : seule une analyse scientifique peut confirmer l’origine céleste. En Mauritanie, aucune structure nationale ne réalise cette identification.
À Villeurbanne, Jean Redelsperger conserve plusieurs centaines de météorites venues du monde entier. Certains de ses contacts, comme Zouber, lui envoient leurs trouvailles par voie postale. Jean les examine à l’aide de ses ouvrages et de ses instruments, pour repérer les pierres susceptibles d’être des météorites, avant de les faire analyser par des scientifiques.
Cette roche vient d’entrer dans la collection de Jean Redelsperger. C’est un fragment de Sikhote-Aline, une météorite de fer tombée le 12 février 1947 en Sibérie, lors de l’une des plus importantes pluies de météorites jamais observées. De telles trouvailles restent rares, car de nombreuses pierres se révèlent finalement être de simples cailloux.
Dans son laboratoire du CNRS, à Aix-en-Provence, Jérôme Gattacceca étudie les météorites. Le scientifique collabore avec six collectionneurs français, dont Jean Redelsperger, qui lui confie environ un échantillon par mois. À l’aide de cette machine, Jérôme lit la mémoire magnétique des roches ; il obtient des indices sur leur histoire et, plus largement, sur la formation du système solaire et des astéroïdes.
À l’aide d’une scie à lame diamantée, le chercheur découpe une météorite ramassée en Mauritanie. Cette étape, minutieuse, permet d’obtenir une coupe représentative de la roche. L’échantillon est ensuite poli et enrobé de résine avant de passer sous le microscope. Le scientifique peut alors observer ses minéraux et analyser sa structure.
Dans son laboratoire, le scientifique conserve des fragments de météorites de nombreuses régions du monde. Chaque pierre est documentée et analysée avant d’être classifiée. Selon qu’il s’agisse d’une chondrite ordinaire ou d’un type plus rare, elle peut être soumise au comité de nomenclature de la Meteoritical Society, société savante américaine fondée en 1933 dont Jérôme Gattacceca est membre.
Sous le microscope, une section polie de Néma 001, une météorite découverte en Mauritanie en 2021. Les scientifiques y cherchent des indices sur son origine ainsi que sur son histoire. Chaque détail de cette mosaïque de minéraux peut aider à déterminer le type de météorite auquel elle appartient. Cette étape s’avère essentielle avant de lui attribuer une classification officielle.
Jérôme Gattacceca tient un fragment de la météorite de fer d’Aletai, dont plusieurs dizaines de tonnes ont été découvertes en Chine depuis la fin du XIXe siècle. Chaque année, le scientifique participe à la classification d’environ 400 météorites. Beaucoup de chercheurs plaident aujourd’hui pour une meilleure protection de ces trésors.
Par Marie Ruwet