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09-10-2026

10:33

Mauritanie : le rapport Ousmane Kane dissèque la crise électrique (VIDEO)

AFRIC TELEGRAPH - Les coupures d’électricité en Mauritanie viennent de trouver leur radiographie officielle. Remis aux autorités de Nouakchott, le rapport piloté par Ousmane Kane, ancien ministre des Finances et figure respectée de l’administration mauritanienne, dresse un constat sans fard des défaillances qui plongent périodiquement la capitale et les grandes villes du pays dans l’obscurité.

Le document, dont les conclusions filtrent depuis quelques jours, est présenté comme l’un des audits les plus sévères jamais produits sur le secteur énergétique national.

Les délestages à répétition, devenus un marqueur du quotidien des Nouakchottois, avaient conduit l’exécutif à commander une mission d’évaluation indépendante. L’objectif affiché était double : identifier les causes structurelles des interruptions de fourniture et proposer des remèdes opérationnels à court et moyen terme.

L’arrivée du rapport sur le bureau du président Mohamed Ould Ghazouani ouvre désormais une séquence politique sensible, dans un pays où l’accès fiable à l’électricité conditionne autant la paix sociale que l’attractivité économique.

Un diagnostic qui pointe la gouvernance du secteur électrique

Au cœur des constats attribués à la commission Kane figure la faiblesse de la gouvernance opérationnelle de la Société mauritanienne d’électricité (Somelec), opérateur historique en charge de la production, du transport et de la distribution. Le rapport mettrait en lumière une accumulation de dysfonctionnements : maintenance insuffisante du parc de production, vieillissement accéléré des équipements, pertes techniques et commerciales élevées sur le réseau, et pilotage défaillant de la planification des investissements. Autant de maux récurrents dans les utilities publiques ouest-africaines, mais dont l’ampleur en Mauritanie aurait été sous-estimée.

La question de la gestion financière de la Somelec apparaît également centrale. Entre tarifs administrés, subventions croisées et créances impayées, la santé économique de l’opérateur s’est dégradée au point d’obérer sa capacité d’autofinancement. Le document plaiderait pour une remise à plat du modèle tarifaire et un assainissement du portefeuille clients, deux chantiers politiquement explosifs dans un pays où l’énergie reste perçue comme un bien quasi régalien.

Les coupures d’électricité, révélateur d’un déficit d’investissement

Au-delà de la gestion courante, le rapport Ousmane Kane interroge la trajectoire d’investissement du secteur sur la dernière décennie. La demande électrique mauritanienne a progressé sous l’effet de l’urbanisation de Nouakchott, de la montée en puissance du secteur minier et de l’essor des services. Dans le même temps, les capacités de production additionnelles n’ont pas suivi au rythme attendu, et le réseau de transport souffrirait de goulets d’étranglement qui amplifient le moindre incident technique en coupure généralisée.

Les auteurs insistent sur la nécessité d’accélérer le déploiement des énergies renouvelables, en complément du thermique, pour sécuriser le mix. La Mauritanie dispose d’un gisement solaire et éolien parmi les plus compétitifs du continent, encore largement sous-exploité. Reste que l’intégration de ces capacités variables suppose un réseau robuste, des moyens de pilotage modernisés et une doctrine industrielle claire, trois conditions encore partiellement réunies.

Un test politique pour Nouakchott à l’heure du gaz

La publication des conclusions intervient à un moment charnière. L’entrée en production du champ gazier offshore Grand Tortue Ahmeyim, partagé avec le Sénégal, doit permettre à Nouakchott de disposer d’une ressource domestique pour alimenter des centrales à gaz de nouvelle génération. Cette perspective rebat les cartes du mix électrique mauritanien et offre une fenêtre d’opportunité pour sortir du cycle des délestages. Encore faut-il que les investissements soient planifiés, financés et exécutés dans des délais compatibles avec l’urgence sociale.

Pour le président Ghazouani, le rapport constitue à la fois une munition et un risque. Munition, parce qu’il objective des défaillances connues et légitime les réformes à venir, y compris les plus impopulaires.

Risque, parce qu’il expose la responsabilité de pans entiers de l’appareil d’État et de la Somelec, et qu’il appellera des arbitrages concrets sur la gouvernance de l’opérateur, le niveau tarifaire et l’ouverture éventuelle du secteur à des producteurs indépendants.

La manière dont l’exécutif choisira de rendre public, ou non, l’intégralité du document donnera une première indication sur l’ambition réelle de la réforme à venir en Mauritanie. Selon Financial Afrik.





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