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16-10-2026

15:16

Derrière le remaniement, la bataille silencieuse pour l’après-2029

EVEIL HEBDO - Le remaniement ministériel du 10 octobre 2026 intervient dans un contexte de mécontentement lié aux coupures d’électricité à Nouakchott et de spéculations croissantes sur la succession du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. 

Si le maintien du Premier ministre Moctar Ould Diay confirme la continuité à la tête du gouvernement, le départ simultané des ministres de la Défense et de l’Intérieur soulève des interrogations sur les véritables intentions du chef de l’État. Le pouvoir a-t-il simplement voulu tourner la page d’une séquence difficile ou cherche-t-il déjà à organiser l’après-Ghazouani ?

Le 9 octobre 2026, le Premier ministre Moctar Ould Diay remet la démission de son gouvernement avant d’être reconduit dans ses fonctions quelques heures plus tard. Le lendemain, une nouvelle équipe gouvernementale est annoncée. Entre neuf et dix ministres quittent le gouvernement, selon les décomptes, tandis que plusieurs autres changent de portefeuille.

Mais au-delà de cette redistribution des postes, deux départs retiennent particulièrement l’attention : ceux du général Hanane Ould Sidi, ministre de la Défense depuis plusieurs années, et de Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine, ministre de l’Intérieur.

Deux personnalités considérées comme influentes et réputées proches du président, dont les noms ont régulièrement été évoqués dans les discussions sur la succession politique. Aucune explication officielle détaillée n’a été donnée pour justifier leur départ. Ce silence entretient les spéculations et donne à ce remaniement une portée politique qui dépasse largement la simple recomposition gouvernementale.

Une crise de l’électricité comme toile de fond

Difficile d’analyser ce remaniement sans revenir sur les événements qui l’ont précédé. Les 21 et 22 août 2026, deux postes électriques de Nouakchott prennent feu, provoquant plusieurs jours de coupures d’électricité dans la capitale. Les perturbations suscitent de nombreuses réactions et alimentent les critiques sur la gestion des infrastructures publiques.

Un rapport d’enquête rendu public le 8 octobre met en évidence des défaillances dans la préparation des travaux, le contrôle des installations et les dispositifs de protection. Il recommande des mesures administratives et, pour certains faits, la saisine de la justice. Le lendemain, le gouvernement démissionne.

Le Premier ministre est aussitôt reconduit, puis la nouvelle équipe est annoncée le 10 octobre. Les autorités n’ont toutefois établi aucun lien officiel entre les conclusions de l’enquête et les changements ministériels. La proximité des dates alimente néanmoins l’hypothèse d’un remaniement destiné à répondre à la pression de l’opinion publique. Dans cette lecture, le président aurait choisi de modifier les équipes sans remettre en cause l’architecture générale du pouvoir.

Le maintien de Moctar Ould Diay à la Primature, ainsi que celui de plusieurs responsables à des postes stratégiques, renforce l’impression d’un ajustement ciblé plutôt que d’un changement de cap. Reste à savoir si cette recomposition suffira à restaurer la confiance. Car, pour les citoyens, le premier test du nouveau gouvernement sera concret : améliorer la fourniture d’électricité et apporter des réponses aux dysfonctionnements révélés par l’enquête.

Défense et Intérieur : deux départs qui interrogent

Le départ simultané du général Hanane Ould Sidi et de Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine constitue l’élément le plus commenté de ce remaniement. Le premier quitte le ministère de la Défense après environ sept années à sa tête. Le second abandonne un portefeuille qu’il occupait depuis 2022, après l’avoir déjà dirigé entre 2005 et 2007.

Il avait également exercé les fonctions de directeur de cabinet du président au début du premier mandat de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Ces deux trajectoires témoignent d’une proximité ancienne avec les rouages du pouvoir. Leur départ simultané ouvre ainsi la voie à plusieurs interprétations. La première est celle d’une mise à l’écart.

Dans un contexte marqué par les critiques sur la gouvernance, le renouvellement des responsables chargés de secteurs aussi sensibles que la Défense et l’Intérieur pourrait traduire une volonté présidentielle de rééquilibrer les rapports de force au sommet de l’État. Certains observateurs évoquent également de possibles tensions entre ces personnalités et le Premier ministre. Mais, en l’absence d’éléments publiquement vérifiables, cette hypothèse demeure spéculative.

Une seconde lecture, presque inverse, est également avancée : celle d’un retrait stratégique. En quittant le gouvernement, deux personnalités potentiellement exposées aux critiques pourraient préserver leur capital politique et éviter l’usure liée à l’exercice de responsabilités ministérielles.

Cette interprétation prend une dimension particulière à l’approche de 2029, année de la fin du second mandat présidentiel. Le départ du gouvernement ne signifierait alors pas nécessairement une perte d’influence, mais pourrait ouvrir une nouvelle phase de leur parcours politique. À ce stade, aucune de ces deux lectures ne peut être considérée comme établie.

Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine, un successeur possible ?

Parmi les deux anciens ministres, Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine concentre une attention particulière. Son parcours, sa connaissance de l’administration territoriale et sa proximité présumée avec le chef de l’État constituent autant d’éléments qui expliquent pourquoi son nom revient dans les discussions sur l’après-2029. Le ministère de l’Intérieur occupe en effet une position stratégique dans l’organisation de l’État.

Il est au cœur de l’administration territoriale, des relations avec les autorités locales, de la sécurité intérieure et de plusieurs dimensions de la vie électorale et politique. À la tête de ce département, un responsable peut développer des relations durables avec les gouverneurs, les préfets, les élus, les notables et les acteurs politiques.

Ces réseaux ne disparaissent pas nécessairement avec la fin des fonctions officielles. La lettre d’adieu adressée par Ould Mohamed Lemine aux responsables des services de sécurité, aux autorités administratives et aux élus locaux, dans laquelle il rappelle la continuité des objectifs nationaux malgré les changements de responsables, a été suivie de nombreuses visites à son domicile de personnalités politiques et culturelles.

Ces visites peuvent être interprétées de différentes manières : marques de considération, témoignages de fidélité, manifestations de solidarité ou signes d’une influence politique qui demeure intacte. Certains observateurs y voient également une possible préparation de l’avenir. Mais cette dernière interprétation ne repose, à ce stade, sur aucune preuve publique permettant de conclure à l’existence d’une stratégie organisée de succession. La prudence s’impose donc. La visibilité médiatique d’une personnalité et l’affluence à son domicile ne suffisent pas à démontrer qu’elle bénéficie d’un soutien présidentiel en vue d’une échéance électorale.

2029 : le troisième mandat au cœur des spéculations

La question de la succession s’inscrit dans un contexte institutionnel précis. Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, au pouvoir depuis août 2019 et réélu en 2024, achève son second mandat en 2029. La Constitution mauritanienne limite le nombre de mandats présidentiels à deux et protège cette limitation contre une révision. Malgré ce cadre, le débat sur un éventuel troisième mandat s’est installé dans l’espace politique.

Plusieurs ministres, élus et hauts responsables ont publiquement lancé des appels en ce sens, contribuant à entretenir les interrogations sur les intentions du pouvoir. Si le président respecte la limite constitutionnelle, la question de son successeur deviendra incontournable. C’est dans cette perspective que les mouvements au sein du gouvernement sont interprétés, parfois au-delà de ce que les faits permettent d’affirmer.

Le profil de Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lemine présente certains atouts : sa proximité supposée avec le président, son expérience au ministère de l’Intérieur et sa connaissance des réseaux locaux. Mais d’autres éléments invitent à relativiser cette hypothèse. Son départ peut aussi traduire une volonté de réduire son poids institutionnel ou de réorganiser les équilibres autour de la présidence et de la Primature.

D’autres personnalités sont également citées dans les spéculations sur l’avenir politique du pays, notamment le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Salem Ould Merzoug, qui conserve son portefeuille. Aucun élément public ne permet donc, pour l’heure, d’identifier un héritier désigné. La succession reste ouverte, et les changements ministériels ne constituent pas, à eux seuls, une preuve de la préparation d’un scénario particulier.

L’histoire politique mauritanienne contribue à expliquer cette prudence. Après plusieurs décennies marquées par des coups d’État, entre 1978 et 2008, le pays n’a connu qu’en 2019 un passage du pouvoir d’un président élu à un autre président élu. Dans cet environnement, les figures politiques trop visibles peuvent susciter autant d’attentes que de méfiance. La circulation de noms dans les médias ne garantit ni leur investiture ni leur capacité à s’imposer.

Le nouveau gouvernement attendu sur des résultats concrets

Au-delà des spéculations sur la succession présidentielle, le remaniement sera jugé sur la capacité de la nouvelle équipe à répondre aux préoccupations quotidiennes de la population.

L’électricité constitue le premier dossier urgent. Les autorités devront tirer les conséquences des défaillances relevées dans les installations et renforcer les dispositifs de contrôle et de prévention afin de limiter les risques de nouvelles perturbations. Le secteur de l’énergie présente également des enjeux stratégiques, notamment à travers le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim, auquel participent BP et Kosmos Energy.

Le nouveau ministre devra ainsi concilier les exigences de gestion du secteur énergétique national avec les perspectives offertes par les projets gaziers. Aux Finances, Codioro Moussa N’Guenore devra composer avec des priorités concurrentes : réparation des infrastructures, protection sociale, emploi des jeunes et développement de l’intérieur du pays. Ces enjeux figurent parmi les orientations régulièrement mises en avant par le président. À la Défense, la situation sécuritaire le long de la frontière avec le Mali demeure un dossier sensible qui exige vigilance et continuité opérationnelle.

Le maintien de plusieurs responsables, combiné au renouvellement de postes stratégiques, suggère donc une recherche d’équilibre entre continuité administrative et adaptation politique. Mais cet équilibre devra se traduire par des résultats tangibles pour éviter que le remaniement ne soit perçu comme une simple opération de communication.

Un remaniement qui ouvre plus de questions qu’il n’apporte de réponses

En définitive, le remaniement du 10 octobre 2026 apparaît comme une opération de réajustement politique dont les objectifs profonds restent difficiles à établir. La reconduction du Premier ministre Moctar Ould Diay témoigne d’une volonté de continuité à la tête du gouvernement.

En revanche, le départ simultané des ministres de la Défense et de l’Intérieur modifie les équilibres au sein de l’appareil sécuritaire et nourrit les interrogations sur les rapports de force au sommet de l’État. Ce mouvement peut répondre à une volonté de restaurer la confiance après la crise de l’électricité, de réorganiser les responsabilités ou de préserver certaines personnalités de l’usure du pouvoir.

Il peut également s’inscrire dans une recomposition plus large à l’approche de l’échéance présidentielle de 2029. Mais aucune de ces interprétations ne s’impose, à ce stade, comme une certitude.

Une chose demeure néanmoins claire : le remaniement a changé des visages, sans changer le chef de l’exécutif. Quant à l’après-Ghazouani, il reste une question ouverte. Les prochains choix présidentiels, les résultats du nouveau gouvernement et l’évolution des rapports de force politiques permettront de mieux comprendre si cette redistribution des cartes constitue un simple ajustement ou le prélude à une recomposition plus profonde du pouvoir mauritanien.

Sikhousso





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