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Santé en Mauritanie : l’urgence d’une réforme globale des professions médicales et paramédicales
Le Rénovateur Quotidien -- De l’optique à la pharmacie, des cabinets médicaux aux boutiques de consommables, l’encadrement d’une seule profession ne suffira pas. Face à la multiplication des activités commerciales autour du soin, c’est toute la régulation du secteur sanitaire qui mérite d’être remise à plat.
L’adoption par le Conseil des ministres d’un projet de décret encadrant la profession de technicien d’optique pose une question essentielle : pourquoi la régulation des professions de santé ne ferait-elle pas l’objet d’une réforme globale, cohérente et rigoureusement appliquée ?
La distinction des métiers, la création d’un registre national et le renforcement des sanctions sont des mesures nécessaires. Mais elles soulignent, en creux, l’ampleur du chantier qui reste à mener. Car l’optique n’est qu’un maillon d’un secteur où les pharmacies, les cabinets médicaux, les structures paramédicales et les commerces de consommables médicaux doivent également faire l’objet d’un contrôle à la hauteur des enjeux sanitaires.
Le problème est celui d’un secteur où la frontière entre vocation médicale et logique commerciale doit être clairement réaffirmée. L’exercice de la médecine, la délivrance des médicaments, les prestations paramédicales et la vente de matériel médical ne peuvent être réduits à de simples opportunités économiques. Ils supposent des qualifications vérifiables, des autorisations régulières, des conditions d’exercice conformes aux normes et une responsabilité effective envers les patients.
L’ouverture d’un cabinet médical ou d’un commerce spécialisé ne saurait, à elle seule, garantir la qualité du service rendu. Qui contrôle les qualifications des intervenants ? Les autorisations d’exercice sont-elles systématiquement vérifiées ? Les inspections sont-elles régulières ?
Les manquements donnent-ils lieu à des sanctions réellement dissuasives ? Autant de questions qui appellent des réponses précises, au-delà des annonces réglementaires.Les boutiques de consommables et d’équipements médicaux ne devraient pas davantage échapper à cette exigence.
La conformité des produits, leur traçabilité, leurs conditions de stockage et la compétence des personnes qui les commercialisent participent directement à la sécurité des soins. Même impératif pour les pharmacies et les structures de santé, dont le fonctionnement doit obéir à des règles strictes, contrôlables et transparentes.
Le risque est de multiplier les textes sans transformer les pratiques. Une réglementation, aussi ambitieuse soit-elle, reste largement théorique si elle n’est pas accompagnée de moyens d’inspection, de mécanismes de contrôle indépendants et d’une volonté constante de faire respecter la loi.
La Mauritanie a donc besoin d’une politique d’assainissement qui dépasse les réformes sectorielles ponctuelles. Elle doit couvrir l’ensemble des professions médicales et paramédicales, les établissements de soins, les pharmacies ainsi que les circuits de commercialisation des produits et équipements médicaux.
L’objectif n’est ni de stigmatiser les professionnels ni de décourager l’investissement privé.
Il est de mettre fin aux éventuelles dérives, de distinguer les praticiens qualifiés des intervenants non autorisés et de replacer la protection du patient au cœur du dispositif.
La santé ne peut être abandonnée aux seules règles du marché. Elle exige un État régulateur, des professionnels responsables et des contrôles qui ne se limitent pas aux textes officiels. Le décret sur l’optique peut ouvrir la voie. Mais le véritable test sera la capacité des autorités à étendre cette exigence à tout le secteur sanitaire et à la faire respecter sur le terrain.