02-09-2010 22:23 - Le sapeur-pompier onusien fait face aux irruptions sporadiques du volcan politique.
Le représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies (ONU) en Afrique de l'Ouest, Said Djinit, est arrivé hier à Nouakchott pour une visite de travail de quelques jours en Mauritanie.
Rien qu'à se souvenir de son rôle dans les débuts de l'impasse politique nationale, on peut déjà considérer son come-back comme une ultime tentative, dont seuls les sapeurs pompiers savent le secret, pour faire le point sur le volcan politique mauritanien, qui, malgré des périodes de répit, se réveille brusquement, pour cracher des larves incandescentes sur son cratère, présageant constamment des irruptions de portée plus grande.
Ceci est d'autant plus vrai si l'on sait que les facteurs exogènes comme l'intensification du terrorisme, la crise économique mondiale, les inondations , le chômage parmi les jeunes, la traite des êtres humains; l’insécurité au niveau des zones frontalières, le trafic des stupéfiants, la prolifération des armes, les questions liés aux droits humains notamment en ce qui concerne l’esclavage, le retour des réfugiés , le passif humanitaire et notre Diaspora exilée à l’intérieur du pays et à l'étranger n'ont pas pu calmer les ardeurs du volcan, qui continue de bouillonner son contenu magmatique de plus belle.
Ceci est d’autant plus vrai que malgré le soutien qu’apporte l’émissaire onusien pour permettre une communication adéquate entre les parties prenantes de l’accord de Dakar ou pour promouvoir la coopération avec toutes les équipes de secours ; le volcan continue de se foutre complètement de l'appel à la raison politique.
Comme cela fut d’ailleurs très bien montré par Le chef de file de l'opposition, qui, parfaitement conscient de la menace terroriste et de la portée de cet attentat suicide manqué de Néma, a sagement décidé de tourner à jamais la page de la fronde politique, suscitant un grand élan d'admiration parmi les mauritaniens pour cette décision courageuse.
Les autres leaders politiques, même si pour Boidiel d'El Wiam et Ould Waghf d'Adil, l'apaisement politique n'est pas chose impossible, la présence récente de Messaoud Ould Boulkheir à la cérémonie de prêter serment du président de la commission de transparence de la vie publique, est un indicateur positif qui augure des nouvelles orientations moins belliqueuses entre le pouvoir et l'opposition.
L'autre élément non négligeable de cette nouvelle tendance politique qui se dessine à l'horizon et qui pourra fraterniser enfin les politiques mauritaniens, c'est la désolation du président de la république d'avoir toujours défendu un gouvernement indéfendable jusqu'à dire "oui au dialogue, mais non pour toute prétention au partage du pouvoir". Avec le dernier limogeage de Ould Dadde, Ould Abdel Aziz a sans doute réalisé qu'il s'est fait aidé par des dévergondés plus dangereux que les opposants, car toujours affichant ces dents de lion.
Tout ce tableau permet donc de dire que la mission de l'envoyé onusien intervient actuellement dans un contexte, on ne peut plus favorable pour amorcer l'ouverture, unir les mauritaniens pour qu'ils puissent regarder l'avenir avec plus de sérénité.
C'est tout à fait vrai étant donné qu'on n'est plus à l'ère des propos enflammés du pouvoir et de l'opposition du type "le général putschiste", les élections truquées", du "non" au partage du pouvoir ou du niet à l'Accord de Dakar.
De part et d'autre du cratère du volcan, chacun est convaincu aujourd'hui de l'utilité de l'autre, du devenir commun, de la nécessité de mollesse politique.
C'est sans doute ces sentiments que l'émissaire onusien a pu sentir chez les anciens pôles politiques, exprimant déjà sa satisfaction et son optimisme de préparer le terrain de la réconciliation politique en ces temps inédits du volcan politique.
Tout autre positionnement divergent ne ferait que faciliter à l'AQMI et autres ennemis du pays, soient-ils des Etats, des sociétés ou un Mauritanien d’adoption, à s'immiscer dans nos affaires, à attiser les différences et à pousser les mauritaniens à s'entretuer, avant même que le volcan n’opère ses irruptions mortelles.
Ahmed Ould Bettar
