31-01-2012 18:07 - Les Echos de « La Tribune » : La maladie mentale en Mauritanie.
Je reviens cette semaine sur la question de la santé mentale chez nous. Je l’ai déjà écrit et je le répète une fois de plus : « les malades mentaux en Mauritanie sont, pratiquement, exclus de tout accompagnement, de tout soin. Leur situation est dramatique pour ne pas dire catastrophique.
Ces malades, qui ignorent, pourtant, tout sur leurs maladies, sont à la merci de la destinée des inconscients-conscients. Etre atteint d’une maladie mentale dans cette partie du globe, c’est être condamné à vivre l’état de la domination de l’inconscient loin de l’œil visible des voisins ou du professionnel, et si cet état mène vers l’agressivité, la solution serait , tout simplement, de ‘lâcher’ le patient errer dans la nature ou plutôt dans les rues et les avenues des grandes villes, après, bien sûr, que les charlatans en soutirent des gros montants ou quelques sous auprès de la famille du ‘sujet’ .
D’autres parents plus inhumains, notamment comme ceux qui ont déjà délaissé, après leur déménagement, leur patient, abandonnent, eux aussi, vraisemblablement des malades enchainés dans des maisons sans nourriture, ni boisson pendant des jours et des jours.
Subséquemment, un fait marquant, fut signalé, se manifestant par une ‘phénoménologie’ de la folie affectant toute une famille : le père, la mère, les enfants. Tout ce monde est touché, malheureusement, par un déséquilibre mental. Il s’agit là , d’un arrêt sur une situation bouleversante voire révoltante interpellant tout un chacun ».
En effet, un colloque sur la santé mentale a été organisé cette semaine sous le thème « lien entre maladie organique et trouble psychique. Rôle des différents acteurs dans la prise en charge. » Il a mis l'accent sur les mesures que les acteurs étatiques et non étatiques peuvent adopter pour une meilleure offre de soins en matière de santé mentale pour les citoyens de la ville de Nouakchott.
Les chiffres montrent que « sur l’ensemble du pays, on ne trouve que 4 psychiatres et 10 psychologues pour une population de plus de 3 millions d’habitants. Ainsi, il existe une réelle insuffisance de dépistage, de diagnostic, et de prise en charge de l’adulte (+ de 18 ans) ».
Malheureusement, la maladie mentale conserve encore un caractère honteux, et bon nombre de familles mauritaniennes hésitent à faire soigner dans les hôpitaux spécialisés leurs patients quand ils ont un problème de santé mentale. Et ces patients sont souvent marginalisés, délaissés à leur propre sort, mal traités. Pire, étant donné leurs maigres salaires et leurs charges familiales, dans les lieux de travail, un grand nombre d’employés, souffrent, semble-t-il, de trouble psychique. Quelle productivité alors ?
Mohamed Fouad Barrada
