21-12-2012 05:00 - Lutte contre la Pauvreté : Un gouffre financier sans fonds.

Lutte contre la Pauvreté : Un gouffre financier sans fonds.

La pauvreté serait-elle une fatalité en Mauritanie, pays peu peuplé doté de ressources internes et externes incommensurables ? L’évidence montre en effet, l’inefficacité de programmes conçus depuis près de deux décennies, auxquels s’ajoutent les efforts vieux d’un quart de siècle, tous incapables à offrir une vie décente à plus de 50 % de la population.

Les mannes des bailleurs et partenaires traditionnels auxquels se joignent les budgets nationaux pour combattre le fléau, font de plus en plus penser à un gouffre sans fonds où la pauvreté s’engrosse année après année. Le gouvernement pourra toujours flirter avec l’AFD, ou saigner l’UE et tous les autres bailleurs.

La pauvreté reste dure à cuire. Combien de milliards d’UM, de millions d’Euros et de dollars, de Francs anciens et de Yen, de Yuan et de Dinars ont-ils été investis en Mauritanie, depuis des années et dans divers secteurs pour extirper de la pauvreté, ne serait-ce que 60 % de la population mauritanienne, une poignée de 3 Millions d’âmes, l’équivalent d’une petite capitale africaine ?

Mais en vain. L’impression est que tout le tintamarre soulevé depuis des années autour des programmes de lutte contre la pauvreté n’est que du folklore. Juste des ateliers, des séminaires, des conférences, où des élites théorisent entre deux pauses cafés, signent des documents factuels, dont les chiffres mirobolants n’atterriront jamais dans la marmite des pauvres de la Kébbé ou des hameaux lointains.

Que le ministre des Finances, Thiam Diombar tente aujourd’hui de relancer la coopération avec l’Agence française de développement (AFD), ou que l’Union européenne dégage une énième cagnotte de 16 Milliards d’UM pour relever le niveau de vie des gens de l’Aftout Chergui, ne changeront rien à la donne. Ces gestes emplissent les archives de l’Agence mauritanienne d’information. Seuls les acteurs changent. Tout le reste n’est qu’éternels recommencements.

Les gros chiffres et la main davantage tendue des pauvres. Les ventres vides et les regards rachitiques des milliers d’enfants, de vieillards, de diplômés chômeurs, de demandeurs d’emplois devant les inspections et le Bemop, restent d’éternels tableaux immuables.

Les milliards passent et les pauvres continuent de crier. Toujours le même nombre, ou presque, tant la pauvreté statistique recul peu. Et dire que le premier document de Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP) date de 2001 et va jusqu’en 2015. Selon les résultats de l’Enquête permanente sur la condition de vie des ménages (EPCV) de 2008, 46% des Mauritaniens vivaient avec moins de 2 dollars (environ 500 UM) par jour. L’objectif pour 2015 est de ramener ce chiffre à 25%. Or, la pauvreté ne recule que d’1 point par an. La cause ?

Une mauvaise maîtrise de la croissance démographique et une richesse nationale mal répartie. Pourtant, entre 2006 et 2010, la croissance économique était forte, 3,7% hors pétrole. Pourtant, que de programmes ont été initiés et que de solutions ont été envisagées pour relever le niveau général de vie, à travers notamment la construction d’hôpitaux, d’infrastructures scolaires et de digues, le raccordement à l’eau et à l’électricité, l’accès à la propriété foncière, le développement de la micro-finance, de l’agriculture…Des gouffres financiers qui n’ont en rien amélioré la situation des populations. Que faire ?

Et si, pour reprendre l’avis d’un ancien artiste disparu, l’Etat procédait tout simplement à la distribution, ne serait-ce que pour l’année 2013, des 400 Milliards d’UM plus l’ensemble des dons et fonds en provenance des bailleurs et partenaires, entre les Mauritaniens ? Mais une fois que le spectre du fléau sera abattu, il risque de subsister sous d’autres formes. Et le pire de ces formes, reste la pauvreté intellectuelle. Et ça, c’est une autre histoire…

JOB.


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Commentaires (3)

  • bleil 21/12/2012 11:00 X

    C'est la lutte qui mérite qu'on s'y attarde! l'élite se doit d'aider le pays à sortir du carcan de la pauvreté ... ouvrir le pays tout azimut aux investissements (coller la paix à ceux qui sont déjà sur la place qui sont actuellement terrorisés par une administration délabrée et des fonctionnaires corrompus)... Education, santé sont deux facettes essentielles de la lutte contre la pauvreté...

  • Badr314 21/12/2012 07:51 X

    Magnifique article @JOB, chapeau !!! Un exposé tres clair et tres bien argumenté: de l'economie, de la demographie, de la statistique et bien du maque de plande sortie et de direction.

    Vous avez dit l'essentiel dans la phrase "Seuls les acteurs changent. Tout le reste n’est qu’éternels recommencements."

    Ce que j'ajouterais c'est que malgré les faux chiffres communiqués par les agences de l'etat, le constat reste le meme. Par exemple dans l'etat EPCV 2004 le seuil de payvreté etait fixé à 130000 UM et lorsqu'on a fait les estimations, on avait trouvé un taux de pauvreté de 54% dans un échantillon de 6000 ménages. Si avec un seuil aussi bas (peut être le bas bas au monde) en plus de chiffres arrondis pour ne trop choquer l'opinion, on n'en arrive à ce taux de pauvreté, cela vaudrait tout simplement le pays est dans un état d'urgence et de crise très très grave.

  • sndioro 21/12/2012 05:29 X

    Ou est le president des pauvres dans tout ca. Oops! Abdel Aziz est assit sur des millions alors le peuple souffre.

    Incroyable!!!!!!!!!