16-05-2013 15:30 - Majorite présidentielle : Des saignées anormales

Majorite présidentielle : Des saignées anormales

Jamais pouvoir politique en Mauritanie n’a développé une capacité de rejet aussi grande que la majorité présidentielle actuelle. La situation normale dans le jeu politique local, est que les vagues de défection se fassent toujours dans un seul sens, de l’enfer abyssal de l’opposition vers les rivages ombrageux du pouvoir.

Or, la « Mauritanie Nouvelle », celle des mirages postélectoraux de l’ère azizènne semble n’avoir été pavée que de déceptions. Hier, c’étaient des cadres du RFD qui migraient vers le parti-Etat. Aujourd’hui, c’est toute une commune, celle de Maghta-Lahjar, et avant elle Aoujeft et d’autres localités du pays, qui basculent dans l’escarcelle des partis de l’opposition, déçus par les réformes non engagées et les promesses non tenues.

Même les alliés d’hier, la Coalition Pour une Alternance Pacifique (CAP) commencent à jeter l’éponge de la compromission, celle-là qu’ils ont entretenue depuis les accords de 2011.

La CAP vient de jeter un pavé dans la mare. Cette coalition de partis politiques qui avaient déserté la Coordination de l’opposition démocratique (COD), convaincus qu’ils pouvaient sceller avec la majorité présidentielle une sainte alliance, ont en effet accusé le gouvernement d’avoir sabordé les termes de l’accord conclu en septembre 2011 aux termes d’un dialogue que la COD avait boycotté.

Après une année de compagnonnage, ils dénoncent aujourd’hui la non application des points les plus essentiels de l’accord, notamment l’irrespect des textes régissant le fonctionnement de l’administration et l’utilisation abusive du pouvoir à des fins politiques.

Dans un communiqué publié hier, les partis constituant la CAP, Alliance Populaire Progressiste (APP) de Messaoud Ould Boulkheïr, El Wiam de Boïdiel Ould Houmeïd et Sawab d’Abdessalam Ould Horma, aurait ainsi fustigé le non respect des clauses signées relative à la bonne gouvernance, à la professionnalisation et la neutralité de l’administration, à l’incompatibilité de certaines fonctions publiques avec des postes électifs ou politiques.

Ils ont fustigé notamment les abus perpétrés contre les lois et règlements qui régissent la Fonction Publique, soulignant que des personnes étrangères à l’administration en détiennent aujourd’hui les postes névralgiques, alors que les nominations et l’élévation aux grades ne répondent plus qu’à des critères népotistes et partisans. Il en serait ainsi dans la nomination aux conseils d’administration des entreprises publiques, destinée par la loi aux hautes fonctionnaires de l’Etat et aujourd’hui distribuée sur la base de la fidélité politique.

La CAP a également relevé l’utilisation abusive du Commissariat à la sécurité alimentaire (CSA) comme un levier de propagande au service du pouvoir, dans la mesure où les fonds destinés aux foyers pauvres, dons de l’Afrique du Sud, seraient présentés aux ayants-droits comme des largesses offertes par Mohamed Ould Abdel Aziz. Même l’agence nationale de lutte contre les séquelles de l’esclavage, fruit de l’accord politique de 2011 aurait été selon la CAP monté à l’insu du partenaire du dialogue qu’elle est.

En définitive, cette diatribe sévère de la CAP qui augure d’une rupture dans la sainte alliance, viendrait renforcer la conviction établie par certains qui ne s’étonnent plus de la capacité de la majorité présidentielle à décevoir tous ceux avec lesquels elle a signé des accords. Presque toute la classe politique aurait ainsi initié cette politique du rapprochement avant de se brûler aux feux de la déception, le RFD d’Ahmed Ould Daddah, Tawassoul ; Hatem, AJD/MR, ADIL, RPM, Convergence démocratique…Et la liste des déçus est interminable.

Après Aoujeft qui a basculé dans le giron de l’UFP après avoir cru en Mohamed Ould Abdel Aziz, c’était autour de Maghta-Lahjar et de ses communes de signifier par la voix de leurs élus, notamment le député de Maghta-Lahjar, Moulaye Ould Brahim, ses cadres et ses notables, qu’ils rejoignent avec armes et bagages le parti islamiste Tawassoul. Après avoir chanté les louanges du pouvoir, ils l’appellent maintenant à partir. Le « Rihal » en prend un sacré coup de cravache.

Cheikh Aïdara


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Commentaires (5)

  • foex_good (H) 16/05/2013 18:23 X

    Depuis 2005, nous souhaitons une majorité, qui est une fabrication de la junte, quand le coup d’état survenait; et qui avait su trouver son public. Nous avons tous constaté que ce n’était plus le cas ! Les candidats ne sont plus au rendez-vous, les électeurs tardent à s’inscrire, le chômage n’est pas résorbé, la Cod végète et le gouvernement ne compte pas toujours démissionner.

  • elfihiri (H) 16/05/2013 18:21 X

    pour la nième fois je suis censuré.

    ------------------------------------------

    Monsieur Elfihiri,

    Je viens de vérifier sur les 30 derniers jours (du 15 avril à ce jour). Aucun commentaire de vous n'a été censuré !!!

    Le webmaster

  • Garbarimba (H) 16/05/2013 17:30 X

    Des conditions électorales à 100% favorables à l’opposition n’auront jamais lieu. Nul n'est dupe! Les élections seront toujours tronquées et truquées tant qu'un Ahmed O Daddah ou un O Maouloud ne sont pas au pouvoir. Si non, comment pouvez-vous imaginez que le Président O Abdoul Aziz, déjà au pouvoir et qui a les mêmes droits comme tout le monde de participer aux élections puisse se retirer et renoncer à un second mandat tant que la loi ne l'écarte pas de la course présidentielle?

    Vous avez vu des présidents réputés être de grands démocrates faire réviser la loi électorale pour briguer un troisième mandat, comment voulez vous que AZIZ puisse renoncer à quelque chose à la quelle il a plein droit ?

    D'autre part je ne pense pas que le boycott puisse être une solution pour l’opposition, car on ne peut pas lutter en reculant. L’exemple du Sénégal est là, Abdoulaye Wade avait voulu arracher un troisième mandat par les urnes alors qu’il n’avait même pas le droit de se présenter, alors le peuple l’a sanctionné en votant non pas forcément pour Macky Sall mais pour le candidat favori parmi les concurrents, pourvu que Wade parte !

    Alors soyons patients mes amis AZIZ est encore là avec une grande majorité des mauritaniens eh bien oui!

  • Al Amiin (H) 16/05/2013 16:58 X

    La transhumance politique ce n'est pas un phénomène nouveau chez nous! les partis de la dite majorité, du centre ou de je ne sais quoi voulu se se placer sur la même ligne que le parti au pouvoir et avoir les mêmes égards et pouvoirs de décisions. Ils pensaient ainsi, pouvoir bénéficier des larges du pouvoir et une distribution des postes.

    Le camp de O Abdel AZIZ a pensé tout autrement, ce sont eux qui ont gagné les élections, alors ils prennent le devant et les autres suivent. Il reste à savoir maintenant le sort de cette ex majorité qui a perdu ce statut et qui sera mal vu et accepté par les partis de la COD.

  • Ibadou (H) 16/05/2013 16:29 X

    On n'en perdrait le nord avec la prolifération de ces différents noms pour désigner les oppositions au pouvoir, en même temps synonymes de divisions profondes et de positions inconciliables de cette même opposition.

    Puis on s'étonnera dans une lamentable description de la dérive dictatoriale de Ould Abdel Aziz et le régime militaire qui consiste au brigandage de l'Etat mauritanien.