22-05-2013 02:58 - Processus de sortie de crise : Cela fait désordre
La situation politique dans le pays se complique de jour en jour, contrairement à ce que pensent certains. L’imminence de l’organisation des élections municipales et législatives, alors que l’on parle encore de l’initiative du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, seulement au niveau de son acceptation "formelle" par les différents protagonistes de la crise, n’est pas pour rassurer.
La situation politique du pays est trouble. Ce qui inquiète c’est ce soupçon de connivence entre le pouvoir et la Commission électorale nationale indépendante (CENI) qui ne se rappelle aux bons souvenirs des Mauritaniens que quand le président Mohamed Ould Abdel Aziz parle de l’imminence des élections.
Coup sur coup, elle vient de mettre en place des commissions régionales et son président a accordé une longue interview à l’Agence mauritanienne d’information (AMI), deux jours seulement après l’évocation des élections par le rais qui dit que celles-ci auront bien lieu à la date indiquée.
Une date qui, on se le rappelle, avait aussi été fixée par la CENI après une sortie du président de la République annonçant l’imminence des élections municipales et législatives.
C’est dire qu’il y a réellement une confusion des genres à tous les niveaux. La Coordination de l’opposition démocratique (COD) marque à nouveau son territoire en faisant connaître ses exigences pour participer aux futures élections. Des conditions qui remettent en cause la CENI elle-même et justifient, peut être, l’empressement de celle-ci à franchir un nouveau pas pour dire que le processus est irréversible.
Ce qui sert bien la stratégie du pouvoir dans sa volonté de mettre en avant la CENI, pour répondre à la COD, et apparaître lui comme un acteur (majorité) comme les autres. N’est-ce pas aussi ce qu’il faut lire dans les propos acerbes du député Sidi Mohamed Ould Maham, qui conseille à la COD de cesser de "rêver" en demandant la formation d’un gouvernement d’union nationale !
Pourtant, la position tranchée du président Aziz sur cette question ne doit pas pousser certains de ses fervents soutiens, comme le président de la Haute cour de justice, à continuer dans leur fuite en avant, refusant à la COD le simple fait d’exprimer ses désirs. Oubliant que le président Aziz, dont l’agenda politique, économique et social est loin d’épouser, point par point, celui d’une majorité "archaïque", peut assouplir sa position à tout moment. Comme il l’a fait le 06/06/2008 et aujourd’hui encore en acceptant, même partiellement, le plan de sortie de crise de Messaoud.
La COD revient à la charge
La volonté de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) à en découdre avec le pouvoir du président Mohamed Ould Abdel Aziz, se renouvelle aujourd’hui avec les nouvelles conditions posées pour participer aux élections. C’est un peu comme si l’opposition utilise la même stratégie que le pouvoir : Un pas en avant (l’acceptation de l’initiative de Messaoud) et deux pas en arrière ("conditionnalités" drastiques pour participer aux élections). C’est le pendant, en quelque sorte, au double langage du pouvoir (Aziz et sa majorité) même si l’on sait que ce sera finalement le rais qui décidera de la conduite à tenir.
Si Ould Abdel Aziz revient sur sa position, pour attirer encore une fois l’opposition dans le " piège" des élections, on verrait alors dans sa démarche la mise en œuvre d’un plan qui était là bien avant les derniers rebondissements de la crise. Il n’hésitera pas à user des mêmes moyens qui lui ont permis jusque-là de circonscrire les velléités d’une opposition loin d’avoir retrouvé les premiers instants de ce « printemps arabe » qui a balayé des régimes aussi solidement incrustés que ceux de Kadhafi, Moubarak et Ben Ali.
C’est dire qu’au plus fort de la crise multiforme que traverse la Mauritanie, il y a maintenant une sorte de bras de fer qui s’engage autour de ce qui est vraiment la question essentielle : Avons-nous ou non un système démocratique, ou bien simplement une "machinerie" destinée à gérer les crises par l’organisations d’élections qui, toujours contestées, procèdent elles-mêmes au renouvellement des tensions ?
On est sûr d’une chose : La Mauritanie est retournée, véritablement, dans cette zone de turbulence qui ressemble, à s’y méprendre, à celle qui a précédé la chute de Taya. Et ce qui est étrange, ici, c’est que le pouvoir fait preuve d’une assurance qui se confond, quelque part, avec de l’insouciance.
Si le président Aziz continue à se fier à ses soutiens politiques et militaires pour ignorer la grogne de ses oppositions, mais aussi le malaise qui sourd, de plus en plus, au sein de populations désemparées par la flambée des prix et la désinvolture de leurs gouvernants, il prend tous les risques. Dont le moindre, à court et moyen termes, est de voir le pays rouler au ralenti, avec le blocage au niveau institutionnel et politique empêchant, pour l’instant, l’organisation d’élections municipales et législatives nécessaires pour le renouvellement des conseillers et des du parlement.
Quoi qu’on fasse donc, la crise revient sur cette question des élections dont l’organisation a besoin d’un compromis politique qui dépasse le simple cadre du dialogue de novembre 2011. Le comprendre constitue déjà une sérieuse avancée dans le règlement de la crise.
MOMS.
