22-05-2013 13:53 - Elections législatives et municipales : Le bon départ ?

Elections législatives et municipales : Le bon départ ?

Les choses s’accélèrent. Du côté de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) s’entend. Après avoir mis en place ses commissions à l’intérieur du pays, voilà que l’instance dirigeante chargée de la tenue des élections entame des rencontres avec les partis politiques. Lesquels continuant toutefois d’entretenir des relations mi-figue, mi-raisin, pourraient bien être amenés à prendre finalement le train en marche.

Les élections législatives et municipales pourraient bien être tenues avant la fin de la présente année. C’est en tout cas vers ledit scénario que l’on semble s’acheminer, malgré les gesticulations des partis politiques de la majorité et de l’opposition.

Avec une Coordination de l’opposition démocratique (COD) qui donne l’impression d’avoir choisi sa position (bouder les élections si ses conditions ne sont pas remplies) et un pouvoir qui donne à croire que les élections auront lieu avec ou sans la COD, on devrait malgré tout aller vers ces suffrages.

D’ailleurs, la CENI commence déjà à jouer pleinement son rôle de maitre de cérémonie. Elle a déjà fixé la date des élections et ne semble pas prête à faire marche arrière. Elle vient de constituer les commissions chargées de mener à bien le recensement à vocation électorale et s’apprête à rendre publique la liste de ses démembrements régionaux.

Le message est on ne peut plus clair : la CENI est indépendante, elle n’a d’ordre à recevoir de personne comme l’a souligné son président dans une longue interview accordée au journal Horizons (officiel). Même si des doutes peuvent être émis quand on remarque que ces décisions allant dans le sens de l’organisation prochaine des élections municipales et législatives ont été prises soixante-douze heures seulement après la rencontre du président Mohamed Ould Abdel Aziz avec sa majorité parlementaire et sa déclaration sur le maintien, à la date choisie, du scrutin.

Ceux qui voient les choses sous cet angle diront que la CENI a choisi ce qui ressemble bien à une fuite en avant non pas parce qu’elle veut préserver son indépendance (et surtout mettre la COD devant le fait accompli, elle qui fait de sa restructuration l’une de ses exigences premières) mais parce qu’elle reçoit les ordres d’en haut !

D’autant que ce qu’elle entreprend aujourd’hui, au pas de course, s’inscrit en porte-à-faux du consensus recherché par l’initiative du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir. La CENI pousse ainsi la COD à "faire avec" mais il est sûr que l’opposition qui n’a pas pris part au dialogue de novembre 2011 fera tout pour éviter le "piège à con" de l’élection présidentielle de juillet 2009 en refusant d’être amenée à prendre part à des élections faites dans la précipitation.

Il est sûr également que l’opposition prend la juste mesure du risque d’un boycott d’un scrutin qui se fait certes dans des conditions particulières mais qui est la seule occasion pour essayer de rétablir un rapport de force "équitable" avec la majorité, à défaut de renverser la situation en sa faveur. Son seul espoir donc est de mettre le président de l’Assemblée nationale et la Coalition pour une alternance pacifique (CAP) à laquelle appartient son parti, l’Alliance populaire progressiste (APP) de son côté.

Une perspective que d’aucuns considèrent comme probable si le président Aziz ne prend pas en compte les sollicitations "révisionnistes" d’un Messaoud qui est vu aujourd’hui par la plupart des Mauritaniens comme le Sage qui met en avant les intérêts du pays et non ceux derrière lesquels courent la plupart des politiques. Des conditions matérielles En dehors des considérations politiques, l’on peut dire aujourd’hui que les conditions matérielles pour l’organisation des élections municipales et législatives sont "acceptables".

L’enrôlement en cours, qui doit servir de base de données pour l’établissement de la liste électorale et de la carte d’identité sans laquelle le vote ne pourrait avoir lieu, avance à grands pas. Certes, on n’est pas encore aux 90% réclamés par la COD (80% pour le retrait des cartes d’identité) mais l’on pense que d’ici trois mois, on sera dans les "normes".

Si d’aucuns considèrent que cette question de l’état-civil ne pourrait plus constituer, d’ici fin 2013, le véritable handicap pour l’organisation d’élections dont le retard commence à peser, il reste à savoir aussi comment faire pour que les partis de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) ne maintiennent pas leur position de refus de participation à une opération qu’ils ont raté déjà en amont.

Ceux qui pensent que l’initiative du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir pourrait bien n’être qu’une tentative de prévenir un très probable boycott, qui ôterait aux élections municipales et législatives prévues, leur crédibilité, tant sur le plan national qu’international, n’ont pas tout à fait tort.

Certes, les partis de la Convention pour une Alternance Pacifique (CAP) sont suffisamment outillés pour affronter au cours de ces élections une majorité dont n’émerge, pour le moment, que l’Union pour la République (UPR) mais l’absence de la COD sera ressentie comme lors de la tentative d’organiser une présidentielle un certain 6/6/2008 ! La question des financements reste elle posée.

Même si, en amont du processus, la CENI a pu organisé une série d’ateliers de formations avec l’aide de partenaires européens et américains qui, généralement, sont prêts à accompagner les élections en Afrique pour en garantir la transparence. Mais la grande question maintenant c’est de savoir si l’Union européenne, principal partenaire de la Mauritanie dans son processus de démocratisation depuis la chute du président Taya, en août 2005, serait prête à s’engager dans une élection qui peut ne pas être consensuelle.

Si la compétition devrait opposer uniquement la majorité et l’opposition "participationniste" l’Union européenne aura du mal à justifier son engagement à son opinion publique dans un processus où treize partis politiques (si Adil, MPR et le RD) suivent la ligne de la COD n’ont pas juger nécessaire de prendre le départ.

L’on pense également que la France tentera, de manière habile, de « ménager la chèvre et le chou », comme on dit. Une médiation pour que chaque partie lâche du lest pourrait même avoir déjà commencé mais sous le sceau du secret, car, dans ce genre d’affaire, les meilleures armes ne sont pas celles qu’on utilise au grand jour.

Sneiba Mohamed


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Commentaires (1)

  • atrous (H) 22/05/2013 16:09 X

    s'accélère toujours du coté de la cni, mais les obsédés des élections ne voient pas encore le bout du tunnel.