23-05-2013 21:59 - Zone franche de Nouadhibou : Vaincre la peur de l’insécurité

Zone franche de Nouadhibou : Vaincre la peur de l’insécurité

La ville de Nouadhibou, érigée en zone franche depuis 2012, continue de mener ces jours-ci son train-train quotidien, loin des lauriers qu’on veut bien lui tisser. La cité économique vit en effet au ralenti, entre l’opulence de ces villas cossues de Bagdad, ses numérowats confondus dans leur banalité et ses quartiers précaires qui s’étirent comme la misère loin de l’Avenue Médian, cœur vivrier de la péninsule.

Beaucoup de ses habitants semblent détachés à l’idée que leur pouponnière va bientôt devenir le cobaye d’un modèle de développement qui a fait ses preuves ailleurs. Mais Nouadhibou, est-elle réellement prête pour relever le défi, avec cette peur permanente du terrorisme ?

D’un bref entretien avec un restaurateur espagnol qui a jeté son dévolu sur la route reliant l’aéroport à la Wilaya, il est ressorti que la Mauritanie en général, et Nouadhibou en particulier, fait les frais d’une mauvaise publicité qui sera un handicap sérieux pour l’arrivée des investisseurs.

C’est celle de la peur terroriste. L’image des humanitaires espagnols enlevés entre Nouakchott et la capitale économique en 2009, continue en effet selon lui de nourrir l’esprit craintif des industriels européens. L’autre handicap qui se dresse devant l’ambitieux projet de faire de Nouadhibou une zone franche à succès, est le manque d’infrastructure et l’absence des grandes fortunes du business mondial, comme les concessionnaires de l’automobile, les marques renommées de l’hôtellerie internationale, etc.

Cette thèse de la charrue avant les bœufs est d’autant plus partagée par les expatriés et autres aventuriers européens présents à Nouadhibou, que la physionomie délétère d’une ville évanescente, cachée derrière une crise industrielle latente, est vivace. Aujourd’hui, l’économie locale est presqu’au ralenti. La crise dans le secteur des pêches, la paralysie quasi complète de l’aéroport de Nouadhibou qui ne reçoit que peu de vols, la MAI, fait que les habitants survivent à peine.

La désuétude qu’offre la cité fait croire difficilement aux plus optimistes sa capacité à devenir en peu de temps un centre international où le capital financier va se déverser comme sous l’effet d’une baguette magique. Pourtant, les autorités mauritaniennes sont décidées à faire de la Baie du Levrier, une zone de développement économique prioritaire où des régimes particuliers seront appliqués (douanier, fiscal, foncier, social et de change). L’ambition est de créer à l’intérieur de cette zone franche, des zones de développement affectées à la création d’activités industrielles, commerciales, de services, portuaires, aéroportuaires…

L’objectif est d’attirer les investissements et encourager le développement du secteur privé, développer les infrastructures et faire de Nouadhibou un pôle de compétitivité, un hub régional de classe internationale. Pour cela, l’Etat mauritanien table sur certains acquis que compte la cité, en termes de pêche, d’hydrocarbures, d’activités minières, de tourisme. D’où, l’idée de valoriser le potentiel et les atouts du littoral mauritanien, sans compter la position géographique de la Baie du Levrier et ses multiples fonctionnalités qui en feraient un pôle d’attractivité.

Sur le plan institutionnel et juridique, le projet est ainsi en avance, avec son rattachement à la présidence de la République, la nomination des instances exécutives dotées de pouvoirs élargis avec la séparation des fonctions incompatibles, un transfert de compétences territoriales et fonctionnelles adéquat, un régime dérogatoire et très incitatif en matière fiscale, douanière, sociale, foncière, change. Aujourd’hui, le président de l’autorité, Ismaël Ould Boddé Ould Cheikh Sidya est très engagé dans la finalisation du projet dont le Directeur du guichet a été nommé en la personne de Sidi Ould Domane.

Seulement, les cadres et ressortissants de Nouadhibou continuent de cacher mal leur mise à l’écart dans la conceptualisation et l’exécution du projet de zone franche qui aurait été réalisé à leur insu. Parmi les préalables qui devaient sous-tendre la réalisation de cet important projet, ils avaient cité, lors d’une rencontre, le 30 mars 2013, la mise en place d’une justice forte et spécialisée notamment dans les litiges commerciaux, une meilleure assurance sécurité et l’existence d’une main d’œuvre qualifiée capable d’être directement employée par les investisseurs étrangers.

Nouadhibou pourra toujours se consoler d’avoir une jeunesse active et entreprenante, ainsi qu’un Marathon international, qui lui apporte la gaieté et la fraîcheur d’un ailleurs que le département du Tourisme s’avère jusque-là incapable à lui apporter.

En toute apparence, la machine est déjà lancée et la Mauritanie rejoint dans le tard le peloton des pays africains qui ont expérimenté un tel modèle de développement, tel que le Maroc qui a lancé sa première zone franche industrielle en 1962, l’Ile Maurice en 1970, la Tunisie en 1972, l’Egypte et le Sénégal en 1974, le Libéria en 1975, la Côte d’Ivoire en 1976, le Togo en 1977 et le RD Congo (ex-Zaïre) en 1979. Plus récemment, ces pays ont été talonnés par le Gabon en 2009 et 2012.

Cheikh Aïdara.


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Commentaires (1)

  • DEBELLAHI (H) 24/05/2013 00:48 X

    Dans un article publié par CRIDEM en date du 19 février 2013, j'ai essayé d'expliquer la meilleure capitalisation possible de cette trouvaille de ZF de Nouadhibou. Elle n'est pas destinée aux ressortissants de NDB.