06-02-2015 10:35 - Mariella Villasante Cervello : La condamnation à mort De Mohamed Cheikh Ould Mkhaitir : un cas de dysfonctionnement de la justice mauritanienne

Adrar-Info - Actuellement, la Mauritanie compte plus de 3,7 millions d’habitants, pour une superficie totale de plus d’un million de km2, la population urbaine est de 59%, le taux d’alphabétisation est de 51%, l’espérance de vie de 63 ans, le taux de mortalité infantile de 57,48o/oo et le taux de pauvreté de 42%. Dans l’Indice du développement humain, le pays est classé 161e sur 187 [PNUD].
Les villes principales sont Nouakchott, la capitale du pays (près d’un million d’habitants), Nouadhibou, capitale économique du pays (plus de 118 000 hab.), et Kiffa (plus de 60 000 hab.) En 1959, à la fin de la colonisation française, les dirigeants du nouveau pays choisirent de créer la
République Islamique de Mauritanie [RIM], pour souligner que la religion musulmane était l’élément d’unité nationale dans un espace habité par des hassanophones (l’arabe local), et par des communautés noires (halpular’en [Tukolor et Peul], soninké, wolof).
Il ne s’agissait donc pas de placer la loi musulmane au cœur de l’État, qui par ailleurs restait laïc et tourné vers la France et la langue française, mais de souligner l’adhésion des diverses communautés ethniques à la religion musulmane. La construction de la nation mauritanienne devait donc se fonder sur ce référent religieux, alors que l’administration étatique suivait le modèle hérité de la colonisation française (1901-1959).
Cependant, dès le départ une ambigüité majeure s’installa au cœur de l’État car si la Constitution mauritanienne était inspirée de celle de la Ve république en France (1958), elle reconnaissait également la loi islamique ( sharia’a ) comme source du droit, notamment pour les affaires concernant le statut personnel et les héritages.
Les deux référents juridiques, moderne et islamique, servaient à régler les affaires selon les contextes et parfois en totale opposition, et un troisième référent normatif était également actualisé dans les milieux ruraux, le droit coutumier (urf ), notamment dans les affaires foncières. Pendant une brève période, entre 1980 et 1984, le colonel Mohamed Khuna ould Haidallah, président du pays, imposa la sharia’a comme source du code pénal ; mais sa pratique fut abandonnée.
Cependant, le Code pénal qu’il promulgua en 1983(2) reste d’actualité de nos jours et n’a jamais été réformé. La condamnation à mort d’un jeune homme, l’ingénieur Mohamed Cheikh ould Mohamed ould Mkhaitir, des Tajakant de l’Assaba, le 24 décembre 2014, pour « crime d’apostasie contre l’islam et son prophète», se place dans ce contexte d’ambigüité juridique.
Disons d’abord qu’il n’a pas apostasié car il n’a pas
renoncé à sa foi musulmane, Mohamed Cheikh n’a pas fait autre chose qu’écrire un texte adressé à ses « frères artisans », et diffusé dans les réseaux sociaux. Un texte qui remet en question le lien entre la religion et les hiérarchies sociales mauritaniennes, en refusant de considérer, comme le font les érudits, que ces hiérarchies ont une légitimité religieuse.
Pour fonder son argumentation, Mohamed Cheikh a fait appel aux textes sur la vie du prophète qui ont eu lieu, selon les traditions, au VIIe siècle, au moment de la naissance de l’islam. Étant lui-même inséré dans le groupe de métier des artisans — dit « caste de forgerons » suivant la terminologie coloniale —, Mohamed Cheikh présente un plaidoyer contre le mépris qui frappe ce groupe statutaire, mais aussi celui des artistes musiciens et des groupes serviles.
Cependant, il ne blasphème pas, il n’insulte pas le prophète ou l’islam, et il ne renonce pas à sa religion. Lorsqu’on lui fit comprendre que son texte était considéré « blasphématoire », il écrivit un second texte pour arguer de son innocence face aux accusations. Malgré cela, l’Association des oulémas [érudits] de Nouadhibou l’accusa d’apostasie devant le Tribunal de Nouadhibou, qui accepta l’affaire et ordonna la mise en prison de Mohamed Cheikh en se fondant sur le Code pénal de 1983.
L’article 306 de ce Code pénal( 3) dispose : « Tout musulman coupable du crime d’apostasie, soit par parole, soit par action de façon apparente ou évidente, sera invité à se repentir dans un délai de trois jours
. S’il ne se repent pas dans ce délai, il est condamné à mort en tant qu’apostat, et ses biens seront confisqués au profit du Trésor. S’il se repent avant l’exécution de cette sentence, le parquet saisira la Cour suprême, à l’effet de sa réhabilitation dans tous ses droits, sans préjudice d’une peine correctionnelle prévue au 1er paragraphe du présent article.
Toute personne coupable du crime d’apostasie ( zendagha ) sera, à moins qu’elle ne se repente au préalable, punie de la peine de mort. » [C’est moi qui souligne] Cela étant, la Constitution mauritanienne garanti la liberté d’expression : « Considérant que la liberté, l’égalité et la dignité de l’homme ne peuvent être assurées que dans une société qui consacre la primauté du droit, soucieux de créer les conditions durables d’une évolution sociale harmonieuse, respectueuse des préceptes de l’islam, seule source de droit et ouverte aux exigences du monde moderne, le peuple mauritanien proclame, en particulier, la garantie intangible des droits et principes suivants :
– le droit à l’égalité – les libertés et droits fondamentaux de la personne humaine ; – le droit de propriété ; – les libertés politiques et les libertés syndicales ; – les droits économiques et sociaux ; – les droits attachés à la famille, cellule de base de la société islamique. » (Préambule) Et l’article 10 dispose :
« L’État garantit à tous les citoyens les libertés publiques et individuelles, notamment : – la liberté de circuler et de s’établir dans les parties du territoire de la République ; – la liberté d’entrée et de sortie du territoire national ; -la liberté d’opinion et de pensée
; -la liberté d’expression
; – la liberté de réunion ; – la liberté d’association et la liberté d’adhérer à toute organisation politique ou syndicale de leur choix. – la liberté du commerce et de l’industrie ; – la liberté de création intellectuelle, artistique et scientifique ; La liberté ne peut être limitée que par la loi. ».
En un mot, Mohamed Cheikh a été condamné à la peine capitale pour avoir fait usage de sa liberté d’expression dans un pays censé la garantir. Et on peut ajouter que la condamnation pour apostasie n’est pas conforme «
aux exigences du monde moderne », ni compatible avec la « garantie intangible (…) des libertés et droits fondamentaux de la personne humaine ». En Mauritanie, la peine de mort concerne les crimes suivants : homicide, terrorisme, viol, apostasie, adultère, trahison, espionnage, torture, parjure, complicité et homosexualité.
Cependant, elle n’est pas appliquée depuis le 6 décembre 1987, lorsque trois officiers noirs de l’armée (les lieutenants Ba Seydi, ancien commandant de la base navale de la capitale, Sarr Amadou et Sy Saidou, ancien officiers d’état-major), furent fusillés par la justice militaire sous l’accusation de complot contre l’État.
Depuis lors, 52 personnes accusées de terrorisme se trouvent dans le couloir de la mort ( Ensemble contre la peine de mort , Mauritanie). Les trois officiers tukolor exécutés en 1987 en Mauritanie [Source : Forum pour la lutte contre l’impunité et l’injustice en Mauritanie] [http://fliim90.canalblog.com] La condamnation de Mohamed Cheikh révèle l’ampleur de l’importance acquise au fil des années par les mouvements islamistes qui ont été directement influencés et financés par l’Arabie Saoudite et les autres pays du Golfe.
L’islamisme oriental, salafiste et wahhabite, a commencé à s’introduire en Mauritanie dès la fin des années 1970, mais il a acquis de l’importance après les années 1990. Les militaires ont souvent réprimé cet islamisme politique, étranger à un pays socialement très ouvert, de tradition sunnite, centré sur la pratique privée et austère de la religion, sur les réseaux confrériques et sur le soufisme.
La chute du régime de Maaouya ould Sid’Ahmed Taya, en 2005, a ouvert les portes à un grand changement social et politique. Après une année de gouvernement militaire dirigé par le général Ely ould Mohamed Vall, un gouvernement civil fut élu en 2007. Mais le président Sidi ould Abdellahi fut démis de ses fonctions par un nouveau coup d’État dirigé par le général Mohamed ould Abdel Aziz, qui se fit élire président en 2009, et qui vient d’être réélu en juillet 2014.
Contrairement à la période précédente, l’islamisme se présente sous de nouveaux habits et n’est plus ouvertement attaqué. Trois forces islamiques coexistent dans le pays : les érudits [ouléma] et/ou les imams des grandes mosquées, loyaux aux pouvoirs en place ; les groupuscules islamistes financés par les Saoudiens qui sont devenus très populaires dans les quartiers pauvres des grandes villes ; et enfin le parti Tawassoul, adhérant au parti des Frères musulmans d’Égypte, qui, en l’absence de partis d’opposition légale lors des dernières élections présidentielles, a obtenu 16 sièges au Parlement et constitue actuellement la seconde force politique en Mauritanie. (4)
L’accusation d’apostasie pour un texte qui remet en question la légitimation religieuse de la hiérarchie sociale mauritanienne
Depuis décembre 2013, la mouvance islamiste a commencé une campagne à l’encontre de ceux qu’elle appelle les « apostats », c’est-à -dire leurs adversaires déclarés sur les réseaux sociaux, dont Facebook . Selon les associations de défense des droits humains qui ont publié un communiqué en janvier (5) , des « comités ad-hoc » se sont formés pour dénoncer des jeunes, surtout des jeunes filles, auprès de leurs familles pour qu’elles leur interdisent l’accès aux réseaux sociaux.
Certains membres de ce qu’il faut bien désigner comme une « police des mœurs » mauritanienne, sont allés dans les rédactions des journaux la veille du Nouvel an pour annoncer que toute festivité ferait l’objet de représailles. L’un des imams de ce qu’on peut appeler l’islamisme populiste, Shaykh Ridha, a lancé une fatwa [avis juridique] « condamnant la montée de l’athéisme via Facebook et les autres réseaux sociaux » et a exigé que les parents protègent leurs enfants du « vice de l’impiété ». Il faut préciser que, depuis plusieurs années déjà , les réseaux sociaux sont le centre d’échanges entre les jeunes qui, comme ailleurs dans le monde, découvrent une nouvelle forme de liberté d’expression et une source d’informations illimitée sur la marche du monde.
C’est contre cet état de fait, au demeurant impossible à arrêter, que s’insurgent les « policiers des mœurs » de plusieurs pays musulmans. Ainsi par exemple, en Arabie Saoudite, le président de la commission pour la Promotion de la vertu et la répression du vice, a interpellé le ministre de l’Intérieur pour lui demander de sévir contre les athées qui insultent Dieu le Très Grand et son prophète dans les réseaux sociaux. Au cœur du monde islamique est apparu une Association des athées saoudiens [ Atheist of Saudi ], qui veut être une plateforme pour le débat idéologique entre athées du monde arabe (Site Sabq, Courrier international , août 2014 (6).
Dans ce contexte, l’affaire qui nous occupe fut montée en épingle et le jeune auteur d’un texte remettant en cause la légitimité islamique de la hiérarchie sociale, notamment la « caste de forgerons », devint un bouc-émissaire pour les islamistes et pour les officiels de l’islam. De toute évidente, ce qui a le plus dérangé les élites religieuses et la quasi totalité des Mauritaniens est que le jeune homme appartienne à un groupe statutaire méprisé, qu’il ait cependant une bonne formation en islam et en arabe classique, et qu’il se soit permis , si l’on peut dire, de remettre en question un ordre social encore conçu comme inchangeable.
— Les faits depuis décembre 2013 et décembre 2014
Voici les faits. En décembre 2013, Mohamed Cheikh ould Mohamed Ould Mkhaitir, ingénieur de 28 ans, publie un article en arabe dans lequel il revendique les droits à l’égalité de la « caste des forgerons » de la société arabophone de Mauritanie [ Bidân].
Reprenant le modèle des lettrés, l’auteur fonde son argumentation sur des événements qui ont lieu lors de la naissance de l’islam, rapportés par des savants islamiques qui font autorité, et il conclue en affirmant que les « castes », c’est-à -dire les groupes méprisés pour leurs métiers, n’existent pas en religion.
— La hiérarchie sociale d’un point de vue anthropologique
Avant de continuer il faut dire un mot sur la structure de la hiérarchie statutaire mauritanienne, tous groupes ethniques confondus. Les sociétés d’anciens nomades du Sahara et des pasteurs et agriculteurs du Sahel, sont distingués en deux grandes catégories statutaires : les « groupes libres » et les « groupes serviles ». Cette hiérarchie est cependant très fluide et changeante et en aucun cas rigide, comme l’ont laissé croire les auteurs coloniaux et les auteurs orientalistes(7).
A l’intérieur de cette hiérarchisation, fruit de l’histoire, au sein du groupe des hommes libres coexistent des groupes de métier spécialisés (les pêcheurs, les artisans, les griots), plus ou moins endogames, que les Portugais puis les Français ont appelé « castes », faisant allusion aux groupes endogames et fermés de l’Inde.
En raison de leurs contacts avec des matières considérées comme sales, ou de leur art considéré comme vulgaire (les chanteurs et danseurs), les groupes religieux ont fabriqué des idées qui excluent ces groupes des « aristocraties » nobles par naissance, c’est-à -dire les religieux et les guerriers (8).
L’idée selon laquelle la filiation (le « sang ») fonde la hiérarchie reste très forte en Mauritanie, au-delà du fait que, dans la pratique courante, les alliances matrimoniales et les mélanges entre groupes statutaires et entre groupes ethniques sont ordinaires. Les mêmes hiérarchies qui distinguent les « nobles » des « castes » et des « esclaves/affranchis » existent dans les sociétés halpular’en, soninké et wolof de la Mauritanie et des pays voisins. Les groupes serviles sont cependant plus visibles chez les Bidan [arabophones, et bidân hommes libres] car ils sont d’origine noire, issus des razzias et du commerce transsaharien. On distingue en leur sein les esclaves ( abd
) et les « affranchis » (dits hratin ) qui connaissent des situations de dépendance très diverses vis-à -vis de leurs anciens maîtres.
Leur poids démographique est très important dans la société hassanophone, et depuis une dizaine d’années leurs revendications d’égalité sociale sont passées au devant de la scène politique(9) . Étant parmi les plus pauvres citadins, nombre d’entre eux adhèrent aux idées ultra-conservatrices des prêcheurs — notamment Shaykh Mohamed ould Sidi Yahya, qui a salué la condamnation à mort de Mohamed Cheikh comme un « exemple de la justice mauritanienne ». Une appartenance plus large est également d’actualité et elle englobe les clivages de statut : ce sont les groupes de parenté élargie, dits « qabâ’il » (sg. qabîla ) en hassaniyya
[les « tribus » des orientalistes], et les lignages chez les sociétés noires.
Bref, les Mauritaniens appartiennent à un groupe de parenté élargie et à un groupe statutaire, leurs identités régionales restent fortes et l’identité nationale est en cours de construction. Les notions de démocratie et de liberté individuelle sont encore mal connues du grand nombre, et les personnes éduquées sont elles-mêmes prisonnières de leurs appartenances statutaires et de parenté. La prise de parole reste en conséquence très délicate, voire impossible, car tout le monde est constamment « surveillé par les Autres » (famille, parentèles, amis, collègues, partis, autorités étatiques, imams et chefs religieux).
Cette situation a été directement alimentée par les gouvernements militaires et civils du pays qui, par crainte de généraliser la démocratie dans un pays pauvre et non éduqué, ont toujours instrumentalisé les appartenances sociales de l’ancien régime (« tribu », « ethnie », statuts) à des fins de politique politicienne. Paradoxalement, l’introduction de la démocratie en 1992, s’est effectuée dans le cadre des « tribus » et des « ethnies », qui loin de disparaître, comme le prétendait le premier président du pays, Mokhtar ould Daddah, se sont reproduites dans le cadre des « partis politiques ».
Mieux, des chefferies et des groupes de « notables » qui n’existaient plus se sont recomposés et agissent sur la scène politique en apportant leur soutien à tel ou tel candidat, surtout ceux du parti au pouvoir car cela leur garantie l’accès aux richesses nationales (10)
.
En un mot, la liberté d’expression ne conduit pas à une démocratisation de la vie sociale et politique, mais elle reste surveillée et autocensurée par les élites éduquées mauritaniennes qui n’osent pas aller au-delà du « socialement correct ». Autant de raisons qui expliquent le silence et la crainte des universitaires et des intellectuels face à la condamnation de Mohamed Cheikh, que personne n’a défendu en dehors des associations de défense des droits humains, et de quelques journalistes et de certaines personnes de la société civile.
Un texte «Incendiaire » ?
Voici le texte « incendiaire » qui a valu la condamnation à mort de Mohamed Cheikh (11).
«Religion, religiosité et forgerons (maallemim)
Mes frères les maallemim, Votre problème n’a rien à voir avec la religion. Il n’y a pas de lignée ni de caste dans la religion, ni maallemim, ni bidân [hommes libres et nobles]. Votre problème, s’il est vrai ce que vous dites, peut être compris sur ce qui est connu sous le mot religiosité.
Voici une nouvelle hypothèse, et j’ai trouvé parmi les maallemim même, certains qui la défendent. Bien. Revenons maintenant à la religion et à la religiosité afin de montrer la place de la lignée et des castes dans la religion. Quelle est la différence entre la religion et la religiosité ? Le docteur Abdel Majid Alnagghar dit : « La vérité de la religion diffère de la vérité de la religiosité ; la religion est la substance des enseignements divins, alors que la religiosité est la mise en pratique des enseignements et décrets divins. Donc ces derniers sont les faits des hommes.
Cette différence dans l’essence entre eux conduit à une différence des propriétés de chaque concept, et la différence dans le jugement relatif à chacun. » (Kitab al-ouma) Donc la religion est un fait divin tandis que la religiosité est un fait humain. Quand est-ce qu’a commencé la religion et quand est-ce qu’a commencé la religiosité ? Sans aucun doute si l’on divise les périodes de temps de l’islam on trouvera : – la période de Muhammad qui est la période de la religion – et la période post-Muhammad qui est la période de la religiosité.
Considérons des événements de la période de la religion : Le temps : juste après la bataille de Badr – 624 AD Place : Yathrib. Qu’est-ce qui s’est passé ? Les prisonniers sont de Qoraich [qabîla du prophète Muhammad] entre les mains des musulmans. Le verdict est comme suit : le véridique [as-Siddiq] premier conseiller du prophète Abou Bakr a dit : « Ô messager de Dieu, ces gens sont des cousins, des parents et des frères, et je pense qu’il faudrait prendre d’eux l’impôt islamique afin que ce que nous prenons soit une force pour nous contre les infidèles que Dieu les guide afin qu’ils deviennent des nôtres. (NB : qui sont les mécréants, les incroyants ici dans l’opinion d’Abou Bakr ?) Ensuite la décision finale fut celle d’Abou Bakr avec l’addition de l’enseignement pour ceux qui n’avaient pas de bien.
Mais attendez un peu. Il y eut un cas exceptionnel : Zeinab [Zaynab] la fille du prophète de Dieu a voulu libérer son époux [et cousin] Abû al-As [ibn Rabi] avec son collier [qu’elle avait reçu de] Khadija [sa mère, épouse de Muhammad]. Le prophète s’est senti fort attristé en sachant ça. Il dit à ses compagnons : « Si vous estimez que c’est raisonnable libérez l’époux et laissez-lui son collier » (Source : Abou Dahoud).
Selon vous quelle est cette exception ? Le temps : 625 AD [Mont] Ouhoud [près de Médine] L’évènement : une bataille entre les musulmans et les Qoraichites. Qoraich en confrontation avec les musulmans en réponse à la bataille de Badr et dans l’optique d’anéantir Muhammad et ses disciples. Hind bint Utbah [épouse d’Abou Sufyan ibn Harb, mère de Maaouya, fondateur de la dynastie omeyyade] loue les services de [l’esclave] Wahchi pour tuer Hamza [ibn Abd al-Muttalib, oncle de Muhammad] en contre partie de sa liberté et d’une compensation financière représentée par ses bijoux.
Hind atteint son objectif et mutile le corps de Hamza. Des années après, et après les jours suivant la conquête de la Mecque, Hind se convertit à l’islam ce qui lui vaut le fameux titre « grande dans la mécréance et grande dans l’islam ». Quant à Wahchi, le prophète lui a ordonné de disparaître de sa vue à sa conversion à l’islam. Hind est une Qoraichite, Wahchi est Abyssinien sinon pourquoi la discrimination entre eux alors qu’ils sont égaux au moins dans le crime, ou, si vous voulez la précision, Hind est la véritable coupable – quel est le péché d’un esclave payé ? Toujours dans la même bataille d’Ouhoud comparons ce qui est arrivé à Wahchi avec le rôle d’une autre personne, il s’agit de Khaled ibn Wolid [dit Abou Souleyman].
Cet homme fut la principale cause de la défaite des musulmans à Ouhoud et de la mort de plusieurs musulmans, lorsqu’il s’est converti à l’islam, il a mérité le fameux titre de « l’épée dégainée d’Allah » [il fut le célèbre général des armées musulmanes en Irak et en Syrie]. Donc pourquoi on n’a pas accueilli vivement Wahchi en lui donnant le titre du javelot d’Allah ? Un autre événement : place Mecque 630 AD Événement : conquête de la Mecque Quel est le résultat ?
Les gens de la Mecque ont reçu une grâce collective malgré toutes les souffrances infligées au prophète et sa daawa [son appel] et ce malgré le pouvoir de l’armée islamique. La nouvelle de la grâce leur parvint pendant qu’ils étaient réunis près de la Kaaba attendant la décision du prophète. Le prophète dit : « Que pensez-vous que je ferai de vous ? », ils dirent « rien que du bien ! En frère de bien et fils de bien ».
Le prophète dit « Aucun blâme sur vous, vous êtes libres ». L’expression est « partez vous êtes libres ». Le résultat de cette grâce collective est la préservation des vies et des biens ainsi que les terres qui restent entre les mains de leurs propriétaires et ce sans imposition de taxes sur elles. La Mecque ne fut pas traitée comme les autres régions conquises. Place : les forts de Bani Quraidha [Banu Qurayza], temps : 627 AD Évènement : l’anéantissement des Bani Quraidha [Juifs de Yathrib, devenue Médine] La cause : 1- Conspiration de certains hommes de Bani Quraidha durant le blocus de Khandaq.
Ces hommes étaient juste les leaders si on généralise alors que l’on sait qu’il y a un verset qui dit « aucun porteur de charge ne portera la charge d’autrui » (verset 164 – S6). 2- Il est confirmé que le prophète a dit aux Juifs aux abords des forts où il les a assiégés « Ô frères des singes des cochons et des adorateurs des idoles m’avez-vous insulté ? » Ils ont juré sur la Thora révélé à Moussa « Nous ne t’avons pas insulté » et ils disent : « Ô père de Kassem tu n’es point ignorant ».
Le prophète, paix sur lui, fit avancer ses archers. (Tabari/252 vérifié par Shaykh Ahmed Shaker, mentionné [par] Ibn Kethir avec la vérification de Wadi-i » (1/207). Je voudrais dire ici avant de continuer que nous sommes dans le contexte de la discussion au sujet du prophète. Nous parlons de ce que nous pouvons appeler « la raison collective » en raison du fait que le prophète est infaillible. Maintenant revenons à la comparaison de la Mecque [ou Médine ?] et des Bani Quraidha.
[Les] Bani Quraidha ont voulu conspirer avec [les] Quoraich et la conspiration n’a jamais eu lieu pour anéantir Muhammad et sa daawa [appel à l’islam]. La grâce générale fut octroyée aux Qoraich et les Bani Quraidha furent exécutés [600 à 900]. Ceux qui ont voulu rejeter la conspiration et ceux qui ont voulu la maintenir.
La sentence fut appliquée aux Bani Quraidha, leurs hommes furent tués et leurs descendants furent pris comme esclaves. Ils baissaient l’habit des adolescents, ceux qui avaient des poils étaient exécutés et les autres pris en esclaves (narrateur Ibnou Moulaghane – source : El Bedrou el- Mounir P : 6/670 sommaire du verdict ; narrateur reconnu véridique). Celui-ci est un garçon qui s’appelle Athiya el-Ghardi, il ne fut pas tué parce que lorsque les musulmans ont baissé son habit, ils ne virent pas de poil (signe de puberté) il échappa à l’épée [de Muhammad]. Athyia el-Ghardi a dit « J’étais parmi les esclaves de Quraidha, on m’a exposé au prophète, ils nous ont examiné ; ceux dont les poils ont poussés furent tués et les autres épargnés.
Ils ont exposé ma nudité je n’étais pas pubère, ils m’ont mis parmi les esclaves (narrateur Athya el-Ghardi, ebani source : Tkhrig michkate al-massabih ; p : 3901 sommaire du verdict, source vérifiée). Qoraich a affronté les musulmans à plusieurs batailles, ils les ont assiégés fortement lors de la bataille de Khandaq [du Fossé, 627] et durant le début de la daawa. [Les] Quoraich ont choisi 40 jeunes pour tuer Muhammad la nuit de l’hégire et avant l’hégire à la Mecque ; ils ont tué et torturé de la pire façon les musulmans et lors de la conquête de la Mecque ils se sont trouvés devant un frère de bien et un fils de bien qui leur a dit partez vous êtes libres, et les Bani Quraidha, qui ont voulu seulement s’allier avec les mécréants, ils furent exécutés en masse.
Où est la miséricorde ? Où y a-t-il un rôle pour « les frères et les cousins germains » (tbenamit) dans la raison collective/absolue. En conclusion, si le concept de « cousins germains, de la parenté, de la fraternité » fait que Abou Bakr s’abstient de tuer les mécréants ; et la relation de fille à père entre Zeinab et le prophète l’autorise à libérer son époux gratuitement ; et l’appartenance à Qoraich octroie des titres d’héroïsme aux Qoraychites et le déni aux Abyssiniens ; et la fraternité et les liens de sang et de parenté donnent le droit de grâce et déni le même droit aux Bani Quraidha, et toutes ces choses se passent dans l’ère de la religion, qu’en sera—t-il de l’ère de la religiosité ? Mes frères Je voudrais seulement atteindre avec vous (et je m’adresse en particulier aux maallemim) que la tentative de différencier l’esprit de la religion et la réalité de la religiosité est une tentative honorable mais pas « convaincante ».
Les vérités ne peuvent être effacées et ce lionceau provient de l’autre lion. Celui qui souffre doit être franc avec soi-même dans la cause de sa souffrance, quelle que soit la cause. Si la religion joue un rôle disons-le à haute voix : la religion, les hommes de religion, les livres de la religion jouent leur rôle dans tous les problèmes sociaux : dans les problèmes des hratin [groupes serviles] des maallemim et des griots. Ces griots qui restent encore silencieux en dépit du fait que la religion professe que ce qu’ils mangent est haram [interdit], que ce qu’ils mangent est haram et que leur travail même est haram. Meilleures salutations. Mohamed Cheikh ould Mohamed »
Deux remarques sur ce texte. Il peut sembler d’abord surprenant de voir que des faits qui sont censés avoir eu lieu au VIIe siècle, il y a 1400 ans, puissent avoir un sens social et politique en 2014, et pourtant une grande partie de la littérature islamique continue à débattre, comme si c’était hier, des événements de l’islam des débuts. Le fait que la religion et la politique restent liées en islam, et qu’aucune réforme critique des textes antiques n’ait jamais été entreprise, implique que les faits et les gestes du prophète Mohamed envers les Juifs, les esclaves, les femmes ou les enfants, ou vis-à -vis des « non musulmans », constituent des modèles à suivre dans le présent.
Cet état de choses est cependant en train de se transformer et les débats entre philosophes, érudits et intellectuels musulmans sur la nécessité de renouveau islamique se développent un peu partout. Ainsi par exemple, le philosophe Abdennour Bidar appelle à refonder l’islam sur une spiritualité de paix. Il affirme : « J’appelle la culture de l’islam à se réformer parce que je crois que nous devons sortir de l’alternative où nous sommes actuellement enfermés : soit garder l’islam de la tradition, soit renoncer à la vie spirituelle.
Une troisième voie est possible, qui est d’imaginer une nouvelle vie spirituelle, un nouveau rapport à l’islam, plus libre, plus personnel, plus en phase avec notre temps. Je crois en cette évolution parce que c’est ce à quoi aspirent aujourd’hui les jeunes générations : elles veulent un islam libre, compatible avec la démocratie, les droits de l’homme, l’égalité des femmes et des hommes, le respect du pluralisme(12) . »
On peut donc dire que le cœur du message de Mohamed Cheikh est l’aspiration à un islam libre, et son sujet central concerne le domaine de la hiérarchie statutaire et son lien avec l’islam. En effet, sa phrase initiale est : « Il n’y a pas de lignée ni de caste dans la religion, ni maallemim, ni bidân [hommes libres et nobles] ». Et à la fin il écrit : « Si la religion joue un rôle disons-le à haute voix : la religion, les hommes de religion, les livres de la religion jouent leur rôle dans tous les problèmes sociaux : dans les problèmes des hrâtin [groupes serviles] des maallemim et des griots. ».
Autrement dit, alors que les hiérarchies sont inexistantes en religion, en Mauritanie les groupes religieux l’instrumentalisent pour maintenir les groupes de bas statut dans cette position qui est cause de souffrance pour leurs membres. On aura remarqué qu’à aucun moment Mohamed Cheikh insulte le prophète ou émet la moindre blasphème contre l’islam.
La mention des Juifs de Médine qui, selon les traditions islamiques furent massacrés pour leur traitrise, n’est pas fortuite car les maallemin sont accusés, à tort, d’avoir des origines juives par les groupes religieux, ce qui souligne le lien idéologique islamique établi entre « saleté » et judaïté(13) . En résumé, il est avancé que la religion, les religieux et les livres musulmans jouent un rôle central dans la marginalisation des groupes de métier et des groupes serviles.
Et c’est ce point qui a été reçu comme une « insulte » à l’ordre social mauritanien menaçant les prérogatives des groupes religieux. Les insultes valent-elles cependant la peine de mort lorsqu’on sait qu’en Arabie Saoudite des accusations similaires sont châtiées par des coups de fouet(14) ? Au début, l’article de Mohamed Cheikh passe inaperçu, mais le 2 janvier 2014 l’Association des ouléma de Nouadhibou dénonce le jeune pour « atteinte au Prophète et blasphème ».
Le parquet de Nouadhibou ordonne son arrestation en faisant référence à l’article n°306 du Code pénal. Celui-ci déclare que « tout musulman coupable du crime d’apostasie, soit par parole, soit par action de façon patente ou évidente, sera invité à se repentir dans un délai de 3 jours. S’il ne se repent pas dans ce délai, il est condamné à mort en tant qu’apostat, et ses biens seront confisqués au profit du trésor . »
Visiblement terrorisée par ces accusations, la famille du jeune ingénieur le bannit, les parents de son épouse la forcent à quitter le domicile conjugal et l’emmènent à Guérou (région de l’Assaba), le mariage devient caduc en raison du « crime d’apostasie ». L’employeur du jeune homme le renvoie, ses collègues l’insultent et le menacent, et il continue à défendre son innocence. Il écrit un second texte dans lequel il s’explique, précisant n’avoir jamais insulté le prophète, et défendant son innocence de bon musulman. Mais personne ne l’a entendu, et les choses sont allées de mal en pis.
— Le second texte de précisions et de repentir(15)
Voici le second texte, Mohamed Cheikh :
Éclairage sur l’article « La religion, la religiosité et les forgerons »
« J’ai suivi ces derniers jours les différentes réactions suscitées par mon article « La religion, la religiosité et les forgerons (maallemin) ». Lesquelles réactions qui me sont parvenues à travers des appels téléphoniques chargés de haine et de menaces, étaient essentiellement excommunicatoires et racistes. A l’origine de ces réactions se trouvent plusieurs facteurs dont : L’analyse conspirationniste (sic) innée chez les zwâya et qui s’illustre par la judaïsation, l’excommunication et la marginalisation de tout ce qui est forgeron ( maalem ), mais aussi par une exégèse superficielle orientée principalement vers les intérêts de leurs âmes malades.
Ce qui dans le passé avait bien servi leurs desseins notamment par leurs affabulations attribuant au prophète (paix et salut d’Allah sur lui) des hadiths [traditions] dont il est totalement innocent comme celui qui dit « Aucun bien ne peut venir du forgeron fut-il un érudit. » A tous mes frères, Ceux qui osent inventer de faux hadiths et les attribuent au prophète (paix et salut d’Allah sur lui), aucune morale ni religion ne peut l’empêcher d’interpréter à leur guise un article écrit par un simple jeune, novice de surcroît. Ils ne ménageront aucun effort afin de mobiliser la passion du musulman commun au service de leurs intérêts.
C’est ainsi qu’ils ont prétendu que les forgerons ont blasphémé à l’encontre du prophète (paix et salut d’Allah sur lui) à travers un article écrit par un des leurs, tout comme ils avaient prétendu que celui qui avait fait tomber les dents du prophète lors de la bataille du mont Ouhoud était un forgeron. C’est dans ce cadre que je voudrais confirmer ici ce qui suit :
1. Je n’ai pas, consciemment ou inconsciemment, blasphémé à l’encontre du prophète (paix et salut d’Allah sur lui) et je ne le ferai jamais. Je ne crois d’ailleurs pas qu’il y ait dans ce monde plus respectueux envers lui (paix et salut d’Allah sur lui) que moi . [C’est moi qui souligne]
2. Tous les faits et les récits que j’ai cité dans mon précédent article revêtent un caractère historique et véridique.
Ces récits ont naturellement leurs interprétations littérales et superficielles et leurs sens visés et profonds.
3. C’est là le point crucial, qui a suscité une incompréhension de mon propos chez beaucoup de personnes. Je voudrais que l’on y accorde une attention totale. Au contraire de ce que certains ont voulu répandre m’attribuant l’intention de blasphémer à l’encontre du prophète (paix et salut d’Allah sur lui), je voudrais clarifier ici mon propos : les zwâya ont abusé de la dualité du sens obvie et du sens visé des récits et histoires rapportés de l’époque de la religion afin d’en faire le socle d’un système servant leurs intérêts à l’époque de la loi du plus fort ( seyba ).
Ils ont fini par ériger le sens obvie en loi de la religiosité transmise à nos jours tout en taisant les sens visés par le prophète (paix et salut d’Allah sur lui). Je dis donc à tous mes frères, A tous ceux qui ont sciemment mal compris mon propos, vous savez bien que je n’ai pas blasphémé à l’encontre du prophète (paix et salut d’Allah sur lui). Aux bonnes personnes qui n’ont reçu que l’information déformée, je dis : Sachez que je n’ai pas blasphémé à l’encontre du prophète (paix et salut d’Allah sur lui) et que je ne le ferai jamais.
Je comprends certes l’ampleur de votre propension à défendre le prophète car elle est identique à ma propre propension à le défendre et à l’amour que je lui porte. Je vous assure que nous sommes tous égaux quant à la défense de tout ce qui nous est sacré. Mes frères forgerons, Il est nécessaire que nous sachions tous que nous faisons face à un vieux duel sans cesse renouvelé avec ceux que l’on appelle les zwâya .
Sachez que ceux-là ne ménageront aucun effort afin de nous faire reculer autant que possible. Ils utiliseront pour cela tous les moyens légaux et illégaux . [C’est moi qui souligne]. Nous devons donc rester prudents et vigilants. Nous devons savoir que l’un des moyens qu’ils utilisent le plus souvent pour nous dominer est celui qu’ils ont hérité de leurs anciens alliés et amis, les colons. Il s’agit de la politique du « diviser pour régner ». Ceci doit donc nous conduire à bien comprendre leurs intentions et à rester unis dans notre combat.
A tous mes frères opprimés, Nous devons être totalement conscients du fait que le destin nous a conduit à être les citoyens de cette terre. Nous devons par conséquent défendre notre droit à une citoyenneté pleine et à une vie descente. Ces droits ne nous seront jamais donnés, ils ne seront obtenus que par nos combats dont l’unification et le moyen le plus rapide pour accéder à nos droits. Salutations.
Mohamed Cheikh ould Mohamed ould Mkhaitir »
Dans ce nouveau texte, l’auteur cible mieux le groupe religieux zwaya comme étant responsable des attaques à l’encontre des artisans maallemin , et il les accuse d’utiliser tous les moyens « légaux et illégaux » à leur encontre.
— La condamnation à mort malgré le repentir
En février 2014, son avocat, maître Mohameden ould Icheddou, a déclaré que le parquet était responsable du black-out total autour du repentir de son client, alors même qu’ils ont été « authentifiés et consignés dans un acte judiciaire » [CRIDEM du 23 février 2014].
Le Juge d’instruction aurait reconnu dans son rapport le dit repentir mais aurait ajouté que cela ne le dispensait pas d’être traduit devant la Cour criminelle [ANI, Noor Info du 3 février].
Ould Mkheitir veut être rejugé : Pour une révision de peine Mohamed Cheikh ould Mohamed [ Noorinfo].
Les mouvances islamistes se sont servies de cette triste affaire pour agiter les populations et montrer leur force de mobilisation, notamment le très populaire prêcheur Shaykh Sidi Yahya.
Les manifestations de Nouadhibou furent très violentes, les manifestants exigeaient la mise à mort de Mohamed Cheikh, « conformément à la sharia’a » [loi islamique]. D’autres marches se sont tenues à Nouakchott, les manifestants, encadrés par des meneurs, se sont dirigés vers le Palais du gouvernement, où ils furent reçus par le président. Un homme d’affaires de Nouadhibou offrit 4 millions d’ouguiyas (10 000 !) à quiconque tuerait le jeune homme ; cet homme d’affaires n’a pas été inquiété par les autorités pour cette mise à prix illégale de la vie d’un homme.
De son côté, la présidente de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), Irabiha mint Abdel Wedoud, a émis un communiqué dans lequel elle affirme que les écrits de Ould Mkheitir sont « blasphématoires, vexatoires et provocateurs », et « hérétiques » et elle a demandé sa mise à mort pour apostasie(16).
En fait, les propos de Mohamed Cheikh ne sont pas exceptionnels, comme le note Ahmed ould Soueid Ahmed, ils « ont été manipulés sciemment pour leur donner un maximum d’écho dans la population », car des milliers de jeunes s’expriment librement sur tous les sujets sur Internet sans être inquiétés(17) .
D’autre part, l’accusation d’apostasie et la condamnation à mort ont généré un vaste mouvement de repli et de peur qui s’est reflété par la réprobation unanime de la publication des deux textes, qui ont disparu d’internet dans sa version arabe pendant plusieurs jours, avant qu’un journaliste ne les fasse traduire en français et rende le second texte accessible en arabe. Cependant, la majorité des partis politiques, et notamment le parti islamiste Tawassoul, seconde force politique dans le pays, l’ont condamné en reprenant les mêmes termes des oulémas ultra conservateurs. Cela alors même que ces derniers n’ont pas condamné, eux, les attentats jihâdistes
au Mali, dont la destruction de mosquées à Gao et de la bibliothèque de Tombouctou, ni les profanations des tombes des saints.
Dans ces conditions, comme le soulignent les associations de défense des droits humains citées plus haut(18) , cette condamnation montre la montée en puissance de l’obscurantisme islamiste, « vecteur désormais avéré de la gouvernance liberticide, moralisatrice et sexiste. » Cette analyse a été illustrée en juin 2014 par la fatwa [avis juridique] de mise à mort lancée par le chef du courant radical Ahbab Errasoul [les amis du prophète] contre la militante des droits humains Aminetou mint el-Mokhtar, présidente de l’influente Association des femmes chefs de famille, qui avait pris la défense du jeune ingénieur. Le texte de la fatwa est très violent et énonce : «
quiconque la tue ou lui arrache les deux yeux sera rétribué par Allah . » [ Lalibre, Noorinfo du 7 juin]. Aminetou a déposé plainte contre l’auteur de cette fatwa , Yehdih ould Dahi, qui a été finalement arrêté et placé sous contrôle judiciaire au début janvier 2015(19) .
Au mois de mai, Mohamed Cheikh serait passé devant un juge à Nouadhibou et il serait retourné en prison ensuite, où il aurait commencé une grève de la faim(20). Le 22 juin 2014, l’érudit mauritanien Muhammad al-Mukhtar al-Shinqiti a publié son son compte Twitter une
fatwa concernant l’apostasie en islam et précisant que la peine de mort n’est pas applicable dans ce cas. Mais elle n’a pas reçu l’attention requise(21) . On propose ici une traduction française [Voir l’Annexe 1].
Finalement, le 24 décembre, le tribunal de Nouadhibou l’a condamné à mort, son procès avait été ouvert avec deux avocats commis d’office, maître Mohamedou ould Icheddou, un avocat célèbre du pays, avait renoncé à le défendre en février 2014 suite à des menaces de mort contre lui même et sa famille [AFP, Mauriweb, Noorinfo
du 25 décembre]. Une pétition signée par quatre associations mauritaniennes a circulé dès le mois de janvier 2014(22) , récoltant plus de 3000 signatures après le verdict. D’autres organisations mauritaniennes se sont prononcées en sa faveur au début janvier 2015(23) .
L’Union européenne a rendu publique son opposition ferme à cette condamnation(24) dans un communiqué où « elle considère que la peine de mort constitue une sanction cruelle et inhumaine qui n’a aucun effet dissuasif et représente une négation inacceptable de la dignité et de l’intégrité humaines. La Délégation de l’Union européenne a pris note de l’appel de cette décision introduit par les avocats de M. Mohamed Cheikh Ould Mohamed auprès de la Cour Suprême et espère que celle-ci annulera ce verdict
. » Mohamed Cheikh a fait appel de sa condamnation et reste défendu par des avocats commis d’office.
On n’a pas de confirmation que le procès serait tenu au mois de mars 2015. Au vue du caractère exceptionnel en Mauritanie de cette affaire, il s’agirait pour certains de faire un exemple qui viserait en fait des jeunes de bonne famille qui auraient adhéré aux idées athées et/ou qui appelleraient à une réforme religieuse(25).
Réflexions finales
Nous sommes devant un cas grave de dysfonctionnement de la justice mauritanienne qui, suivant le Code pénal de 1983, n’a pas tenu compte du repentir de l’accusé, Mohamed Cheikh ould Mohamed ould Mkhaitir, vis-à -vis des écrits qu’il a publié de bonne foi, en faisant usage de son droit à la liberté d’opinion et de pensée, et à la liberté d’expression, garanti par l’article 10 de la Constitution mauritanienne de 1991.
Cela étant posé, Cheikh Mohamed n’a pas apostasié, c’est-à -dire qu’il n’a jamais renoncé à sa foi musulmane, il s’est borné à remettre en question l’ordre hiérarchique mauritanien en s’appuyant sur des exégèses de l’histoire de l’islam antique.
Or, comme l’a rappelé le président Mohamed ould Abdel Aziz au lendemain des faits, la Mauritanie n’est pas un pays laïc. Pourtant, elle a signé des conventions internationales qui défendent les droits humains et le respect à la liberté d’expression : la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui, dans son article 18, dispose : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites. » La Mauritanie a signé également la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (1986), qui, dans son article 8 dispose :
« La liberté de conscience, la profession et la pratique libre de la religion, sont garanties.
Sous réserve de l’ordre public, nul ne peut être l’objet de mesures de contrainte visant à restreindre la manifestation de ces libertés. » Et, enfin, la Mauritanie a signé la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (2004, ratifiée le 27 septembre 2011 à New York). La convention interdit l’usage de la torture et de toute forme de peines ou traitements cruels, inhumains et dégradants, qu’ils soient de nature physique ou morale (26).
En conséquence, on peut espérer qu’une révision du jugement contre Mohamed Cheikh ould Mkhaitir soit acceptée par la justice mauritanienne en tenant compte de son repentir, ce qui conduirait logiquement à sa libération sous la protection de l’État. Dans un cadre plus général, on doit s’étonner du silence et/ou de l’indifférence affichées par la majorité de la population face à un cas grave de dysfonctionnement de la justice et d’atteinte aux droits humains. Notons enfin les réflexions sur l’apostasie de l’érudit Muhammad al-Mukhtar al-Shinqiti qui critique, sur la base d’une analyse poussée, son utilisation dans le cadre de la justice islamique.
Annexe 1 avis de l’érudit Muhammad Al Mukhtar Al-Shinqiti sur la condamnation à mort pour apostasie en islam
Note biographique
Muhammad al-Mukhtar al-Shinqiti est né en 1966 en Mauritanie. Après avoir effectué des études en jurisprudence islamique et en traduction (de l’arabe en français et en anglais), il a travaillé comme professeur d’éducation islamique et littérature arabe dans plusieurs lycées mauritaniens.
Au cours de cette période, entre 1989 et 1996, il était également éditeur, traducteur de journaux mauritaniens (al-Kalam, al-Islah, al-Diyaa). Entre 1997 et 1998, il a travaillé à Sanaa (Yémen), comme professeur des Exégèses coraniques et Grammaire arabe à l’université al-Eman. Entre 1999 et 2000, il a travaillé comme professeur des Principes islamiques et langue arabe à Islamic Center (Washington DC), à American Open University
(Virginia), et Islamic Center of Modesto (California). Entre 2001 et 2003, il a été directeur de Islamic Center of South Plains de Lubbock (Texas). Il a dirigé également le site Internet Al-Fiqh al-Syasi magazine (www.fiqhsyasi.com).
Il a publié plusieurs livres sur la pensée politique en islam, la littérature islamique, les mouvements islamiques et le dialogue entre le monde islamique et l’Occident. Il écrit dans les sites Internet aljazeera.net et fiqhsyasi. [www.islamopediaonline.org] [Vor aussi : https://www.facebook.com/pages/Translations-of-Sh-Mukhtar-Ash-Shanqiti-lectures/578746982209072] Muhammad al-Mukhtar al-Shinqiti (2011) [http://klmty.net/301599] Le texte a été publié le 22 juin 2014 dans son compte Twitter, en arabe [http://www.twitlonger.com/show/n_1rjt3p3] Il commence par la Sourate 2 du Coran, La Génisse [
al-bakarat ], qui semble dater de juillet 622, avant la bataille de Badr, en 624. Elle a été proclamée, dans sa plus grande partie, à Médine ; à cette époque, l’islam est devenu une institution dotée d’un culte nouveau, en arabe.
Muhammad al-Mukhtar al-Shinqiti, fonde son argumentation sur le Verset 256 que voici : « Pas de contrainte en créance. La rectitude est distincte du fourvoiement. Qui efface Tâghût et adhère à Allah A déjà saisi l’anse la plus solide : Elle ne se rompra pas, Allah, entendeur, savant. » [ Le Coran , trad. André Chouraqui]
Selon le commentaire de Chouraqui, ce verset « fonde la liberté donnée aux juifs et aux chrétiens de persévérer dans leurs convictions. Rien ne doit empêcher la réalisation des droits et des devoirs du pacte d’Allah. » ( Le Coran , Laffont, 1990 : 101).
La sanction de l’apostasie relève de l’au-delà non de la vie ici-bas, une trentaine d’observations à ce sujet
1- S’il est un grand principe, aujourd’hui délaissé par les musulmans, depuis des siècles, c’est bien le principe de l’interdiction d’imposer un culte à quiconque. Ainsi la porte du repentir à Dieu demeurera ouverte aux humains tant qu’il en existera, et la religion restera du ressort de Dieu.
2- Le verset « Il n’y a pas de contrainte en religion » a été révélé dans l’une des formulations les plus extensive et les plus absolues en langue arabe. Elle a combiné l’indéterminé à la négation et à l’interdiction. Ce qui englobe, ainsi, toutes les circonstances dans leur commencement, tout comme leur continuité et leur fin.
3- Étrange est celui qui nous demande : qu’avez-vous fait d’un orphelin ? (hadith rapporté par une seule personne) et ne se demande pas, lui ce qu’il fait, d’un verset pourtant explicite « Il n’y a pas de contrainte en religion » !!!
4- L’explicite (Le Coran) est prioritaire par rapport au douteux (hadith orphelin) et ce pour tout être intelligent ; ne parlons donc pas des « savants ». De même que privilégier la règle de l’explicite (Le Coran) en cas de contradiction est une obligation. Hors il n’est de contradiction plus grande qu’un jugement impliquant la vie et la mort.
5- La distinction entre pardonner d’abord et tuer enfin n’est pas naturelle et constitue une contradiction. Rappelons ici que le verset est formulé de la manière la plus extensive et la plus absolue en langue arabe.
6- Lequel des deux actes préférez-vous présenter devant Allah : Tuer au nom d’un hadith orphelin ou donner la vie par un verset explicite ?
7- Tuer l’apostat n’est que l’une des catastrophes de l’exégèse auxquelles le délaissement du Coran et la mise de la loi au service de l’État nous ont conduit.
8- Celui qui annonce publiquement son apostasie dans nos sociétés doit nous conduire à prêcher publiquement son retour à l’Islam.
Cela ne nous donne pas le droit de le tuer car notre glorieux et majestueux Dieu dit « Il n’y a pas de contrainte en religion ».
9- Si, ce qui ne s’était pas passé avec les rebelles de l’époque des Compagnons du prophète relevait de sanctions religieuses, la sanction n’aurait pas été possible sans procès ; or, il n’y eu jamais de procès pour apostasie à l’époque du prophète et/ou de ses compagnons.
10- L’apostasie est affaire une purement intellectuelle. Elle ne constitue pas une subversion sauf si l’apostat verse dans le prosélytisme auquel cas nous devons le combattre par le discours (argument et contre-argument).
11- La distinction entre la mécréance par naissance et la mécréance par apostasie nous conduit à faire de la naissance dans la croyance un délit.
12- N’est-elle pas étrange cette logique d’exégètes qui croient en la contrainte de culte pour les musulmans et en sa liberté pour les non musulmans !!!!
13- Les guerres de Abou Bakr As-Siddiq [vers 573-634, règne entre 632-634], premier
khalife du prophète, étaient une réplique à une rébellion armée et au refus de payer les taxes ( zakat ) qui revenaient aux pauvres. Elles n’ont jamais eu pour objectifs de ramener quiconque à l’islam par la contrainte.
14- L’apostasie est le péché le plus capital en islam puisqu’elle détruit la base de la religion chez l’apostat. L’islam n’y a pourtant pas prévu une sanction relevant de la vie ici-bas car la contrainte engendre l’hypocrisie au lieu de la foi.
15- Il a été prouvé que Oumar ibn Al-Khattab (deuxième khalife ) [584-644, règne 634-644] a juger que l’apostat rebelle ne doit pas être tué après qu’il soit maîtrisé par les musulmans. Ce jugement est rendu par Oumar dans l’affaire de la rébellion du petit groupe des Beni Bakr Ibn Wael.
16- Oumar disait : «
que je les prenne dans la paix m’est préférable à tous les trésors de la terre, je leur proposait la porte par laquelle ils étaient sortis … »
17- Toute hypocrisie est maléfique, elle l’est d’ailleurs plus que la mécréance assumée.
18- Al Thawri et Al-Nakhi, deux des plus grands savants de l’époque [ultérieure aux] Compagnons, ont tous les deux récusé la peine de mort pour l’apostat et ont estimé qu’il doit être invité au repentir sans contrainte de délais.
19- La règle dominante dans l’école sunnite du Hanafisme est que la femme apostat n’était pas tuée car la femme à l’époque n’était pas combattante. Il s’agit-là d’une distinction heureuse entre la rébellion armée et la rébellion intellectuelle (l’apostasie pacifique).
20- Oumar ibn Al-Khattab a condamné l’apostat à la prison. Ce qui veut dire qu’il considère que la sanction de l’apostasie ne relève pas des peines mais plutôt de la correction qui est laissé en islam à l’appréciation du juge.
21- Exiger le repentir sous la contrainte n’est qu’une interprétation qui n’est citée par aucun texte. Prêcher par la sagesse et l’homélie positive est mieux indiqué à l’endroit de l’apostat et du mécréant.
22- L’apostasie est de deux types : intellectuelle et armée. La première ne relève d’aucune sanction dans le code pénal musulman tandis que la seconde relève de la correction que l’autorité, juste, doit apprécier et appliquer.
23- La sanction de l’apostasie armée est justifiée par le délit de la subversion et de la division du rang des musulmans (la rébellion) et non par le changement de culte.
24- La sanction du reniement de la vraie religion relève du jugement dernier auprès d’Allah. Elle est plus grave que toute sanction que l’on puisse imaginer, mais il n’y a pas de sanction relevant des humains dans la vie ici-bas.
25- Le terme « reniement » était, de l’époque du prophète, utilisé dans un sens très large ne couvrant pas seulement l’apostasie qui s’est rependu par la suite dans les livres d’exégèse. Exemple : « Quant à Selema, il a renié son exode. »
26- Combattre l’apostat armé ne veut pas dire qu’il faut tuer l’apostat pacifique. Cette distinction, ancienne a été faite par ibn Hazm qui l’avait attribué à une frange de savants.
27- Il n’a jamais été rapporté, que le khalife Abou Bakr a eu à maîtriser un apostat ne refusant pas le repentir et qui s’était repenti et qu’il l’aurait laissé ou qui aurait refusé le repentir et que le
khalife l’aurait tué. C’est ce que les savants de la loi islamique n’ont jamais prouvé selon ibn Hazm.
28- Dire que la contrainte interdite en religion ne concerne que l’adoption initiale et qu’elle n’englobe pas le reniement de l’islam est tendancieux
29- L’hypocrite connu [est] en moins nocif que l’inconnu.
30- En conclusion, il n’y a pas contrainte en religion ni au début, ni dans la continuité encore moins à la fin et il n’y a pas de sanction humaine pour l’apostasie. Revenez donc à votre Saint Livre et laissez les petites déviations.
Dr Mariella Villasante Cervello Anthropologue ( EHESS ), spécialiste de la Mauritanie et du Pérou Institut de démocratie et des droits humains de la PUCP ( IDEHPUCP ), Lima, Pérou [mariellavillasantecervello@gmail.com] Rabat, le 4 février 2015
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1 Cet article reprend quelques informations déjà publiées ailleurs, en ajoutant des informations nouvelles et les versions des trois textes en arabe et les traductions en français. Voir : https://www.academia.edu/9993657/Un_jeune_homme_accusé_d_apostasier_est_condamné_à _mort_en_République _islamique_de_Mauritanie, http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/un-jeune-homme-accuse-d-apostasie-161287, https://www.academia.edu/9897214/Chronique_politique_de_Mauritanie_Décembre_2014
2 Ordonnance n°83.162 portant institution d’un Code pénal. Journal officiel de la République islamique de Mauritanie, le 9 juillet 1983. Voir http://www.droit-afrique.com/images/textes/Mauritanie/Mauritanie%20-%20Code%20penal.pdf
3 Voir http://www.droit-afrique.com/images/textes/Mauritani/Mauritanie%20-%20Code%20penal.pdf (source : http://chezvlane.blogspot.com/2015/01/troisieme-genre-et-lapidation-deux.html
4 Sur le fait islamiste en Mauritanie voir le rapport « L’islamisme en Afrique du Nord IV : Contestation islamiste en Mauritanie : Menace ou bouc émissaire ? », International Crisis Groupe, Rapport Moyen-Orient/Afrique du Nord du
11 mai 2005. Voir aussi mon article : Un jeune homme accusé d’apostasier est condamné à mort en République islamique de Mauritanie, 31 décembre 2014 : http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/un-jeune-homme-accuse-d-apostasie-161287. Et enfin ma « Chronique politique de Mauritanie 2014 » (reprise dans trois sites mauritaniens : Adrar-Info, Cridem et Noor Info), https://www.academia.edu/9897214/Chronique_politique_de_Mauritanie_Décembre_2014
.
5 Il s’agit de l’Association des femmes chefs de famille, l’Association mauritanienne des droits de l’homme, Conscience et résistance, et SOS Esclaves. Voir : http://www.noorinfo.com/Inquisition-tabous-inegalitaires-et-abandon-noxal-en-Mauritanie-c-en-est-assez-_a11882.html.
6 Courrier International n°1248 du 2 au 8 octobre 2014. Voir www.sabk.org Shagran al-Rashidi, le 18 août 2014
7 Je travaille depuis 1986 sur la société bidân de Mauritanie, et j’ai publié plusieurs textes sur le thème des hiérarchies sociales et des groupes serviles. Voir Villasante (dir.), 2000, Groupes serviles au Sahara. Approche comparative à partir du cas des arabophones de Mauritanie , Paris, CNRS-Éditions.
Voir aussi « Quelques réflexions sur le devenir des catégories coloniales de classements collectifs : races, tribus, ethnies », in M. Villasante (dir.), Colonisations et héritages actuels au Sahara et au Sahel , vol I : 69-130. Texte réédité in
Le passé colonial et les héritages actuels en Mauritanie , 2014 : 59-114. https://www.academia.edu/3691776/Quelques_réflexions_sur_les_catégories_coloniales_de_classements_collectifs_r aces_tribus_ethnies._La_question_des_identités_sociales_élargies_et_restreintes
8 Voir Villasante, « They work to eat and they eat to work. M’allemîn Craftsmen Classifications and Discourse among the Mauritanian Bidân Nobility », (Traduit par Raymond Taylor), in : Customary Strangers : New Perspectives on peripatetic Peoples in the Middle East, Africa, and Asia, Joseph Berland and Aparna Rao (éds.), Praeger, Westport : 123-154. Version française: « Ils travaillent pour manger et ils mangent pour travailler. Les artisans de la société bidân de Mauritanie » [ Publiée à Nouakchott, juin 2014, A DRAR -I NFO : http://adrar-info.net/?p=25517, http://adrar-info.net/?p=25525, http://adrar-info.net/?p=25556, http://adrar-info.net/?p=25618] Nouvelle version, février 2015 : https://www.academia.edu/1050674/Ils_travaillent_pour_manger_et_ils_mangent_pour_travailler._Les_artisans_de _la_société_bidân_de_Mauri
tanie
9 Voir Meskerem Bhrane, « Histoires de Nouakchott : discours des hratin sur le pouvoir et l’identité », in Mariella Villasante (dir.), Le passé colonial et les héritages actuels en Mauritanie , L’Harmattan, 2014 : 473-512.
10 Voir M. Villasante, Parenté et politique en Mauritanie , L’Harmattan, 1998 ; « Négritude, tribalitude et nationalisme en Mauritanie », in M. Villasante (dir.), Le passé colonial et les héritages actuels en Mauritanie , L’Harmattan, 2014 : 513-561.
11 Voir la seule source qui a fait traduire les deux textes en français : http://chezvlane.blogspot.com/2014/01/voici-enfin-la-traduction-du-texte-du.html?view=sidebar . Je note quelques précisions entre crochets.
12 Entretien publié dans Aujourd’hui Le Maroc , le 25 octobre 2014, in Courrier International , « L’islam en débat », n° 1257 du 4 au 10 décembre 2014. Cette rubrique est fondamentale pour l’avancée des idées de réforme en islam.
13J’ai examiné cette question dans mon article sur les artisans de la société bidân, citant les auteurs qui ont parlé de la « judaïté » des « forgerons ». Or j’aimerais expliciter encore une fois que ces origines n’ont aucune base réelle. Or, contrairement à ce que pense Abdel Wedoud ould Cheikh (1985 : 404), on ne peut même pas « soupçonner » que les juifs persécutés le Tuwwât au XVe siècle aient pu trouver refuge dans l’ouest saharien.
Cela reviendrait à dire qu’il y aurait une même matrice ethnique, depuis cinq siècles, pour un seul groupe de métier, ce qui est irrecevable. Les artisans ont les mêmes origines mélangées que le reste des hassanophones bidân, issus du grand métissage berbère, africain et arabe. L’évocation des origines « juives » n’a d’autre sens qu’idéologique, construit à partir des textes du Coran ultérieurs à la rupture de l’alliance entre les Arabes et les Juifs de Yahtrib et au massacre des Banu Quraidha en 627. Voir http://chezvlane.blogspot.com/2015/01/pour-le-pr-abdel-wedoud-ould-cheikh.html
14 Voir le cas de l’écrivain saoudien Turki al-Hamad, datant de la fin décembre 2014 : http://www.elwatan.com//international/arabie-saoudite-un-blogueur-fouette-en-public-pour-avoir-insulte-l-islam-10-01-2015-284433_112.php
15 Voir : http://chezvlane.blogspot.com/2014/01/explosif-voici-le-2eme-texte-censure-du.html. Le journaliste précise avoir eu beaucoup de difficultés pour obtenir une traduction du texte car aucun intellectuel mauritanien n’a accepté de le faire, voir : http://chezvlane.blogspot.com/2014/01/affaire-du-forgeron-pourquoi-cette-peur.html; et aussi : http://chezvlane.blogspot.com/2014/01/je-tiens-dire-ici-mon-degout-profond.html
16 Voir la déclaration complète ici : http://chezvlane.blogspot.com/2014/01/honte-aux-notres-voila-les.html. L’auteur rapporte le cas de l’écrivain saoudien Turki al-Hamad qui a publié un texte sur Twitter en décembre 2013 qui fut jugé blasphématoire, suggérant de « rectifier la doctrine de Mohamed » ; or, 500 intellectuels saoudiens ont signé une pétition demandant sa libération et les excuses de l’État pour son arrestation injuste.
17 Deus sites mauritaniens abordent librement les questions soulevées : celui de
AOSA , http://chezvlane.blogspot.com/2014/01/le-jeune-forgeron-marque-un-terrible.html?view=sidebar http://chezvlane.blogspot.com/2014/01/affaire-du-forgeron-pourquoi-cette-peur.html?view=sidebar , http://chezvlane.blogspot.com/2014/06/voila-pourquoi-le-jeune-forgeron-est.html. Et celui de Mamadou Lemine Kane [http://www.mozaikrim.com/2014/12/condamnation-a-mort-de-cheikh-ould-mohamed-ould-mkheitir-la-justice-des-laches-et-des-hypocrites.html]
18 Voir la pétition : https://www.change.org/p/signez-nombreux-et-faites-signer-pour-sauver-la-vie-d-un-détenu-d-opinion
19 Voir http://www.cridem.org/C_Info.php?article=665629
20 Voir http://chezvlane.blogspot.com/2014/06/voila-pourquoi-le-jeune-forgeron-est.html
21 Voir http://chezvlane.blogspot.com/2015/02/quattend-letat-pour-diffuser-cette.html
22 Voir : https://www.change.org/p/signez-nombreux-et-faites-signer-pour-sauver-la-vie-d-un-d%C3%A9tenu-d-opinion
23
Citons ici l’IRA, association anti-esclavagiste dirigée par Biram ould Abeid, actuellement en prison, (http://www.cridem.org/C_Info.php?article=665096
), et l’appel de la majorité des associations pour l’union nationale et contre la peine de mort (http://www.cridem.org/C_Info.php?article=665660
).
24 Voir http://www.eeas.europa.eu/delegations/mauritania/press_corner/all_news/news/2014/20141231_fr.htm http://www.cridem.org/C_Info.php?article=665278
25 Voir http://chezvlane.blogspot.com/2015/01/tenez-vous-bien-voila-le-fond-de.html