16-02-2015 09:12 - Les officiers mauritaniens sortant de l'EMIA d'Atar
Ely Ould Krombelé - Gare aux esprits malveillants apologistes d'un manichéisme ambiant qui a sévi sur la toile mauritanienne lors de mon précédent article sur les officiers sortis de Meknès. Ces alchimistes du dadaïsme, qui s'érigent désormais en vrais censeurs de la libre pensée, pire, en héritiers de procédures inquisitoires ou sectaires, ne ménagent aucun effort pour propager leurs discours manipulateurs.
Cette vision dictatoriale du "qui n'est pas avec nous est donc contre nous", véhiculée par des anarchistes qui voudraient nous empêcher de poster une opinion, d'émettre une proposition, ou tout simplement de cogiter à notre façon, est non seulement inappropriée, mais aussi contre-productive.
Car le fait de relater un pan de notre histoire militaire n'a rien d'émulatif ni de laudatif. Encore moins pour but de dresser les militaires les uns contre les autres comme le prétendent certains internautes en mal de sensations de la diaspora installée en France.
Cet "esprit de la Sorbonne" ne nous dissuadera pas à peindre les événements du passé que nous avons vécus, avec objectivité et sans discernement. D'ailleurs jamais l'Armée mauritanienne n'a été aussi unie, aussi forte que maintenant. Elle sait qu'elle constitue le dernier rempart à la dérive communautariste, à l'illusion, je veux dire à la désillusion épidermique.
C'est juste qu'un officier mauritanien dont l'âme en perpétuelle réminiscence voudrait se souvenir de certaines péripéties de sa vie de soldat. Que les cadres sous-officiers, les militaires du rang morts pour la patrie ou qui ont servi dignement m'excusent si je suis dans l'incapacité technique de peindre leurs parcours.Tant qu'il y aura des hommes!
Sur ce, l'école militaire inter-armes d'Atar est destinée à former des officiers de l'Armée, de la Garde Nationale et de la Gendarmerie pour un cycle de trois ans désormais. Avant de venir aux officiers de l'emia d'Atar, il serait incommode de ne pas parler des autres académies qui ont formé certains de nos gradés. Comme la prestigieuse école de St-Cyr qui a donné également deux chefs d'Etat à la Mauritanie: les colonels Mohamed Mahmoud Ould Louly et Haidallé, sans oublier de brillants officiers tels feu Ahmed Salem Ould Sidi, les colonels Hamadé ould Boidé à Alger, Elyzaid ould Mbarek adjoint à l'emia, et leur jeune Seydou Samba Galo actuellement en service au Bed. Un garçon qui a de l'avenir.
Deux officiers formés en Arabie Saoudite ne laissent pas indifférents non plus. Il s'agit du fameux commandant Saleh Ould Hanené et du colonel Mohamed Ould Hreitany actuel directeur de l'Armée de l'air. La formation libyenne n'est pas en reste avec les colonels Mohamed Lemine Ould Moustapha (artillerie) actuel cdt de la 4eme région militaire à Sélibaby, Mohamed Lemine Ould Nagi (cavalerie blindée), Hanené Ould Hénoun (intendant) tous deux au ministère de la défense.
Nos trois libyens sont de parfaits bilingues mais la palme d'or va sans doute à notre intendant. Enfin les sortants de Cherchell, en Algérie qui ont payé un lourd tribut pour trois officiers morts au combat en 1976: les sous-lieutenants Tajou ould Salek, mon cousin Khalihené Ould Abdel Jelil, mon grand frère de lait Sid'Amar Ould Cheikh Ould Mouhamedi (dit Kamra).
Cherchell aura donné de brillants officiers à la gendarmerie nationale: les généraux Ahmed Bekrine et Ndiaga Dieng, les colonels Lô Baidy (qu'on peut voir en photo avec le président algérien Haouari Boumediene), Alioune Ould Mohamed (hum) et surtout Ndiaye Ndiawar, les deux derniers étant de l'Armée. L'actuel général Sultane Ould Souad est également sorti de Cherchell, un officier au tempérament calme et conciliant. Sidi Ould Riha, Abderrahmane Boubacar, El hadi Sedigh, El Arbi Ould Jedeine, Abdrahim Ould Sidi Aly tant il faut citer des noms, sont issus de Cherchell également.
1.Les différentes promotions de l'Emia
Après quarante ans d'existence de l'emia, seules quelques promotions "pionnières" battent encore le haut du pavé de part la valeur des officiers et les fonctions détenues. Ainsi la 1ere, la 2eme et la 4eme et dernière promotion de réserve; la 1ere promotion EOA (1980-82) et 2eme(1982-84) sont très visibles encore sur le champ militaire. De la 3eme promotion de réserve, il ne reste en activité que le grand footballeur Eyoub dit Kopa, colonel et actuel chef du service des sports de l'Armée. Une exception car il y a le général de gendarmerie Abdallahi Ould Cheikh Ould Ahmed Aiché, adjoint au chef de corps qui lui est issu de la 3eme promotion EOA.
La 1ere et 2eme promotions (EOR) ont fait la guerre du Sahara et nous ont donné de nombreux et d'excellents officiers. Nous pouvons par exemple citer certains noms appelés à Dieu tels le capitaine Sambe Ould Bakar, le lt Niang Salla ou le colonel Dede Ould Souid'Ahmed. La 1ère promotion de l'emia a toujours joué un rôle prépondérant dans la vie de notre jeune Armée.
Par exemple les années "80", le 1er bataillon de commandos parachutistes sous le commandement du capitaine Sidiyé Ould Yéhyé, comptait parmi ses rangs des officiers de talent comme les colonels Moktar Ould Mohamed Mahmoud à Madrid, Lebatt Ould Mayouf(tous deux formés par les rangers). Lebatt est un officier dynamique et qui ne passe pas inaperçu. Enfin on ne peut citer tout les noms cependant je pense au colonel Mohamed Lemine Ould Taleb, installé aux Usa après sa retraite pour des raisons personnelles, l'un des meilleurs.
De la 4eme promotion dont je suis issu, il y a des officiers qui sont entrain de graver leurs empreintes. Je pense au colonel Mokhtar Ould Bollé actuel Directeur de L'Emia, au colonel Hamady Ould Ely Maouloud cdt le BCS(Etat-Major) et enfin le plus cultivé à la vision académique est le colonel Seydina Oumar Ould Elemine cdt le secteur de Nbeiké, au Tagant.
2/La politique s'en mêle
En 1982-83 lorsque je faisais mon application à l'Emia, j'ai assisté une après-midi par hasard à un échange de propos qui m'ont laissé dubitatif voire perplexe, entre un élève officier d'active de 1ère année et un officier négro-mauritanien. C'est avec du recul que j'ai pu me rendre compte de la rupture qui s'est installée entre les différentes composantes de notre pays. En effet, cet officier a réuni la brigade dite "arabisante" pour les faire "cavaler".
Jusque là rien d'anormal. Mais au moment où je passais l'officier a tenu devant la brigade toute au garde à vous ces mots: "vous n'êtes rien, vous n'êtes pas Arabes, mais des berbères". Silence total. Un seul élève sans doute après moult hésitations est sorti des rangs, au garde à vous toujours, tremblant et criant de toutes ses forces pour répliquer: "nous sommes des gens bien et nous ne sommes pas des berbères, nous sommes des Arabes,des Arabes".
Cet élève c'est le colonel Daha Ould Moulaye Ely, actuel adjoint du général Mohamed Ould Mohamed Znagui du BED. Jusqu'à ce jour je croyais que la politique était l'apanage que des seuls officiers supérieurs des forces armées qui font leurs coups d'Etat. Depuis, elle s'est invitée jusqu'au sein de l'administration des corps de troupes. Nous connaissons la suite; une entité qui se sent marginalisée, qui réagit en fomentant un coup d'Etat (octobre 1987), et qui pousse l'autre entité à la faute (événements de 1990-91).
Tout le contraire de l'esprit corporatiste que doit véhiculer une Armée de circonscription. Résultat: méfiance à l'égard des militaires Peuls, discrimination à l'incorporation, à la mutation, à la promotion etc...
Ces peuls qui constituaient plus de cinquante et un pour cent des effectifs de l'Armée en 1989 (sources EMN de la même année) sont sans doute minoritaires de nos jours. Il est à noter que les descendants des fameux ex- gendarmes katangais (RDC) ne sont pas comptables des agissements de leurs parents. Autrement, cessons de stigmatiser tous les jeunes Peuls désireux de faire l'Armée. Cette composante a donné à la Mauritanie d'excellents officiers, sous-officiers et soldats certains étant morts pendant la guerre du Sahara.
3/Les officiers généraux sortant de l'EMIA:
On peut les compter sur les bouts des doigts. Ils sont trois issus de la 1ere promotion de l'emia, les généraux Felix Negri cdt la Garde Nationale, Mohamed Ould Meguett directeur de la sûreté, et Mohamed Ould Hadi secrétaire général au ministère de la défense nationale. Mohamed Ould Hadi est un homme qui a la baraka, depuis le début des années "80" où le colonel feu Yall Abdoulaye l'a remarqué à Bir Moghrein en bon chef de bataillon pour ensuite lui confier le centre de formation des caporaux d'Akjoujt, ce marabout au long chapelet ne cesse d'étonner.
Dès que son cousin Maawiya a commencé à le négliger, son palais prit de l'eau de partout jusqu'au mois d'Août 2005 où il fût renversé. Le général Hadi est une carte-mémoire de l'Armée et on aura toujours besoin d'une carte-mémoire en cas de perte de repères.
La 2eme promotion EOR compte deux généraux: Dia Adama Oumar à la retraite et Mohamed Ould Znagui chef du BED. Voilà un officier qui, de part son physique rappelle les légionnaires romains sous Jules César, à la conquête de la Gaule. Ce guerrier est mieux sur le terrain qu'entre quatre mûrs dans l'attente d'informateurs mythomanes et qui veulent juste gagner de l'argent afin d'arrondir les fins (faims) de mois.
3/Place aux intellectuels:
En 1980, le 3ème bureau de l'Etat-Major a décidé de procéder au recrutement de bacheliers pour faire l'officier. Certains ainés avaient le bac, d'autres pas. Désormais c'est une exigence. Ainsi deux généraux actuellement en service sont issus de la 1ere promotion EOA de l'EMIA .Il s'agit du général Mohamed Cheikh Ould Mohamed Lemine dit Bourour, chef d'Etat-Major de l'Armée de terre et du général Mesgharou Ould Sidi Ould Ghweizy, chef d'Etat-Major particulier du président de la république. Pour Bourour,c'est de sa taille, très proche de notre mère la terre qu'il puise son "malin génie", son intelligence factuelle face à n'importe quel interlocuteur.
Quant au général de la Garde Mesgharou, c'est l'intellectuel parfait et le militaire fidèle. Comme le colonel Lebatt Ould Mayouf, il a souffert lui aussi du "délit de grande tente" dans sa carrière de jeune officier dynamique et hargneux. Jusqu'au jour où il a rencontré son collègue de promotion au grade de capitaine, l'actuel président Mohamed Ould Abdel Aziz qui sait utiliser les officiers de son Armée . Depuis ils sont main dans la main. La confiance règne. Souhaitons que cela puisse durer même au-delà de 2019...
Capitaine Ely Ould Krombelé
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