05-03-2017 18:45 - Projet « Chantier-Ecole d’entretien routier » d’Aleg : Ces jeunes filles mauritaniennes qui ont brisé les tabous

Projet « Chantier-Ecole d’entretien routier » d’Aleg : Ces jeunes filles mauritaniennes qui ont brisé les tabous

L'Authentique - Elles s’appellent Zeynabou Mint Soueidi, Marième Mint Saleck, Hawa Bâ.

Elles font partie des 124 jeunes filles de la promotion de 271 élèves formés en maçonnerie, coffrage, topographie, conduite d’engins lourds et remblayage de routes et gros ouvrages.

Cette promotion est la première du projet « Chantier-Ecole d’entretien routier » financé par l’Union européenne et conduit par le Bureau International du Travail (BIT) en collaboration avec le Ministère de l’Equipement et des Transports. Une cérémonie de sortie de la promotion a été organisée mardi 2 mars 2017 au Centre de formation et de perfectionnement professionnel (CFPP) d’Aleg.

« Accroître les opportunités d’insertion professionnelle des jeunes en zone rurale et urbaine par le développement d’une filière de formation professionnelle dans l’entretien routier ». Tel est l’objectif du projet « Chantier-Ecole d’entretien routier » d’Aleg que l’Union européenne a financé en collaboration avec le BIT et le Ministère de l’Equipement et des Transports. Admis sur concours, les 271 jeunes dont 124 filles de la première promotion formés dans les métiers du BTP-route, ont célébré leur sortie mardi 2 mars dernier à Aleg.

« J’ai fait ce métier par passion »

Zeynabou Mint Soueidi affirme avoir déposé son dossier dans la section « Coffrage » et qu’elle a été admise, comme ses autres camarades de la promotion, aux termes d’un concours où beaucoup de jeunes, filles et garçons, avaient postulé. « J’ai choisi le coffrage parce que c’est un métier qui me passionne » a-t-elle affirmé avec assurance. Sur le regard de la société par rapport à son choix, dans un secteur réputé être celui des hommes, elle a déclaré qu’il faut « casser les tabous et montrer qu’aucun secteur de l’emploi ne peut plus être circonscrit seulement aux hommes. Il faut que les jeunes filles investissent le marché du travail dans toutes ses spécialités » a-t-elle martelé.

C’est avec la même détermination que Marième Mint Saleck, maçon, et Hawa Bâ, remblayeuse, ont exprimé leur joie d’avoir choisi le métier qui les passionne. Hawa Bâ a même appelé les femmes mauritaniennes à explorer toutes les opportunités de travail, en brisant les tabous.

Après deux mois d’études théoriques, les élèves de la promotion ont suivi des stages pratiques. Vatimetou Mint Saleck affirme s’être rendue à Nouakchott où elle a passé dix jours de stages à l’Etablissement national d’entretien routier (ENER). D’autres, parmi ses camarades, ont passé leur stage à Nouadhibou ou à Aleg dans des entreprises du bâtiment.

« Nous avons construit des pistes et des ponts »

Après la cérémonie officielle de remise d’outils et de diplômes aux stagiaires, la délégation conduite par le point focal du BIT en Mauritanie et la représentante de l’Union européenne, s’est rendue sur une piste construite par les élèves. Il s’agit d’un tronçon reliant la route de l’Espoir à l’ancien Institut Supérieur des Métiers du Bâtiment, des Travaux Publics et de l’Urbanisme d’Aleg dite « Ecole des ingénieurs », aujourd’hui rétrocédé à l’Armée. Puis, la délégation s’est rendue sur un autre tronçon construit également par les élèves. Il s’agit de la piste Tayba-Goural avec son pont en stade avancé.

Un panneau portant l’effigie des partenaires y est plantée. L’occasion aussi pour Aminata Alassane, l’unique femme parmi les 20 conducteurs engins et major de la promotion, de montrer ses prouesses au volant d’un Caterpillar.

Mélangeant le ciment avec dextérité, posant un coffrage ou procédant aux relevés topographiques d’un tronçon à concevoir, les jeunes filles élèves spécialistes en entretien routier ont également montré leur expertise et leur savoir-faire, mais surtout leur endurance physique en bravant la chaleur et l’effort manuel. Alors que l’équipe topographique faisait des levées non loin, les maçons et les coffreurs finissaient un pont stratégique qui permettra de désenclaver des localités bloquées pendant la saison hivernale.

La plus grande angoisse reste cependant pour les sortants du projet, l’insertion et l’emploi. « Après tant de mois de privation et de fatigue, on espère que les partenaires et l’Etat ne nous lâcherons pas » ont-ils affirmé, les yeux tristes. Certaines des sortantes comptent ainsi former un groupement d’intérêt économique (GIE) pour gagner des marchés. Avec leurs connaissances, elles comptent prendre des ouvriers et superviser les travaux qui leur seront confiés. « Mais pour cela, il faudra qu’on nous fasse d’abord confiance » a lâché Marième Mint Saleck.

« Nous ne vous lâcherons pas ! »

Mme Barbara Dequinze, représentante de l’Union Européenne à la cérémonie et Federico Barroeta, Point focal du BIT en Mauritanie, ont tous les deux affirmé, s’adressant aux stagiaires, « nous ne vous lâcherons pas ! ». C’était lors de leur intervention pendant la cérémonie officielle de sortie.

En effet, Mme Barbara Dequinze avait souligné dans son allocution que les objectifs du 11ème FED donnent la priorité aux infrastructures, rappelant que le tiers des axes routiers en Mauritanie ont été financés par l’Union Européenne. « Après cette formation que vous venez de recevoir, on vous mettra en relation avec les entreprises. Vous devez d’ores et déjà investir le marché de l’emploi et saisir toutes les opportunités » leur a-t-elle conseillé.

Même son de cloche de la part de Federico Barroeta, qui a également interpellé les élèves-sortant en leur assurant que son institution les accompagnera. « Vous avez désormais des compétences et du savoir-faire à prévaloir, lancez-vous ! » leur dira-t-il. « Plusieurs chantiers de route sont prévus dans les prochaines années et c’est à vous de vous imposer sur le marché » a-t-il ajouté, avant de conclure, « il y a 251 jeunes filles et jeunes hommes formés dans l’entretien routier et c’est un modèle qui est appelé à se développer ».

Un espoir pour les sortants de la promotion, la priorité des embauches dans tous les projets de construction ou d’entretien routier qui seront menés au niveau local, voire au niveau national.

A noter que le Hakem d’Aleg et la représentante du maire, ainsi que le directeur du CFPP d’Aleg qui a abrité la formation, avaient assisté à la cérémonie de sortie de la 1ère promotion du projet « Chantier-Ecole d’entretien routier » d’Aleg.

Cheikh Aïdara

Envoyé Spécial Aleg

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Commentaires (3)

  • mystere1 (F) 06/03/2017 12:54 X

    Bravo à ces sœurs, brisez le tabou et encouragez d’autres passionnées pour se lancer dans ces métiers jugés impossibles pour certains à esprits arrêtés, bien vrai que Dieu A Fait que l’homme est plus fort physiquement et mentalement que la femme, qui est, elle ! plus forte moralement, c’est comme ça ! bravo à ces braves dames qu’on devrait plus prêter attention à ces métiers naturellement et d’habitude viril, c’est normal qu’aux yeux de cette société mauritanienne, qu’on néglige cette vocation et passion de ces jeunes femmes exerçant ces métiers physiques et machins. Au contraire, la société devrait encourager ces braves femmes à pouvoir avoir d’autres vocations, ambitions, et passions, pour briser ces tabous de cette société mauritanienne, il ne sera pas facile pour sa gente féminine, mais quand même, bravo et tous mes encouragements, et que rien ne bloque vos chemins !

  • medabdul (H) 05/03/2017 23:31 X

    la Mauritanie est le dernier pays a initier ce genre d'activités, ce n'est pas une performance.....jubilation béate d'attarde.

  • douddou (H) 05/03/2017 19:05 X

    C'est quoi en Mauritanie ces genres de métiers pour une femme qui après avoir fini cherche autre chose. Combien de femmes électriciennes ont été formées , des mécaniciennes auto dites si une seule d'entre elles a déjà été vue en activité. mêmes femmes chauffeur de taxi on n'en compte qu'une ou deux dans tout le pays. la vérité certains métiers sont encore tabou inutile de gâcher l'argent pour des formations sans lendemain. Ou sont les femmes policières , gardes , gendarmes , toutes sont dans les bureaux en civil la Mauritanie est n'est pas préparée encore pour ça. Vs jubilez comme si c'est un miracle