25-11-2017 22:30 - COP23 : une déception justifiée et une responsabilité partagée !

COP23 : une déception justifiée et une responsabilité partagée !

Dr Sidi El Moctar Ahmed Taleb - Depuis la décision d’organiser tous les dix (10) ans un Sommet de la terre en faveur de l’environnement, la prise de conscience de l’ampleur de la problématique environnementale, évolue en crescendo.

Dans le cadre de la dynamique qui a suivi, c’est le troisième sommet de la terre (Sommet de Rio de Janeiro 1992) qui avait constitué un véritable tournant par rapport aux quatre autres sommets : Stockholm/Suède en 1972, Nairobi/Kenya en 1982, Johannesburg/Afrique du Sud en 2002 (RIO + 10) et RIO de Janeiro/Brésil en 2012 (RIO + 20).

Et si c’était à Nairobi qu’avait été enregistré le plus grand échec, celui-ci était attribué surtout à l’atmosphère de la guerre froide qui régnait alors encore et au peu d’importance que lui avaient accordé les Etats Unis de Reagan dont le regard était plutôt porté vers le ciel (fameux Projet de la Guerre des Etoiles).

Primo, c’est cette Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement qui avait mis le développement durable au cœur des préoccupations de la communauté internationale et fait de la saisie de ses multiples dimensions une condition de l’aboutissement des efforts à consentir par cette communauté. Les documents de la conférence résumaient l’essentiel de telles dimensions dans: « La vie économique, sociale et environnementale étaient inséparables des questions de pauvreté, dʼéquité, de qualité de la vie et de protection de lʼenvironnement, à lʼéchelle mondiale ».

Elle était également le lieu de la signature de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et la convention sur la diversité biologique (CDB). Celles-ci avaient alors constitué une percée dans deux axes représentant l’essentiel de la problématique de l’écosphère.

L’autre résultat distinctif de ce sommet terre, en avait constitué la création de la « Conférence des Parties », c'est-à-dire une conférence annuelle pour les représentants des pays signataires de la Convention cadre sur les changements climatiques. Il s’agit en somme d’un cadre permanent de haut niveau permettant à la communauté internationale de poursuivre le processus de négociations pour des protocoles contraignants sur la réduction des gaz à effet de serre ; le premier protocole étant celui de Kyoto, signé cinq ans plus tard lors de la COP3 au Japon en 1997.

A propos, depuis leur création à RIO en 1992, 23 COPs ont été organisées dont la première à Bonn en 1995 (COP1) et la dernière, est celle qui s’est achevée le 18 novembre courant, par hasard, à Bonn aussi en Allemagne (COP23).

En ce qui concerne les résultats de cette dernière COP, présidée par les Fidji, petit Etat insulaire du Pacifique Sud, ils sont comparables, dans une certaine mesure, à ceux de Copenhague en 2009 (COP15). Même le rendez donné à Paris le 12 décembre prochain rappelle celui de Bonn, en Allemagne, fixé après Copenhague pour atténuer l’effet de son échec.

Dans la presse occidentale spécialisée, on peut lire au sujet de cette conférence « la COP23 se termine sur une note amère », « COP23: un bilan en demi-teinte » et « COP23 : beaucoup de discussions, peu d’actions, mais pas mal de bonne volonté ».

Dans les détails, la présidence des Fidji, Etat insulaire sis dans une zone par définition vulnérable, n’a pas réussi à convaincre les délégations présentes des pays développés pour des engagements financiers quelconques.

Sur le plan technique, l’engagement d’une vingtaine de pays à sortir du charbon est un point positif certes, mais l’impact probable de l’abandon de cette énergie fossile par ces quelques pays, serait insuffisant par rapport à son usage global fortement condamné à cause de sa grande contribution aux émissions des gaz à effet de serre.

De même, rentre dans le bilan aussi l’engagement des participants à cette COP23 à discuter tout au long de l’année pour permettre de définir, dès 2018, les règles permettant l’application, par tous, de l’accord de Paris devant permettre de stabiliser, puis réduire les émissions à effet de serre.

Par ailleurs, ces faibles résultats de la COP23 ont été pressentis quand Barbara Hendricks, ministre fédérale allemande de l'Environnement, a déclaré « Il a toujours été clair que nous ne signerions pas d'accords à Bonn comme ce fut le cas à Paris. Il s'agissait ici de franchir une étape intermédiaire importante dans la mise en œuvre de l'accord de Paris". C’est comme si Mme la Ministre voudrait dire que les participants devraient s’estimer plutôt heureux du fait qu’à part les Etats unis, aucun autre pays n’a encore mis en cause l’accord de Paris ou manifesté l’intention de s’en retirer.

Que ceux qui ne sont pas satisfaits de Bonn tiennent comptent, dans leur évaluation des résultats, de l’historique de l’ensemble des précédentes COP et d’un certain nombre d’éléments aussi révélateurs.

D’abord, le protocole de Kyoto relatif notamment à la réduction de six gaz à effet de serre a été modifié à plusieurs et malgré deux prolongations, les pays trainent le pas encore dans sa mise en œuvre.

Ensuite l’accord de Paris, qui a constitué le deuxième succès des COP, renvoie son entrée en vigueur au début de l’année 2020 laissant ainsi, d’ici là, les pays à l’arbitrage de leur seule conscience. Donc rien ne presse encore dit-on, sauf pour ce qui est de l’élaboration d’un manuel d’application dudit accord.

D’autre part, le retrait des USA en juin dernier de l’accord de Paris, a implicitement encouragé la majorité des pays présents à prolonger les discussions, à rester sur des généralités ou à se limiter à exprimer leur bonne volonté. Aucun pays donc n’a pris la peine de justifier le non respect de ses engagements précédents ou faire des promesses quant à l’avenir, même pour les pays les plus faibles et/ou les plus vulnérables.

Suite à ce retrait de l’un des gros pollueurs dans le monde, mais aussi l’un des plus grands contributeurs au budget du GIEC, les bailleurs, potentiellement pressentis, semblent avoir été plutôt préoccupés par la question de compensation de la contribution financière des Etats unis au fonctionnement de cet organe fondamental de la politique de l’ONU.

Aussi, les effets qui perdurent de la crise économique de 2007, obligent les pays donateurs à rester avars et les empêchent de prendre toute mesure affectant directement, dans le court et le moyen terme, la croissance économique.

Quant aux sous que les pays peuvent s’en passer, ils sont prioritairement orientés, depuis un certain temps, vers la lutte contre le terrorisme et la migration. Des enjeux qui font confronter les pensées des stratèges et des défis auxquels font déjà face les gardes-frontières et les armées sur le terrain de combat.

Devant cette situation où les choses avancent à pas de tortue, les accords signés se mettent toujours en causes et les engagements les plus élémentaires ne sont jamais respectés, il s’impose d’explorer la possibilité de créer un Tribunal-Environnement.

A ce Tribunal International, on doit exiger, à son démarrage, l’adhésion des vingt (20) premiers pollueurs de la planète et éviter qu’il se focalise, comme le fait déjà la CPI pour les pays faibles, sur les pays qui contribuent le moins au réchauffement climatique.

Enfin, Bonn a sûrement été le lieu où la conscience collective a de nouveau été mise à l’épreuve, comme elle et le sera davantage en décembre 2018 à Katowice/Pologne où se tiendra la COP24.

Quant à la déception des populations du Sud surtout par rapport aux résultats, elle est justifié comme on l’a vu plus haut et sa responsabilité est, en conséquence, aussi partagée par tous.

Il reste quand même évident que tous les participants à Bonn 2017, savent pertinemment qu’on n’est plus à l’époque d’échanger des discours protocolaires ou de donner des leçons de morale sur le sujet de l’environnement. Mais, qu’on est plutôt à l’heure de solutions concrètes puisque l’humanité est déjà dans une situation de mort lente et les derniers équilibres dans le monde, menacent de rompre à tout instant.

Dr Sidi El Moctar Taleb Hamme



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