29-11-2017 07:45 - VIDEO. La Mauritanie hisse ses nouvelles couleurs [REPORTAGE]

VIDEO. La Mauritanie hisse ses nouvelles couleurs [REPORTAGE]

Le Figaro - Indépendant depuis le 28 novembre 1960, le pays a célébré ce mardi sa fête nationale dans la ville de Kaedi. Une première officielle pour le nouveau drapeau et le nouvel hymne choisis lors de l'adoption par référendum de la réforme constitutionnelle en août.

C'est à Kaedi, à l'extrême sud du pays, au bord du fleuve Sénégal, que la Mauritanie a étrenné, ce mardi 28 novembre, ses nouveaux hymne et drapeau, lors de sa fête nationale. La petite ville de 35 000 habitants a paru ployer devant l'arrivée soudaine d'une foultitude de ministres, conseillers, dignitaires, courtisans et représentants étrangers, qui entouraient le président Mohamed Abdel Aziz.

Les nouveaux hymnes et drapeaux mauritaniens ont été adoptés par référendum, le 5 août, lors d'une réforme constitutionnelle dont la mesure phare était la suppression du Sénat, et son remplacement par treize conseils régionaux élus.

Deux bandes rouges, l'une en mémoire des résistants à la colonisation française et aux martyrs tombés depuis, notamment sous les balles des terroristes islamistes, l'autre bande symbolisant l'unité du pays, ont été ajoutés à l'ancien drapeau mauritanien: un croissant de lune horizontal, les pointes tournées vers le haut, surmonté d'une étoiles à cinq branche également jaune, sur un fond vert.

L'hymne national a lui été complètement changé. L'ancien reposait sur un poème du XIXe siècle de l'érudit musulman Baba ould Cheikh Sidiya, qui ne louait aucunement une patrie n'existant pas alors, mais la plus stricte dévotion. «Sois une aide pour Dieu/ et censure ce qui est interdit/ Et respecte la loi/ Qu'Il veut que tu suives». Telle était la première strophe de l'hymne mauritanien adopté lors de l'indépendance de 1960, que mit en musique le Français Tolia Nikiprowetski. D'origine russe, cet ethnomusicologue adepte de la technique sérielle n'avait malheureusement pas composé un air des plus entraînants.

Une coexistence toujours épineuse dans le pays


La musique du nouvel hymne, créée en Egypte, est, à l'inverse, une marche allègre, qui a la saveur un peu désuète d'un opéra du XIXe. Les paroles sont vraiment celle d'un chant national, scandé par un «Patrie te défendrons/ Sacrifions notre vie pour toi». Dans ce «Pays de fiers, de bons guides», «cette citadelle imprenable du Livre», est loué la «concorde» entre tous ses enfants. Une nation, est-il dit, à «l'Arabité glorieuse, se ressourçant à l'Africanité, origine de toutes tes douceurs».

Un hymne national décrit plus un projet qu'une réalité. Jusqu'à aujourd'hui en Mauritanie, la coexistence demeure souvent épineuse entre les populations Maure, Haratine (ces anciens esclaves appartenant à la culture arabe de leurs anciens maîtres), et la composante d'Africains subsahariens, qui vivent principalement le long du fleuve Sénégal. «Notre projet était de raviver la construction de notre République, explique un conseiller à la présidence, en renforçant par ces symboles forts l'unité nationale et la cohésion sociale.»

A Kaedi, ville où se mélangent les trois composantes essentielles de la nation mauritanienne, le nouveau drapeau flottait gaiement mardi, comme le nouvel hymne patriotique, dans l'air saturé de soleil. Ces nouveaux symboles sont, pour l'heure, les deux résultats tangibles de la réforme constitutionnelle d'août. Lancée en 2015, relancée en 2016, elle aura suscité l'ire de grands partis de l'opposition, tandis que d'autres formations jadis hostiles au pouvoir acceptèrent la discussion proposée par la présidence. La résistance des sénateurs, pourtant majoritairement membres du parti au pouvoir, fut acharnée. Mais peut-on imaginer un Sénateur accepter de bonne grâce la suppression de son assemblée?

Plusieurs figures emblématiques de l'opposition n'ont en fait jamais pardonné à Mohamed Abdel Aziz d'être arrivé par un coup d'Etat en 2008, bien qu'il fut ensuite élu à la présidentielle en 2009, puis réélu en 2014. Au début de chacun de ses mandats, ce militaire de carrière aura, dans l'espoir d'ouvrir un dialogue, tendu la main à l'opposition, mais la plupart de ses chefs de file ont, à chaque fois, rejeté son offre, en suspectant un piège électoral.

Le dernier «piège» du président, selon l'opposition, serait de se présenter à la présidentielle de 2019, en contradiction avec la Constitution qui n'autorise que deux mandats à la magistrature suprême. L'intéressé s'est toujours défendu de pareilles intentions. Mais comme sa stature écrase le jeu politique mauritanien, et qu'aucune personnalité, dans son propre camp comme dans l'opposition, ne se dégage réellement pour lui succéder…

Par Thierry Portes
Envoyé spécial à Kaedi







Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité


Commentaires : 5
Lus : 3705

Postez un commentaire

Charte des commentaires

A lire avant de commenter! Quelques dispositions pour rendre les débats passionnants sur Cridem :

Commentez pour enrichir : Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Cridem.

Respectez vos interlocuteurs : Pour assurer des débats de qualité, un maître-mot: le respect des participants. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.

Contenus illicites : Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).

Cridem se réserve le droit de ne pas valider tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, promotionnel ou grossier. Merci pour votre participation à Cridem!

Les commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.

Identification

Pour poster un commentaire il faut être membre .

Si vous avez déjà un accès membre .
Veuillez vous identifier sur la page d'accueil en haut à droite dans la partie IDENTIFICATION ou bien Cliquez ICI .

Vous n'êtes pas membre . Vous pouvez vous enregistrer gratuitement en Cliquant ICI .

En étant membre vous accèderez à TOUS les espaces de CRIDEM sans aucune restriction .

Commentaires (5)

  • Said12845 (H) 30/11/2017 13:18 X

    c'est très bien exprimer chapeau Thierry, le paragraphe ci-dessous explique tout: Un hymne national décrit plus un projet qu'une réalité. Jusqu'à aujourd'hui en Mauritanie, la coexistence demeure souvent épineuse entre les populations Maure, Haratine (ces anciens esclaves appartenant à la culture arabe de leurs anciens maîtres), et la composante d'Africains subsahariens, qui vivent principalement le long du fleuve Sénégal. «Notre projet était de raviver la construction de notre République, explique un conseiller à la présidence, en renforçant par ces symboles forts l'unité nationale et la cohésion sociale.»

  • jakuza (H) 29/11/2017 19:21 X

    Article de vrai "envoyé spécial" qui décrit par l'écrit de bonne tenue ce qu'il voit et non ce qu'on voudrait qu'il dise! Article qui nous change des insinuations perfides de Mondafrasques ou du Calambour!

  • lass77 (H) 29/11/2017 10:52 X

    Il y'avait autre chose à faire , bref ce pays se cherche encore, d'autres generations changeront évidemment cette division déguisée.

  • bleil (H) 29/11/2017 09:30 X

    La Mauritanie des militaires hisse clairement ses nouvelles couleurs politiques pour finir le saccage du pays; l'hymne national changé sur la base d'un poème collectif, le drapeau devient un chiffon multi-color et bientôt une monnaie de singe pour faire plaisir aux idiots qui aimeraient revenir au cauris. La monnaie qui annonce une ére "Mugabe" pour Aziz, avant d'enterrer l'Ouguiya comme nationale, qui fera des mandats successifs avant de quitter le pouvoir victime de l’Alzheimer ...

  • Walaxdiane (H) 29/11/2017 08:57 X

    Ce nouveau drapeau et cet nouvel hymne, ne ressemblent a rien. on ne sait si le drapeau du Burkina, Mali, Sénégal ou autres.... la réalité est que nous venons de perdre une nouvelle fois, deux repères historiques dans l'histoire de notre patrie. C'est une vraie insulte au pères fondateurs de cette contrée du désert qui ont consenties toutes leurs vies a la bâtir contre vent et marées. Espérons un jour que les futurs dirigeants aient le courage de remettre les choses a leurs places car le vert jaune nous manque déjà. Nous considérons ces nouveautés comme un drapeau et hymne "arrivage" ou "chinois" comme le disait il y'a quelques un autre citoyen. Qu'Allah sauve la Mauritanie de ses ennemis.