04-12-2017 07:30 - Des "larmes de crocodile" en 2009 à l’outrage au passif humanitaire

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Le Rénovateur Quotidien - Le Président vient de donner raison à ceux qui se doutaient de la prière de l’absent organisée en 2009 à Kaedi à la mémoire des victimes de la « boucherie héroïque » des années 90 -91 d’Inal et d’ailleurs dans les garnisons nationales, érigées en camps de pendaison.

8 ans après cette oraison funèbre vachement politisée, le président est revenu sur ses pas dans cette même ville où le 57ème anniversaire de l’indépendance sera célébré cette fois sous le signe d’un changement des symboles. Rien sur le passif humanitaire et rien ne sera épargné pour arrêter les voix qui ne réclamaient que justice rien que justice.

La voix de ceux qui ont perdu injustement un mari, un père, un fils, un oncle, un frère. Ironie de l’histoire : Kaedi revêtit « les nouvelles couleurs » d’un 28 novembre d’arrestation et de violence à l’égard de ceux –là qui doivent mériter compassions et dont le seul tord était de faire entendre leurs voix pacifiquement, « passiffement ».

L’instinct de la domination policière aveugle se retourna encore contre ces victimes civiles sans défense. Telle est la seule réponse dont dispose si bien le système répressif pour briser la manifestation pacifique des familles des martyrs d’Inal. Morts sans sépultures et exclus du champ sémantique du rouge-drapeau de soldats morts pour la patrie.

Combien parmi ces pendus se sont si illustrés à la guerre du Sahara quand mourir pour la patrie n’était l’œuvre de ceux qui s’occupent à bouffer les richesses du pays. Voilà qu’une violence s’ajoute à une autre, sans ménagement. Voilà comment le 28 novembre à Kaedi réservera un triste souvenir aux victimes aux cœurs trop meurtris par des années de répression inouïe. Le règlement « monétaire » de la question du passif humanitaire n’avait –il donc comme répondant que des indemnisations pour taire les abominations commises ?

2009 à Kaedi, n’était que larmes de crocodile et ballets de caïmans venus racketter les ayants droits que l’argent ne consolera du sang qui coula. Le Président a raté encore l’occasion de rendre d’abord hommage à ces soldats morts dans le silence et dire plus jamais ça ! La plaie qui attend de se cicatriser est devenue béante en ce 28 novembre paradé au Gorgol, où pas un traite mot ne fut dédié aux victimes d’une bêtise humaine !

La célébration du 57ème novembre serait l’ultime phase consacrant le chemin de la renonciation et de l’unité si des actes forts étaient posés dans un discours prenant en considération la gravité des faits commis sans autre raison que d’épurer rageusement une composante nationale de l’armée. Comme des êtres sans dignité qu’on livre en pâture à un rituel occulte. L’irréparable tragédie devrait obliger les auteurs de ces crimes de demander pardon aux victimes sinon à l’Etat de prendre ses responsabilités en le faisant solennellement.

Le président déchu, Sidi Ould Cheikh Abdallahi, avait eu le courage de prononcer ce mot lors de son discours historique sur son projet de refonder l’unité nationale sur des bases justes et égalitaires. Sans ce premier pas, le retour des réfugiés serait-il vraiment envisagé ? La meilleure façon d’extirper les démons de la haine et de la surenchère, c’est de traiter le peuple de manière juste sans préjugé de race ou de couleur en ancrant dans les mœurs politiques et sociales la notion de l’Etat et de la nation en lieu et place de la tribu, de l’ethnie, de famille.

Un sorte de ministère chargée de « la cohésion nationale et de l’élimination des disparités sociales » trouverait une place dans une nomenclature gouvernementale d’un pays sous menaces identitaires. Tant que la citoyenneté est définie sous le prisme de la suprématie d’un groupe sur un autre, l’Etat cède son autorité à des forces rétrogrades, génératrices de chaos. Plus que jamais un débat national s’impose pour vider les rancœurs et trouver des solutions consensuelles et constructives.

CTD



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Commentaires (3)

  • yawonni (H) 04/12/2017 18:06 X

    Cette priere de Kaedi est le tristement recto verso de l'invitation de Rak ( renard ) à chouca (pelican). Rak invita chouca à manger. Il presenta une assiette plate garnie de bonnes choses et commença à manger.Chouca qui ne pouvait tremper son long bec comprit que Rak se moquait de lui. Ainsi il resta silencieux,le coeur débordant de colère. Mais à son tour lui aussi invitera Rak. Et imaginez comment chouca s'en est pris ! C'est une autre histoire. Cette comédie sovietique est justement le reflet des prieres pour les morts.

  • medabdul (H) 04/12/2017 08:19 X

    A mon avis, en 2009 a Kaédi Aziz était sincère, écoutez; ce président Aziz n'est mêlé ni de près ni de loin aux évènements de 89.90.

  • ahmed12b (H) 04/12/2017 08:13 X

    Mr Dia c'est triste et douloureux ce qui s'est passé à Inal en 1990. Mais conviens avec moi qu' Aziz n'en est pas responsable et que la prière de Kaedi en 2009 s'inscrivait bien dans le devoir de vérité et de mémoire. Et qu'il y a bien eu aussi devoir de justice avec les réparations conséquentes payées à tous les ayants droits des victimes lesquels ont signé un protocole avec l'Etat. La preuve que ce fut une bonne solution c'est que seul un groupe très réduit et proche de l'opposition a manifesté à Kaedi en dehors des règles prescrites et s'est donc exposé à la rigueur de la loi. Dire maintenant que le 28 novembre ne symbolise plus que le passif humanitaire c'est une lecture politique comme celle qui a justifié le putsch ethnique de 1987 que votre propre frère dirigeait ainsi que les événements de 89 au Sénégal où les maures furent exterminés par leurs frères ainsi que les mutineries de 1990 à l'origine des atrocités que vous avez soulevé. Un journaliste de ton niveau doit être objectif et ne pas jouer au communautariste pyromane.