13-01-2018 23:00 - Dans le Sahara mauritanien, les touristes reviennent, et l’espoir aussi

Dans le Sahara mauritanien, les touristes reviennent, et l’espoir aussi

Le Monde - Suite au meurtre de quatre Français en 2007 près de la ville d’Aleg, la destination avait été classée rouge par le Quai d’Orsay. A pied dans les dunes, à dos de dromadaire ou en véhicule tout-terrain à travers oasis et canyons : les touristes reviennent peu à peu dans le Sahara mauritanien, où des voyages organisés, suspendus depuis 2011 pour cause d’insécurité, ont repris depuis Noël.

« Le Sahara me manquait. Les couleurs des dunes, le jeu du vent sur le sable, les ciels étoilés… », confie à l’AFP, au coin du feu, Elisabeth Godin, 71 ans, un chèche couleur ocre enroulé autour de la tête.

Cette retraitée originaire de La Rochelle fait partie des tout premiers groupes de Français à retourner dans l’Adrar, dans le nord-est de la Mauritanie, une ancienne colonie de l’hexagone.

« Déconseillée sauf raison impérative »

Au milieu des années 2000, l’Adrar accueillait jusqu’à 14 000 visiteurs par an – principalement français, en raison des liens historiques entre les deux pays. Mais cette destination confidentielle s’est effondrée avec la multiplication des attaques djihadistes et notamment le meurtre de quatre Français en 2007.

Le tourisme saharien a ensuite survécu sporadiquement « avec notamment des Allemands, des Italiens, des Néerlandais, des Espagnols et des Japonais », indique Mohamed Ba Ould Ne, le directeur de l’Office du tourisme mauritanien.

En mars 2017, le ministère français des affaires étrangères a allégé ses recommandations aux voyageurs sur cette partie du désert prisée des touristes. Si la région reste « déconseillée sauf raison impérative », cette modification est suffisante pour reprendre les circuits, estiment aujourd’hui plusieurs agences françaises spécialisées dans le voyage d’aventure et adeptes des destinations sahariennes.

« La Mauritanie a fait d’énormes efforts pour sécuriser son territoire », assure Maurice Freund, directeur de Point-Afrique Voyages. Ce voyagiste a relancé à Noël les vols charters Paris-Atar interrompus en 2011, qui permettent d’atterrir au cœur du désert. Au grand bonheur de certains touristes recherchant la magie du Sahara.

« Depuis tout petit, je suis fasciné par le mythe des grandes caravanes », confie ainsi Guillaume Jordan, 44 ans, venu randonner dans les immensités dunaires de l’erg Ouarane avec l’agence La Balaguère.

D’autres, comme sa compagne Françoise Vernet, 47 ans, sont là par solidarité. « Je voulais soutenir cette initiative pour que les Mauritaniens revoient des touristes », explique-t-elle.

Désormais, « 2017-2018 est une saison test » pour l’accueil des Français, estime Kadi Mehdi, directeur de Mauritanides Voyages, une agence à Atar prestataire de voyagistes français. « Notre grand défi est de prouver que la Mauritanie a fait les efforts nécessaires » pour les faire revenir « en toute sécurité ».

Pour cela, il compte sur l’important dispositif mis en place par les autorités. « Des dizaines de gendarmes patrouillent en permanence sur les parcours des circuits. On ne les voit pas, mais ils sont là », assure-t-il.

Dans l’ancienne cité caravanière de Chinguetti

Malgré les réticences de sa fille et les mises en garde d’amis, Elisabeth Godin se sent en sécurité dans le désert. « Quand je dors à la belle étoile au milieu du camp, je me sens comme dans un cocon », confie-t-elle sur son bivouac planté au milieu d’un plateau rocheux, entre des acacias.

Début janvier, plus de 1 000 personnes étaient inscrites à des circuits de voyagistes français. Une reprise timide mais importante pour l’économie de l’Adrar, durement frappée par l’arrêt du tourisme. Pour soutenir cette relance, l’Etat mauritanien participe à hauteur d’environ 350 000 euros à l’affrètement des avions par Point-Afrique, selon l’Office du tourisme mauritanien.

Les spécialistes du secteur touristique espèrent que le retour des Français motivera d’autres nationalités. « L’avion Paris-Atar, c’est de la très bonne pub », se réjouit Cheibany Lemine, directeur d’une agence de voyage à Atar qui reçoit habituellement des Allemands, des Italiens et des Japonais.

« Depuis 2010, je faisais entre cinq et huit groupes par hiver. Cette année, je suis parti pour atteindre la vingtaine ». A 80 kilomètres d’Atar, dans l’ancienne cité caravanière de Chinguetti classée au patrimoine mondial de l’Humanité, le retour des touristes était attendu avec impatience.

« Nous sommes restés en léthargie pendant presque une décennie. Maintenant que le charter est arrivé, la ville commence à revivre », se réjouit Lemine Bahan, propriétaire d’une auberge. Une perspective plus que bienvenue dans l’Adrar où le développement social doit être une priorité, selon Maurice Freund. « Le tourisme n’est qu’un outil pour la paix » dans le Sahel, estime le directeur de Point-Afrique. « La force militaire ne résoudra jamais les problèmes à elle seule. »

Le Monde.fr avec AFP





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Commentaires (1)

  • Selmedine (H) 14/01/2018 12:07 X

    La ville de chinguitti marginalisée par les pouvoirs en place compte sur sur l'apport du tourisme en adrar.Depuis l'independance chinguitti est toujours frappé de son enclavement seule un effor personnet de l'un de ses fils à contribué à percer la montagne qui l'separe du reste du pays ,mais la piste reste dangereuse .La culture du palmier dattier ne bénéficie d'aucune aide de lEtat. Triste est la destinée de cette ville comdamnee à disparaitre au vu des maladresses des régimes en place