20-02-2018 17:16 - Ligne rouge : A mon très cher père Mohamed Ould Abdel Aziz
Cisse Housseynou - Très cher père, aujourd'hui c'est le fils qui vous écrit nuitamment après un très long silence. J’espère que notre mère (Mauritanie) se porte bien ? L’opposition ? Les journalistes ? Le gouvernement ? L’éducation ? La majorité ? La Jeunesse ? Les étudiants ? Les pauvres ? Les islamistes ? Bref, J'ose croire que vous vous portez bien comme tout le peuple Mauritanien.
De mon côté, la marche du monde m'impose un agenda très chargé qui m'éloigne le plus souvent de mon clavier, de mon téléphone et de mes feuilles de missives. Malgré, je n'arrête pas de prier pour mon peuple et de me faire son avocat à chaque fois que l’occasion se présente.
Dans l’ensemble je vais très bien et j’en remercie le seigneur. La seule chose à signaler est la nostalgie du pays, de mon peuple et le manque de nouvelles. Vous savez, j'ai rarement le temps de suivre la télévision.
En réalité, j'ai même perdu le goût, car c'est toujours le même décor, la même couleur, le même son, les mêmes programmes et les mêmes propagandes du grand roi que vous êtes devenu. La radio n'a pas vraiment changé. C'est la même que du temps de Ould Taya avec l'incarnation du nouveau roi que vous êtes devenu.
Cher père, on me dit que vous nous avez épargné du sénat et de son budget couteux. Il n'existe plus. C'est vraiment une très bonne chose, semble-t-il. Mais, diable me dit que c'est pour les remplacer par des conseils régionaux plus couteux et moins performants.
Attendons de voir pour y voir clair. Rassurez-nous que ce n'est pas une création du génie des réformes qui a plongé notre école dans un chaos exponentiel. Pendant que j’y pense, que sont devenus les anciens sénateurs ? Je parle de ceux qui faisaient un peu de rap pour se rendre intéressants.
Oui ceux-là même qui l'ont toujours fermé hermétiquement avant votre discours surprise et fatidique de Néma ? On les surnomme, semble-t-il, les amis Ould Bouhamatou. Diable qu’est-ce qui est arrivé pour que vous deveniez des frères ennemis ?
N’est-ce pas c’est à son hôtel que vous nous aviez fait part de votre projet de la Mauritanie nouvelle? Pour le Sénateur Ould Ghadda j'ai eu écho du film. On dit qu’il préparait un coup d'état. Pourtant, les coups d'états, vous en avez tellement fait que je crois qu'on doit même vous consulter pour les prochains. Bon laissons la justice y répondre.
Cher père, d'ici on me dit que l'hymne, le drapeau, les billets, les mentalités, la constitution,les conditions de vie ont changés comme dans un conte de fée. Il parait que maintenant l'eau est courante et coure dans toutes les maisons.
L'électricité marche à merveille de poteau en poteau jusqu'aux consommateurs. Il semble même qu'on l'exporte vers les pays voisins en manque. Mon cousin dit qu'il y a toujours coupure. Je crois qu'il doit être du « mouarada ». De toute façon si au palais il n'y a pas de coupure tane c'est bon, car vous êtes la tête du pays et vous devez toujours rester éclairé.
Les malades et le peuple c’est juste en période électorale qu’il faut y penser. On ne dit que l'argent est devenu tellement fort qu'il vole aussi haut sans l'un de ses zéros.
C'est vraiment une bonne chose s'il ne s'agit pas d'une dévaluation qui ne dit pas son nom. Les Mauritaniens sont des habitués de l'argent marchant, mais ils finiront par se faire pousser des ailles pour survivre. Il parait qu'il y a eu un peu de résistance pour la mise en place de votre Mauritanie nouvelle, mais après tout vous vous êtes imposé comme vous savez bien le faire.
Maintenait que nous avons des choses qui marchent, d'autres qui courent et d'autres qui volent, de grâce partez à la fin de votre mandat et vous pouvez revenir plus tard. Vous connaissant, je sais que vous trouverez l’occasion.
Mon cher père, qu'est-ce qu'il est devenu notre Ould Daddah? Je ne parle pas d’Ahmed. Je sais qu'il est hors course du fait de son âge. Il doit vous en vouloir à mort lui qui se croit être né pour devenir président. Qui sait peut-être qu'il réussira un coup d'état. En attendant, Parlez-moi un peu des nouvelles des FLAM et d’IRA.
Ne me dites pas que c'est toujours dans l'espoir que cela ira ? Il parait que Biram et ses amis ne parlent plus le même langage. De même que les leaders négro-africains. Vous êtes un génie cher père.
Mais, comment réussissez-vous toujours à mettre les uns contre les autres ? J’ai entendu parler de votre nouvelle Loi sur la discrimination. Entre nous, comment voulez-vous mettre fin aux discours de haine alors que les pratiques racistes, discriminatoires, ségrégationnistes et claniques existent toujours au quotidien ?
Ah ! En parlant de Daddah, je pensais à notre « Ould Daddah Gass Ndar» et Ndar me fait souvenir cette histoire du pécheur de Guet Ndar tué. Sincèrement, je crois qu'on doit arrêter ses tirs de cons à la con.
C'est le même peuple avec les mêmes intérêts comme le pétrole et gaz que vous vous êtes partagé 50-50. Je n'arrête pas d'expliquer que ce n'est pas vous et lui qui vous êtes partagé le pétrole et le gaz, mais les deux pays. Godonou reste convaincu que le peuple ne sentira même pas l'odeur en plus forte raison l'argent. Il n'arrête pas de dire que le président Macaron ne nous laissera que les microns de la ressource.
Il dit aussi « que les états n'ont que des intérêts et pas d'amis ». De toute façon ce n'est pas "mouhim". Vous la tête allez sentir, gouter et même manger. Il semble que le gaz et le pétrole sont inflammables et que la réserve est importante, mais je reste convaincu que vous ne laisserez pas les allumettes et briquets des Américains, des Occidentaux et des Asiatiques s'en approcher. En Lybie, ils disent que les armes font du feu.
Cher père, je ne peux terminer sans vous demander si l'université est toujours le champ d'entrainement de notre police ? Ne me dites pas qu'on traque et matraque toujours ces pauvres étudiants qui ne réclament que de meilleures conditions d'être pour devenir ? Je crois que ce temple du savoir n’est plus une usine d'esprits plastiques du fait de professeurs en caoutchouc dispensant un programme en latex ?
Vous avez raison pour gouverner un peuple maintenez-le ignorant aussi longtemps et votre pouvoir durera tout ce temps. La salât n'est plus loin donc je dois prendre congé de vous afin de me préparer. Ah ! Une dernière chose, je vous prie de libérer Ould Mkheitir, car tous ceux qui demandent sa mort ne sont pas plus musulmans que lui. Je vous reviens après la prière et d'ici là que le peuple se porte bien.
Cissé Housseynou Birama
L’avocat du peuple
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