26-03-2018 15:51 - Palestine : Mahmoud Abbas, l’immobile de Ramallah

 Palestine : Mahmoud Abbas, l’immobile de Ramallah

Jeune Afrique - Projet national dans les limbes, chômage endémique, frustration des jeunes… Mahmoud Abbas est plus que jamais impuissant. Et impopulaire.

Quand Jihad Manasri, alors jeune lanceur de pierres, a été jeté dans une prison israélienne en 2008, les Palestiniens s’apprêtaient à acclamer en Barack Obama un président bienveillant, et leur chef, Mahmoud Abbas, pouvait se prévaloir d’une certaine considération domestique et internationale.

Face à ce qu’il voit comme une agression israélienne et américaine rendue possible par une faillite palestinienne flagrante, ce militant estudiantin, aujourd’hui libre dans une Cisjordanie de plus en plus fiévreuse, a perdu l’espoir qu’il nourrissait il y a dix ans. « Notre direction s’est compromise sur tout, déclare-t‑il. Les gens ne peuvent pas attendre indéfiniment et ne veulent plus que leurs responsables reviennent à chaque fois les mains vides. »

« Une Autorité sans autorité »

Des mots qui en disent long sur les défis auxquels Mahmoud Abbas, âgé de 82 ans, est confronté, alors que les Palestiniens sont sous le choc de la présidence américaine de Donald Trump, qui a clamé haut et fort son soutien à Israël, tandis que le gendre de celui-ci, Jared Kushner, échafaude un accord de paix très favorable à l’État hébreu.

Le chef de l’Autorité palestinienne (AP) a ainsi vu Trump nommer un ambassadeur prenant fait et cause pour les implantations juives en Cisjordanie, précipiter l’ouverture d’une chancellerie américaine à Jérusalem et tailler dans l’aide aux réfugiés palestiniens.

À l’heure où le projet national palestinien menace de s’effondrer, Abbas et son organisation n’ont jamais été aussi impopulaires et impuissants. « Une Autorité sans autorité », commente le haut responsable Mohamed Shtayyeh.

Un sondage du Palestinian Center for Policy and Survey Research révèle que 70 % des Palestiniens veulent le départ d’Abbas, qui n’a cessé de repousser les élections depuis que son mandat a expiré, en 2009. Si des élections étaient convoquées, la présidence de l’AP lui serait ravie par un rival du Hamas.

Si nous ne pouvons obtenir justice pour notre peuple ici, alors où pourrions-nous aller ? », plaidait Abbas le 20 février devant le Conseil de sécurité

De la colère et de la frustration des jeunes pourraient naître des violences que ni Abbas ni les Israéliens ne seraient capables de maîtriser, ont averti des responsables des deux bords. Si les alliés d’Abbas l’attribuent au chômage, aux politiques israéliennes et au blocage du processus de paix, ils concèdent : « On a tant promis au peuple et si peu a été fait. »

D’après ses partisans, Abbas a fait tout ce qui était en son pouvoir pour bloquer le plan Trump. Il a tenté d’empêcher un accord de fuiter, il a refusé les médiations et fermé la porte aux émissaires américains, tout en sollicitant l’ONU et l’UE pour trouver une autre voie.

Jusqu’ici, ses appels sont restés lettre morte. « Si nous ne pouvons obtenir justice pour notre peuple ici, alors où pourrions-nous aller ? a-t‑il plaidé le 20 février devant le Conseil de sécurité. Je vous implore, aidez-nous. »

Sans signature palestinienne, pas de plan de paix. Et aucun dirigeant arabe ou international ne peut se substituer à la signature palestinienne », remarque Moustapha Bargouti

Le négociateur vétéran garde cependant un atout dans son jeu qui pourrait lui permettre de se maintenir quelque temps de plus, remarque son rival Moustapha Barghouti.

Placé face à un mauvais accord, il peut tout simplement claquer la porte : « Que feraient alors les Américains ? Sans signature palestinienne, pas de plan de paix. Et aucun dirigeant arabe ou international ne peut se substituer à la signature palestinienne. »

Par Mehul Srivastava


Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité


Source : Jeune Afrique
Commentaires : 0
Lus : 1636

Postez un commentaire

Charte des commentaires

A lire avant de commenter! Quelques dispositions pour rendre les débats passionnants sur Cridem :

Commentez pour enrichir : Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Cridem.

Respectez vos interlocuteurs : Pour assurer des débats de qualité, un maître-mot: le respect des participants. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.

Contenus illicites : Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).

Cridem se réserve le droit de ne pas valider tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, promotionnel ou grossier. Merci pour votre participation à Cridem!

Les commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.

Identification

Pour poster un commentaire il faut être membre .

Si vous avez déjà un accès membre .
Veuillez vous identifier sur la page d'accueil en haut à droite dans la partie IDENTIFICATION ou bien Cliquez ICI .

Vous n'êtes pas membre . Vous pouvez vous enregistrer gratuitement en Cliquant ICI .

En étant membre vous accèderez à TOUS les espaces de CRIDEM sans aucune restriction .

Commentaires (0)