28-03-2018 20:16 - En exclusivité avec Noureddine Zekri, Directeur Général de la BMICE

En exclusivité avec Noureddine Zekri, Directeur Général de la BMICE

Financial Afrik - Directeur Général de la Banque Maghrébine d’Investissement et de Commerce Extérieur (BMICE) depuis Janvier 2016, Noureddine Zekri a la lourde charge de donner une réalité concrète à cette institution maghrébine qui vient d’accorder sa toute première opération de prêt. Entretien.

Pouvez-vous revenir sur les missions et les objectifs de la BMICE?

Pour vous donner quelques repères, la Banque Maghrébine d’Investissement et de Commerce Extérieur (BMICE) a pour vocation de renforcer l’intégration des cinq pays de l’Union du Maghreb Arabe (UMA) : Libye, Tunisie, Algérie, Maroc et Mauritanie.

C’est une zone géographique dotée d’un potentiel et d’opportunités encore inexploités et sa création s’inscrit dans le cadre des efforts continuellement engagés par les dirigeants et citoyens des Etats membres sur la voie de l’intégration.

L’objectif de la création de la BMICE est de contribuer à l’édification d’une économie maghrébine compétitive et intégrée, à travers le développement de l’investissement et des échanges intra-maghrébins et en proposant des solutions aux barrières réglementaires et institutionnelles.

Le Maghreb reste l’une des zones les moins intégrées d’Afrique, comment la BMICE arrivera-t-telle à contour- ner cet obstacle majeur ?

Vous avez tout à fait raison de le noter. Non seulement, la moins intégrée de l’Afrique, mais aussi à l’échelle mondiale car le total des importations intra maghrébines ne représente qu’environ 3,5 % de leurs importations en provenance du reste du monde.

Ajoutez à cela le coût du «non-Maghreb» qui se traduit pour chaque pays de la région par un manque à gagner de croissance économique de 1,5% à 2% en moyenne, avec ce qui en découle de pertes en matière de création d’emplois.

La décision de création de la BMICE a été jugée par les gouvernements maghrébins, comme un des meilleurs moyens pour changer la donne, tant ils sont convaincus que le développement des relations d’affaires et d’échange entre les opérateurs maghrébins constitue une condition nécessaire pour l’édification d’un espace économique intégré.

Nous sommes une jeune institution qui ambitionne d’agir comme force de proposition pour relever les barrières réglementaires et institutionnelles entravant le développement des échanges maghrébins.

Pour cela, nous nous sommes dotés de compétences maghrébines recelant des experts techniques, économiques, financiers et juridiques de haut niveau ayant une connaissance des réalités du Maghreb, ce qui constitue un atout considérable pour la réali- sation de projets impliquant plusieurs parties maghrébines.

De façon synthétique, pour impulser la dynamique de l’intégration économique maghrébin, la BMICE agit principalement sur deux fronts : d’une part, elle mène une série d’études et enquêtes qui serviront de base de travail pour l’identification des opportunités d’affaires et à la levée des barrières réglementaires et institutionnelles ; d’autre part, elle apporte des financements aux projets productifs d’intérêt commun en vue d’assurer la complémentarité économique maghrébine.

Certes, pour relever ces défis notre œuvre n’est pas de toute aisance, mais le potentiel d’intégration existant nous offre un champ d’action vaste et varié.

Quel est le positionnement de la BMICE par rapport aux institutions de développement comme la BAD, la BEI et la BM ?

La BMICE n’est pas dans une logique de concurrence, ni avec les entités locales, ni avec les institutions multilatérales. La preuve ? Notre première opération de prêt a été effectuée il y a quelques semaines dans le cadre d’un accord syndiqué de financement islamique (Murabaha) impliquant un pool de bailleurs dont la Société Internationale Islamique de Financement du Commerce (ITFC), membre du Groupe de la Banque Islamique de Développement (BID), agissant en chef de file.

Avec la Banque Africaine de Développement (BAD), nous sommes en discussion en vue de conclure un Mémorandum d’entente qui va nous permettre non seulement de bénéficier d’expérience et d’expertise, mais aussi de pouvoir cofinancer des projets d’intérêt commun pour les pays du Maghreb.

Il faut dire que les Banque Multilatérales de Dévloppement ont favorablement accueilli l’arrivée de la BMICE sur la scène car la plupart d’entre elles ont inclus l’intégration régionale dans leurs priorités.

Notre objectif est d’œuvrer en parfaite synergie avec ces institutions pour la mobilisation des fonds pour l’intégration régionale du Maghreb ; notre principal atout étant la capacité d’idéation des projets porteurs d’intégration régionale, comme nous le demandent nos actionnaires que sont les Etats et le secteur privé maghrébins.

Est-ce que les ressources de la BMICE sont suffusantes pour conduire un programme de développement ?

L’enjeu n’est pas la disposition de ressources, mais notre capacité d’identifier des projets d’intérêt commun et d’influer sur les décisions de nos divers gouvernements pour créer un environnement propice aux affaires.

Il faut rappeler que la BMICE n’est pas un moyen pour résoudre les problèmes de financement des entreprises du Maghreb, mais de financer des projets ayant une vocation d’intégration. Sa vocation n’est pas de régler les problèmes de solvabilité des entreprises, mais de créer de la complémentarité, la collaboration et le partenariat.

Notre stratégie d’ensemble ne déroge pas aux règles de toutes les grandes institutions de développement qui ont d’abord travaillé à forger une crédibilité. Il n’y aucun doute que si la BMICE parvient à asseoir cette image, ses ressources vont augmenter aussi bien par l’augmentation de son capital que par les financements des bailleurs de fonds.

Votre siège est basé à Tunis, par quels canaux physiques ou relationnels serez-vous représentés dans les autres pays du Maghreb ?

Bien que la convention de création de la BMICE ait désigné Tunis comme siège social, elle dispose que la Banque peut ouvrir des succursales, des agences ou des bureaux dans les pays de l’Union du Maghreb Arabe, par décision du Conseil d’Administration.

Ainsi, la Mauritanie sera le premier pays membre à abriter un bureau de représentation, sans doute dans les tous prochains mois, voire semaines puisque le processus de mise en place de la future structure est en phase très avancée.

Il en sera ainsi de même pour nos autres pays membres à l’avenir. Il en sera de même pour les autres pays du Maghreb que la BMICE couvrira totalement selon une démarche graduelle.

Quelques pays de la sous-région maghrébine veulent intégrer la CE- DEAO, est ce un atout ou une menace pour la BMICE ?

Une menace ? Absolument pas ! je dirais plutôt une complémentarité pour la réalisation d’un objectif commun, celui de développer l’Afrique. Il faut se rappeler avant tout que l’adhésion des pays du Maghreb Arabe à d’autres ensembles sous-régionaux n’est pas nouvelle. Sur les 7 ensembles économiques régionaux, il existe 3 entités économiques sous régionales auxquelles certains de nos pays membres ont adhéré.

C’est le cas de la Lybie qui est membre depuis 2015 du Marché Commun pour l’Afrique Orientale et Australe SA ; la Tunisie qui s’apprête à lui emboiter le pas le sera également bientôt.

Vous avez également la Communauté des États sahélo-sahariens (CEN-SAD) créée à Tripoli en 1998 et dont sont membres tous les états maghrébins, à l’exception de l’Algérie. Par contre, tous les 5 Etats maghrébins sont membres de la Grande zone arabe de libre-échange, (GZALE). Hors du continent africain, des pays maghrébins comme la Tunisie, l’Algérie et le Maroc ont des accords avec l’Union Européenne.

Ceci dénote que l’adhésion à la CEDEAO qui polarise l’attention ces derniers temps, peut constituer, plutôt qu’une menace, des opportunités sup- plémentaires pour les pays du Maghreb et pour l’Afrique subsaharienne. L’Afrique Subsaharienne est en effet un grand marché en pleine expansion, et une zone à forte croissance économique. Le Maghreb, qui aspire à un développement vertical à la fois vers l’Europe et vers l’Afrique, ne peut se payer le luxe de se cantonner dans sa zone et se priver de réelles potentialités de développement.

Je voudrais simplement assurer que si le Maroc et la Mauritanie ont signé des accords avec la CEDEAO et que la Tunisie jouit d’un statut d’observateur, cela n’entrave en rien les efforts de construction d’une zone économique maghrébine compétitive et intégrée.

Au contact des autres ensembles ayant eux-mêmes des politiques d’intégration régionale, les pays maghrébins s’offrent des perspectives supplémentaires en matière d’opportunités d’affaires et d’édification sur les instruments d’intégration.

Par El hadji Ibrahima Dia





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