02-04-2018 18:45 - Interview avec Seif Kousmate, photojournaliste marocain expulsé de Mauritanie pour avoir enquêté sur l'esclavage

Interview avec Seif Kousmate, photojournaliste marocain expulsé de Mauritanie pour avoir enquêté sur l'esclavage

Telquel - Le photojournaliste franco-marocain Seif Kousmate, basé à Casablanca, a été arrêté en Mauritanie alors qu'il réalisait un reportage la problématique de l'esclavage. Après quatre jours de détention, il a été relâché pour être expulsé vers le Maroc.

Samedi 24 mars, Seif Kousmate, photojournaliste franco-marocain, arrivait à Casablanca après s'être fait expulser de Mauritanie où il réalisait un reportage sur la problématique de l'esclavage.

La Mauritanie est l'un des derniers pays à avoir aboli l'esclavage en 1981, mais selon un rapport d'Amnesty International publié la semaine dernière, 43.000 personnes, soit 1% de la population en serait encore victime.

Quelle était la raison de votre séjour en Mauritanie?

Seif Kousmate: Je réalisais un reportage photo sur la situation actuelle des esclaves et plus précisément des descendants d'esclaves. Je suis rentré sur le territoire par la frontière terrestre du nord de la Mauritanie avec le Maroc avec mon passeport marocain et un visa touriste.

Le passeport marocain c'était pour éviter d'attirer l'attention, car dès qu'un étranger entre sur leur territoire, les autorités pensent que c'est un journaliste. Mais, sur place il y a beaucoup de Marocains, dont ceux qui sont de passage. Donc c'était vraiment plus facile pour travailler et ne pas éveiller de soupçons.

Quelle est situation de l'esclavage aujourd'hui en Mauritanie?

La Mauritanie c'est 30% d'Arabo-Berbères, 40% de Haratins - de peau noire - amenés en Mauritanie pour l'esclavage à l'époque où ce commerce existait encore. Aujourd'hui c'est donc des descendants d'esclaves qui sont pourtant imprégnés de la culture arabo-berbère et parlent le dialecte hassani.

Ils sont Mauritaniens, mais ne sont pas acceptés par les Arabo-Berbères qui malgré le fait d'être minoritaires, sont au pouvoir. Au gouvernement, tout le monde est blanc, les autorités c'est pareil.

Les 30% restants sont composés de Wolofs, Soninkés et d'autres ethnies. Moi je travaillais sur la caste des Haratins, ces descendants d'esclave. Dans les années 80-90, il y a eu une grosse libération d'esclaves, c'est vrai. Mais dès qu'on s'enfonce un peu dans le pays, on se rend compte qu'il y a toujours des personnes en situation d'esclavage.

De quelle sorte d'esclavage parlons-nous ?

Dans la capitale, on peut tomber sur des filles qui se font exploiter en tant que domestique. Une sorte d'esclavage traditionnel. De mère en fille, elles travaillent pour les mêmes familles. Une fois que ces filles ont des enfants, le maître va offrir un des gamins, à sa sœur ou à sa mère.

Un autre problème qui ressort, c'est qu'une fois libérés - car il faut savoir qu'il y a beaucoup d'activistes qui se battent contre ce fléau - ces femmes et ces hommes vivent en marge de la société, dans une extrême pauvreté. Ils n'ont pas accès à l'éducation ni aux services de santé.

Ils n'ont pas de pièce d'identité, pas d'acte de naissance, car ils ne connaissent pas leur père. En général, le père c'est le maître esclavagiste qui se permet d'avoir une relation avec son esclave. Il y a aussi beaucoup de cas de viols.

Existe-t-il des chiffres ?

A l'heure qu'il est, je ne peux pas vous donner de chiffres clairs et précis. L'étude la plus sérieuse qui existe sur le sujet c'est le rapport de Global Slavery 2016. Ils estiment le taux d'esclave en Mauritanie à 1% (43.000 personnes) même si c'est très compliqué à mesurer.

En 2014, le même rapport parlait de 4% de la population réduite à l'esclavage. Certaines ONG locales dénoncent entre 10 et 20% d'esclaves. Il est donc vraiment très difficile d'établir un chiffre, je ne pourrais pas me prononcer officiellement, mais comme je l'ai dit, le rapport le plus sérieux reste celui de Global Slavery.

Comment s'est déroulée votre arrestation? Quid des conditions de votre détention?

Après 21 jours dans le pays, je me dirigeais vers le sud pour quitter le pays par la frontière terrestre et rentrer par le Sénégal. A la frontière, je me suis fait arrêter. Les autorités ont fouillé mes affaires et trouvé mon passeport français, rempli de visas et tampons des pays que j'avais visités, alors que mon passeport marocain, lui, était vierge.

Ils m'ont posé des questions pensant d'abord que j'étais peut-être un terroriste. Quand ils sont tombés sur mes photos, ils ont alors pensé que j'étais un activiste. Ensuite, je leur ai dit que j'avais rencontré Biram Dah Abeid, ancien candidat à la présidentielle de 2014 et figure proue du mouvement anti-esclavagisme. Là, ils se sont tendus.

Après trois heures d'interrogatoire, ils m'ont transféré le soir même à la police de Nouakchott. Sur place, les conditions étaient normales, on me traitait bien, mais j'ai quand même décidé de commencer une grève de la faim, car je n'avais aucune information sur la durée de ma détention.

Ça les a inquiétés. J'y suis arrivé mardi, on m'a libéré vendredi. Samedi matin, j'étais expulsé vers le Maroc. J'ai pu récupérer mes affaires, mais ils m'ont dit qu'ils avaient formaté mon ordinateur, mon téléphone et détruit mes cartes mémoire.

Comme le signale Reporter sans frontière (RSF), ce n'est pas la première fois que la Mauritanie expulse un journaliste pour s'être intéressé au sujet. En avril 2017, Tiphaine Gosse, une journaliste indépendante française qui enquêtait sur l'esclavage avait été sommée de quitter le territoire sous peine de se retrouver en prison.

Par Dylan Kuperblum



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Commentaires (4)

  • mohamed w.l (H) 03/04/2018 12:52 X

    sa fait vraiment rire et il dit etre un journaliste . personne ne nie l existante de esclavage en rim mais a cet ampleur et il existe chez tout les mauritaniens wolof soninke poulare mm les famille haratine en possède donc .soyons réaliste et posons le probleme honnêtement

  • mdmdlemine (H) 03/04/2018 11:53 X

    Dans cette interview, ci-après la traduction de sa réponse à la question "Quelle était la raison de votre séjour en Mauritanie?: لحراطين يمثلون الاغلبية الساحقة في موريتانيا بنسبة 40٪ والعبودية تتجلي اكثر مع التقلقل في داخل البلاد قال سيف القسماطي، الصحافي الفرنسي من أصل مغربي، الذي رحلته مؤخرا السلطات الموريتانية، بعد توقيفه قبل أيام، في رده علي سؤال في مقابلة اجراها مع الموقع المغربي "تلكلما"، حول وضع العبودية اليوم في موريتانيا، ان مكونة لحراطين تمثل الاغلبية الساحقة في موريتانيا بنسبة 40٪. "موريتانيا هي 30٪ من العرب البربر و 40٪ من لحراطين- ذوي البشرة السوداء- جلبوا إلى موريتانيا لغرض الاستعباد في العصور التي ازدهرفيها فيها الرق. واليوم ، يعتبر لحرطين، أحفادا للعبيد السابقين و يتحدثون اللهجة الحسانية و يتمتعون بثقافة العرب البربر. فهم موريتانيون ، الا انهم ضحية التهميش الذي يتعرضون له من طرف "البيظان"، الذين يهيمنون علي مغالب الحكم، رغم انهم يمثلون ألاقلية، حيث لا تكاد تري غير البيظ. اما النسبة المتبقية أي 30٪ فتتكون من الولوف والسونيكي والفلان. لقد كانت مهمتي الاعلامية تقتصر علي طبقة لحراطين، من أحفاد العبيد. نعم، لقد تم في الثمانينات والتسعينات من القرن الماضي، تحرير اعداد كبيرة من العبيد، الي انه بمجرد التقلقل في داخل البلاد، ندرك أنه لا يزال هناك أشخاص يخضعون للاسترقاق.

  • Amdesign (H) 03/04/2018 11:50 X

    L'esclavage n'existe pas en Mauritanie selon les esclavagistes. La confirmation de l'existence de l'esclavage en Mauritanie, voici la preuve l'arrestation et l'expulsion d'un photojournalites pour pouvoir défendre les esclavagistes et même les dirigeants sont concernés . Par contre cela permettra aux autres organisations internationales d'avoir des soupçons sur ce qui se passe en ce moment là. Donc le temps nous en dira plus.

  • Noirhartani (H) 02/04/2018 21:34 X

    La seule voix discordante sur l’existence de l’esclavage en Mauritanie est le gouvernement par la voix de son porte malheur et ministre de l’inculture, pourquoi tout le monde est unanime que l’esclavage existe alors que le gouvernement refuse de reconnaitre et de mettre fin à ce système qu’il continue d’engraisser sans raison. Il y’a même des agences de commerce d’esclaves vers l’Arabie Saoudite et personne ne dit rien, mais il suffit que Biram, Boubacar Messouad ou Samory Ould Beye parlent pour que les esclavagiste se mettent à s’agiter comme des fous et à démentir que le soleil de l’esclavage brille en Mauritanie, comme dans les années de l’apartheid, il faut avoir peur de Dieu et d’arrêter de mentir sur l’esclavage qui existe belle et bien en Mauritanie et d’ailleurs cela persiste encore.