16-05-2018 12:10 - L'Editorial du Calame : À rebours de l’histoire

L'Editorial du Calame : À rebours de l’histoire

Le Calame - Il est vraiment bizarre, ce pays ! Au moment où des centaines de milliers de pauvres citoyens et leur cheptel font face à une famine et une sécheresse implacable, dans une démission totale de l’Etat, d’autres courent dans tous les sens et (se) dépensent sans compter, pour récolter quelques unités de base au profit de l’UPR, le parti/Etat qui n’a jamais autant mérité son nom.

Rarement un parti dont l’avenir est plus qu’incertain, avec le départ quasi assuré de son fondateur en 2019, n’aura suscité autant de convoitises, de coups bas et de coups fourrés. Chacun veut, en mobilisant un maximum de « militants », se positionner en vue des prochaines échéances, quitte à utiliser tous les moyens.

Jamais, en effet, la guerre des tendances n’a été aussi forte. A tel point que le parti risque d’en sortir avec de sérieux dégâts. Mais, de cela, Ould Abdel Aziz ne semble point se soucier. Pourvu que le petit peuple soit occupé.

C’est dans ce contexte de sécheresse, de famine, de disette et de division que ceux qui sont censés donner le bon exemple, je veux parler de nos oulémas, se fendent d’une déclaration, au sortir d’une audience avec Ould Abdel Aziz, demandant, ouvertement, un troisième mandat pour « parachever l’œuvre de construction nationale ». Œuvre de déconstruction, sans nul doute, devraient-ils dire.

Déconstruction de l’école publique que ne fréquentent plus que les pauvres dans l’impossibilité de payer, chaque mois, 5000 anciennes ouguiyas par enfant en établissement privé. De la santé qui agonise et n’arrive même plus à prodiguer les premiers soins.

De l’administration publique qui n’est plus que l’ombre d’elle-même et dont les premiers postes sont occupés par des parachutés sans autre référence que d’opportuns liens de parenté.

De la justice aux ordres, au comble de l’injustice et soumise, les yeux fermés, à l’exécutif. Des marchés publics attribués dans une opacité totale, banalement aux plus disants, sans aucun recours pour les injustement recalés. De l’agriculture qui continue d’absorber des milliards, sans résultats probants.

Déconstruction des sociétés publiques qu’on dissout les unes après les autres, jetant à la rue des milliers de pères de famille auxquels on refuse de payer jusqu’à leurs droits.

De la loi et des règlements qu’on viole tous les jours, au vu et au su de tous. Du texte fondamental qu’est la Constitution qu’on foule du pied, continuellement depuis 2008.

De quelle œuvre de construction parlent donc nos vaillants oulémas ? De quelques kilomètres de route tellement mal faits qu’ils se fissurent en un éclair ou se diluent dans l’eau à la moindre averse ? D’un ou deux centres de santé?

D’un canal d’irrigation ou d’un barrage ? Demandons-nous à qui ces « réalisations » ont été attribuées, ce qu’elles ont coûté au Trésor public et vous aurez une idée de cette nouvelle forme de gabegie qui met les finances publiques à rude épreuve et nous endette jusqu’à la moelle.

Une lucidité que nos oulémas s’interdisent par crainte de quel pire ? Ou en l’espoir de quels illusoires dividendes, comme au bon vieux temps tayeux ? Une sclérose de l’esprit, dans l’un et l’autre cas.

Pas vraiment bizarre, contrairement à ce que je disais en exergue. Du moins pour ceux qui marchent à reculons. C’est-à-dire, à rebours de l’histoire… et des aspirations des gens.

Ahmed Ould Cheikh



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Commentaires (4)

  • mohamed hanefi (H) 16/05/2018 13:07 X

    Réellement curieux de voir ces « serviteurs » du peuple, pétaradant d’énergie pour des accessoires inutiles, d’ascendance et de contrôle d’un peuple qui se meurt sous leurs yeux. Exactement comme s’il n’y avait aucune urgence. Le châtiment de Dieu n’a pas été créé en vain.

  • Ksaleh (H) 16/05/2018 12:46 X

    Mon cher ami Ahmed, ta belle analyse de la déconstruction de l'état démontre en elle seule l'éventualité du 3ème mandat ! En effet avec la Jurisprudence Kagamé du Rwanda, Ould Abdel Aziz a des coudées franches pour rester au pouvoir. Il suffit d'un petit référendum dont les conditions sont en train d'être mises en place pour la réussite du camp du "OUI" au maintien au pouvoir du Rais. Déjà les Oulémas n'en sont pas parti par quatre chemins. Avec la mobilisation du million d'adhérents de l'UPR, la victoire est assurée avant même les suffrages. Maintenant le Système est en train de réfléchir à la canalisation des forces contraires à ses plans pour coute que coute éviter la violence de la réaction. Mais connaissant les mauritaniens dans la force de leur esprit de concorde à l'extreme, la couleuvre de ce plan machiavélique sera avalée comme celle de la trahison des accords de Dakar par "l'opposition".

  • foutatoro (H) 16/05/2018 12:36 X

    Quel tableau sombre ! En d'autres termes, notre malheureux pays est dans un COMA profond !!!

  • medabdul (H) 16/05/2018 12:28 X

    LA MORALE DE TOUT CA c'est votre pays ;vous ne le partagez avec personne c'est votre cuisine interne.