24-05-2018 15:51 - Déportés négro-mauritaniens: «Nous sommes les Palestiniens de l’Afrique»

Déportés négro-mauritaniens: «Nous sommes les Palestiniens de l’Afrique»

Francetv info - C’est une tragédie dont on parle peu. Celle des déportés négro-mauritaniens chassés de leurs terres il y a bientôt 30 ans. Ils sont des milliers au Sénégal à rêver d’un retour au pays natal. Aldiouma Cissoko est de ceux-là.

Depuis son exil sénégalais, il dénonce le sort réservé à ses compatriotes qu’il considère comme «les Palestiniens de l’Afrique de l’Ouest». Il s'est confié à Géopolis. Aldiouma Cissokho ne décolère pas. C’est le coordinateur des organisations des réfugiés mauritaniens au Sénégal. Après des décennies d’errance, des milliers de ses compatriotes accueillis au Sénégal dans les années 90 ont cessé d’exister légalement, soupire-t-il.

«Depuis 2016, le gouvernement sénégalais n’a pas voulu renouveler nos documents d’identité. Nous sommes devenus des réfugiés-apatrides. Quand on devient apatride, qu’est qu’on peut donner à son enfant? Quelle promesse peut-on lui faire? Le Sénégal n’accepte pas non plus de nous aider à nous installer dans un autre pays», confie-t-il à Géopolis.

«Ils sont cloîtrés dans des ghettos»

Un accord tripartite sur le rapatriement volontaire et la réintégration des réfugiés mauritaniens conclu entre le Sénégal, la Mauritanie et le HCR était censé mettre fin à leur cauchemar. Quelque 60.000 Mauritaniens avaient été déportés vers le Sénégal et le Mali à la suite d’un conflit frontalier qui a dégénéré en violences interethniques sanglantes.

Aldiouna Cissokho raconte à Géopolis la galère de ceux qui ont tenté de prendre le chemin du retour. Environ 20.000 personnes, selon les chiffres du HCR, le Haut Commissariat des Nations Unies aux réfugiés.

«Ils avaient reçu la promesse d’obtenir de nouveaux papiers d’identité au plus tard trois mois après leur retour. Il n’en a rien été. Personne n’a retrouvé ses terres perdues en 1989. La plupart des gens sont installés dans des hangars de fortune à quelques kilomètres de leurs villages. Sans papiers, ils ne peuvent pas se déplacer. Ils sont cloîtrés dans des ghettos qui rappellent l’Afrique du Sud du temps de l’apartheid.

Certains ont été tellement découragés par l’accueil dont ils ont fait l’objet qu’ils ont choisi de revenir au Sénégal. On leur a menti sur tous les plans. Ils nous ont dit que si c’était à le faire, ils ne le referaient pas»
, témoigne Aldiouna Cissokho.



«Le gouvernement mauritanien ne veut pas de nous»


Aux yeux des déportés mauritaniens, le HCR a perdu toute crédibilité. Ils lui reproche de ne pas dénoncer la mauvaise foi du gouvernement mauritanien.

«Le gouvernement mauritanien ne veut pas de nous. C’est clair, nous sommes devenus les Palestiniens de l’Afrique de l’Ouest. Ils veulent conquérir notre âme, notre culture, notre terre. Ils veulent nous éliminer complètement.»

Arrivé au Sénégal le 7 mai 1989, Aldiouma Cissokho a vu grandir une génération de jeunes Mauritaniens nés dans les camps de réfugiés au Sénégal. Il parle d’une génération sacrifiée, abandonnée à son sort.

«Ils ont été sacrifiés. Parce que l’enfant n’est rien d’autre que le reflet de sa famille. Depuis 2016, nous sommes devenus des réfugiés apatrides au Sénégal. Quand on devient apatride, qu’est-ce qu’on peut donner à son enfant? Quelle promesse peut-on lui faire?»

«Nous vivons dans l’ombre, nous n’existons pas»

Certains jeunes réfugiés ont préféré demander la nationalité sénégalaise. Il s’agit pour eux d’un problème de vie et de mort, explique Aldiouma Cissokho. Ils ne veulent pas subir le même sort que leurs pères et leurs mères qui n’ont connu que la précarité.

«Les gens vivent de l’aumône. Les femmes prennent d’assaut les lieux de mariage. Elles aident les gens à préparer les cérémonies et reçoivent un repas. D’autres vont trouver des soutiens à l’église. D’autres se débrouillent dans l’informel. Nous vivons dans l’ombre. Nous n’existons pas», tranche-t-il.

Ils sont estimés à 35.000 à vivre ce calvaire. Mais ils rêvent encore du jour où ils pourront regagner leur pays avec des garanties d’être rétablis dans leurs droits: «Le droit de retrouver notre citoyenneté, nos terres et notre dignité. Ce qui est sûr, c’est que la civilisation négro-mauritanienne n’est pas vouée à disparaître», conclut Aldiouma Cissokho.

Par Martin Mateso





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Source : Francetvinfo
Commentaires : 8
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Commentaires (8)

  • Marouane (H) 27/05/2018 16:01 X

    En tout cas, comme l'indique les statistiques, les "moussafrines" qui ne sont autres que des "réfugiés sénégalais" en Mauritanie, eux se portent très bien. Et, ils sont 20 fois plus nombreux que les "pseudo réfugiés mauritaniens au Sénégal ou au Mali". Alors, restons sur terre, cet article est tout simplement tissé de fils blancs...ça ne tient pas la route. Les personnes réellement concernées sont déjà rentrées au bercail.

  • mboyricksalem (H) 25/05/2018 15:06 X

    LE GOUVERNEMENT A HOREUR DU NOIR ET POURTANT LA MECQUE ....JE PLEURE NUIT ET JOUR DE CETTE VIE QUE NOUS MENONS DANS UN PAYS QUI NOUS EST CHOSIT PAR DIEU ET TOI TU VEUX NOUS Y CHASSER DIEU T'OBSERVE MON FRERE D'ARME AZIZ.LE JOUR OU NOUS MARCHERONS VERS LE PALAIS OCRE OU MAISON GRISE LE SANG DANS NOS MAINS LES COUTEAUX ET LES GOURDONS 150 DANS NOS MAINS CE JOUR LA LA MAURITANIE SERA DEMOCRATIQUE LA JUSTICE S'INSTALLERA LA PEURE LOGERA DANS LES COEURS DES MALFAITEURS CE JOUR LA LA MAURITANIE SE SAURA PARTOUT DANS LE MONDE CHER FRERE D'ARME AZIZ.

  • duroowo (H) 25/05/2018 15:03 X

    Meme dans le mois de ramadan ces applaudisseur hypocrites ne nous laissent pas juste se concentrer a IBAADA. La mauritanie est plus pire qu'israel l'injustice ce l'injustice la discrimination ce la meme pour qui je le dit par ce que au moins les mauritaniens se disent des musluimans donc quequ'un qui se dit un MUSLIMAN doit se comporter en tant que muslimum qui peur Allah et evite de faire la betise que nous vivons en Mauritanie. Si on compare mauritanie a l'Israel on compare l'installation des colonies juifs sur les terres palestinienne avec l'accapparament des terres du sud aux profit des hommes d'affaires et compangnie etrangere. Si on veut comparer nos compatriote laisser au Senegal et au MALI (pour les gens oublie qu'au Mali il y'a beaucoup des mauritaniens comme au Senegal) avec les refugees palestininans qui sont partout que Israel a refusee de laisser rentrer chez eux. Si on veut comparer on compare la tuerie de des refugees palestiniens au Liban sous la commande de Sharon avec plusieur fosses de masse que sud de la Mauritanie regorge dans le temps de Taya donc Israel et Mauritanie c'est la meme chose politique de la haine raciale et du racisme.

  • doudou19 (H) 25/05/2018 14:18 X

    Mawdo1960 (F) La Mauritanie est loin d'être l'Israel de l'Afrique. Les soit disant mauritaniens réfugiés au Sénégal ne sont pas à Gaza. Cette comparaison dénote de l'hypocrisie et ses auteurs doivent être poursuivis en justice. C'est de la pure diffamation qui relève d'un mépris et d'une haine à l'endroit de la Mauritanie et non du pouvoir en place. Ce genre de discours ne cultivera que la haine et le mépris entre les composantes de ce pauvres pays. Si tel est le cas, qu'attends-tu en Mauritanie?

  • maurebleu (H) 24/05/2018 22:36 X

    Ces compatriotes n'ont pas encore dit sincèrement ce qu'ils veulent .Misère à qui en profite .

  • Mawdo1960 (F) 24/05/2018 19:34 X

    Le monde soutiendra les palestiniens de L Afrique cree par la Mauritanie.

  • doudou19 (H) 24/05/2018 16:58 X

    Pourquoi n'ont-ils pas voulu rejoindre la Mauritanie lors du rapatriement de nos frères sous l'égide des Nations-Unies? Qu'est ce qui les en a empêché? Pourquoi attendre maintenant pour chercher à revenir en Mauritanie. Terre des hypocrites comme le disent certains égarés.

  • kalidou gueye (H) 24/05/2018 16:13 X

    La Mauritanie est le pays des hypocrites. Avant de soutenir les palestiniens, nous avons des vrais mauritaniens qui vivent pire que les palestiniens et on veut nous obliger d oublier le passè alors que pire le genocide de 89 continue à travers le genocide biométrique, le racisme d état, l injustice sociale et autres car la liste est longue.