09-11-2018 15:51 - Portrait : Qui est Mohamed Ould El Ghazwani ?

Portrait : Qui est Mohamed Ould El Ghazwani ?

Initiatives News - Le Général de Division Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed, Ould El Ghazwani, est aussi à l’aise dans ses habits civils que dans la tenue militaire.

Sa carrière militaire devait nécessairement être couronnée par cette consécration au ministère de la défense. Il est ainsi le premier militaire à occuper le poste depuis le temps du Comité militaire de Salut national qui a dirigé le pays de 1979 à 1992.

Quand ils ont provoqué la chute du régime de Ould Taya le 3 août 2005, les deux jeunes colonels avaient imposé le principe de ne confier aucun poste ministériel à un militaire. Mohamed Ould Abdel Aziz et Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed (El Ghazwani) donnaient ainsi le la d’une vision marquée par une profonde aspiration au changement.

Même quand il y eut l’intermède du Haut Conseil d’Etat (2008-2009), le gouvernement est resté entièrement civil. Y compris le portefeuille de la défense qui revint au moment de la transition du gouvernement d’union nationale à une personnalité du Rassemblement des forces démocratiques, feu Yedali Ould Cheikh. Le caractère très conciliant du Général El Ghazwani devait permettre de passer l’épreuve d’une cohabitation annoncée pourtant difficile sinon impossible.

Le Marabout chef de Bataillon

Né en 1956 à Boumdeid, Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed est le petit-fils d’un moine érudit de la confrérie El Ghodhf qui se distingue par le désintéressement des choses du «monde Ici-bas» et par une dévotion complète à la suprématie absolue du Créateur. Une vision qui se traduit par l’ancrage de valeurs comme la modération, l’abnégation, l’humilité et le sens du partage et de la solidarité.

Rien ne le prédestinait au métier des armes, lui qui a reçu un solide enseignement religieux, digne du milieu dans lequel il est né. Le Coran, puis les abécédaires de l’enseignement dispensé dans les plus grandes Mahadras et auprès des grands érudits de l’époque. L’ouverture d’esprit de son père, vénéré parmi les siens, lui ouvre la voie de l’école moderne. Il obtient son baccalauréat en 1977 à Rosso et s’engage sous les couleurs de l’Armée nationale le 15 octobre 1978. Le pays n’est pas encore sorti de la guerre du Sahara et l’Armée n’est pas encore ce débouché fatal pour ceux qui ambitionnent peu ou prou de peser sur le devenir du pays. Pour rappel, Mohamed Ould Abdel Aziz a rejoint les rangs en mars 1977. Autant dire que les deux hommes qui seront le tandem d’après, font partie de la génération de jeunes attirés par le métier et non par la soif du pouvoir. Les années qui suivront verront les groupuscules politiques infiltrer le corps de l’Armée pour faire main basse sur le pouvoir. Ils ne font pas partie de ceux-là.

Ils appartiennent forcément à des générations d’officiers qui n’ont pas été impliqués dans le 10 juillet 1978 et qui n’ont donc pas eu à porter de responsabilité quelconque dans la gestion catastrophique du pouvoir par les militaires du Comité militaire de redressement national (CMRN) puis du Salut national (CMSN).

C’est à l’Académie Royale de Mekhnès que les deux hommes se rencontrent et s’apprécient. Des points communs : la réserve et le sens du devoir.

Revenu en Mauritanie, Ould El Ghazwani commande des unités opérationnelles un peu partout dans le pays. C’est en 1987 qu’il connaît sa première grande promotion. En effet il est nommé alors aide de camp du Chef d’Etat. En 1989, au lendemain des événements, il fait partie de la délégation qui accompagne le Président Ould Taya en Irak pour sceller l’alliance entre les deux régimes de l’époque. A l’intérieur du pays, Ould Taya avait engagé une chasse aux Baathistes, sur le plan de la diplomatie, le régime de Baghdad devenait son parrain. L’homme n’était pas à une contradiction près.

Première conséquence de ce voyage : l’Irak offre une unité de blindés à Ould Taya. C’est son aide de camp qui est choisi pour faire un stage de formation sur l’utilisation de ces blindés. Tout en étant en Irak pour cela, Ould El Ghazwani n’est remplacé au poste d’aide de camp qu’en 1992, au lendemain de son retour. Il est chargé alors de monter l’unité des blindés qui fera partie du dispositif de sécurité du Président. Il s’agit du fameux Bataillon des Blindés (BB). C’est lui naturellement qui le dirige, même s’il est secondé par un proche du Président qui ne semble avoir confiance totalement qu’à ses proches.

Il effectue plusieurs stages dont une formation à l’Ecole de guerre en Jordanie mais reste commandant du BB. En juin 2003, il est là-bas quand éclate la mutinerie du 8 juin. Quelques officiers avaient mis la main sur le commandement du BB pour exécuter un complot finalement mal préparé et mal exécuté.

Un officier républicain

A son retour, il quitte le BB qui ne redeviendra jamais ce qu’il fut : une unité d’élite. Mohamed Ould El Ghazwani est nommé plus tard directeur du deuxième Bureau de l’Armée, celui des renseignements militaires. Il y arrive alors que ce bureau était gangrené par la délation et l’inefficacité. Il essaye de restaurer le système de renseignements militaires. Mais il coïncide avec le procès de Wad Naga.

Comme son alter ego, Mohamed Ould Abdel Aziz, commandant du BASEP (bataillon de sécurité présidentielle), comme Cheikh Ould Baya commandant alors la Marine, Mohamed Ould El Ghazwani refuse de verser dans le mauvais traitement des officiers lors des enquêtes préliminaires. Les soldats, sous-officiers et officiers parqués à l’époque dans une prison de fortune, se souviennent encore de la diligence de ces jeunes officiers qui furent les seuls, avec l’officier Mohamed Ahmed Ould Ismael à avoir risqué leurs carrières en dénonçant les traitements subis par les prévenus putschistes.

Plus tard, lors du procès de Wad Naga, le chef du Deuxième Bureau et le commandant du BASEP joueront un rôle déterminant dans la conclusion heureuse du verdict avec notamment l’absence de condamnation à mort.

Le 3 août 2005, son nom est le quatrième sur la liste du Comité Militaire pour la Justice et la Démocratie (CMJD). Après les colonels Eli Ould Mohamed Val, Abderrahmane Ould Boubacar et Mohamed Ould Abdel Aziz. Mais cet ordre ne trompe personne. Ce sont les cadets qui ont poussé les ainés à prendre le train en marche. Ils croyaient avoir besoin de l’onction des gens du système pour assurer un changement serein.

Même s'ils avaient très bien entamé le processus de changement en imposant un calendrier étalé sur 19 mois, les deux jeunes officiers seront vite rattrapés par leur refus de rompre brutalement avec le passé et ses hommes.

L’évolution dans un milieu hostile va aiguiser en eux le réflexe de survie qui nourrit le sens de l’initiative, mais surtout le sens du destin commun. Les tentatives des uns et des autres de les séparer vont justement produire l’effet contraire : après avoir été des compagnons d’armes et des amis, ils deviennent des frères.

Les épreuves vont se succéder pour rendre encore plus intense la relation et le sens de la loyauté de l’un vis-à-vis de l’autre.

Chef de guerre contre le terrorisme

Relativement retiré de la scène publique, le Général Mohamed Ould El Ghazwani prend la tête de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN). Il réussit à mettre en valeur les compétences de l’encadrement de la DGSN pour les mettre à profit dans la lutte contre le banditisme et le crime transfrontalier. Sous son commandement, la police réussit à neutraliser les cellules dormantes d’Al Qaeda, à démanteler les filières de trafic de drogue en passe déjà de contrôler le pays et à restaurer la confiance entre la sécurité nationale et le citoyen.

En 2008, le Général Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed est nommé Chef d’Etat Major national, avant la restructuration qui en fera le Chef d’Etat Major des Armées.

C’est sous son commandement que la lutte contre les groupes terroristes est véritablement engagée. La remise à niveau de l’Armée nationale permet justement de promouvoir les compétences, de procéder aux recrutements nécessaires, d’engager les dépenses et de les exécuter en vue de donner à notre Armée nationale les moyens d’assurer la sécurité du pays. L’entreprise est réussie et la Mauritanie échappe au destin que les Jihadistes avaient décidé pour le Mali et la région en général.

Véritable chef de guerre, il réussit à impulser le sens de l’anticipation et de la prévention. Des attaques sont lancées contre l’ennemi, dans le territoire qu’il s’est approprié. Faire changer la peur de camp, mission réussie.

Mais ses préoccupations militaires ne l’empêchent pas de tisser de grandes relations stratégiques avec les partenaires de la Mauritanie. Il comprend bien que la sécurité est un élément revalorisant de la diplomatie. Le rapprochement avec la France, les Etats-Unis, les pays sahéliens, les Emirats arabes, l’Arabie Saoudite, s’est d’abord passé à travers la coopération militaire. Ce qui donne au Général Mohamed Ould El Ghazwani une notoriété internationale indéniable.

Malgré ses élans de «guerrier», il a gardé ce fond culturel de modérateur, de pacificateur. Cela se traduit par un sens aigu de l’écoute, par un sentiment de «douceur» qui irradie sur l’environnement dans lequel il évolue, par une franche empathie qui réconforte.

Au-delà des supputations, sport favori sous nos latitudes, l’entrée du Général de Division Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed Ould El Ghazwani dans la mouture gouvernementale est loin d’être une infraction. Elle découle du déroulement naturel du processus qui doit rassurer, dès à présent, sur l’avenir du pays.

Ould Oumeir (La Tribune)



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Commentaires (7)

  • rimois (H) 12/11/2018 12:13 X

    Donc c'est lui qui dirigeait le BB en juin 2003. Avait-il donc perdu le contrôle de son bataillon qui avait semé le désordre avec des équipements létaux.

  • bleil (H) 10/11/2018 13:41 X

    Méfiez vous des premières impressions ... elles sont souvent les bonnes! une personnalité digne de respect et pourrait valablement prendre la relève de AZIZ en 2019...

  • wakhty (H) 10/11/2018 12:53 X

    C'est instaurateur de la ségrégation raciale accrue dans l'Armée Nationale . Un fils de marabout Raciste . quelle bravoure il à déjà fait ? AUCUN . OU est Breika ould M'Barek ??? Allah connait mieux les justes .

  • aabacha50 (H) 10/11/2018 04:48 X

    Le Général Ghazwani n’a jamais été à l’aise dans la tenue militaire car il sait mieux que quiconque qu’il n’est pas à la place où il devait Etre. Ce qui expilque en grande parties sa fuite des projecteurs de l’actualité. Bien sûr que rien ne le prédestinait, ni le prédestine au métier des armes. Oumer, le général de Boumedeid n’a pas hérité de son père plus que vous n’avez hérité vous-même de votre illustre éponyme. Malgré certaines qualités humaines indéniables, Ghazwani est et restera toujours un homme sans envergure qui continuera à se cacher derrière le "Tigre en Papier" AZIZ. Contrairement à son père qui se désintéressait des aspects matériels de ce bas-monde, le général, qui la veille du 5 Juin ne possédait qu’une dizaine de chamelles dans un projet de vente de lait au nord de Nouakchott, est assis aujourd’hui sur une fortune qui se chiffre en dizaines de milliards de….dollars, qui ferait pâlir Aziz. Donc SVP, ne nous bassinez pas avec une probité et des valeurs morales hypothétiques. Lui et Aziz ont certes des points communs : l’amour de l’argent et des nantaise. Oumer Votre mauvaise foi est sans borne, Ghazwani n’a promis que les gens de l’est particulièrement, le hodh gharbi. L’homme que vous avez dépeint n’est certainement pas le general Ghazwani. Cette tentative de présenter le général comme un homme de consensus ne trompera pas le peuple mauritanien qui commence avec l’historique cuisante défaite de ARAFAT du système AZIZIEN à prendre conscience de sa force et de la nécessité de tourner la page de l’armée. AZIZ, Ghazwani et leurs généraux n’échapperont pas à la justice ici-bas et dans l’au-delà. VIVE LA MAURITANIE LIBRE, RECONCILIEE AVEC ELLE-MEME. A BAS LE SYSTEME ET LE DISCOURS OBSCURANTISTES DE AZIZ, GHAZWANI, LEURS GENERAUX ET LEURS TROUBADOURS. LE PEUPLE MAURITANIEN VAINCRA. L'HISTOIRE DIRA SON MOT. QUI VIVRA VERRA!

  • haadirock (H) 09/11/2018 23:15 X

    Lol les generaux mauritaniens.aucun fait de guerre! De toute sa carriere il n'a jamais tiré une seule balle.il jamais mené des troupes au combat.où etait t-il la nuit du 03juin? aucune gloire pour un officier qui a eu tous ses galons assis sur un fauteuil derriere un bureau et c'est valable pour les z'autres officiers qui bombent le torse alors qu'onne leur connait aucun merite.que des generaux banaveu.

  • aminatat (H) 09/11/2018 16:33 X

    Le général Ghazwani machallah est un exemple en matière de probité et d'intégrité. En effet, ce digne fils de la mauritanie est lui même l'incarnation de l'unité nationale. Ce grand homme est discret et ses actions sont éloquentes en ce sens qu'il a toujours oeuvré pour l'égalité de tous les mauritaniens. La mauritanie à plus que jamais besoin de vous et espère que vous servirez d'exemple à de nombreux mauritaniens

  • lass77 (H) 09/11/2018 16:21 X

    Il y'a aucune gloire dans ce portrait. Inutile de nous fabriquer un futur dirigeant que le peuple n'aura pas choisi comme tous les précédents dirigeants.La Mauritanie n'est pas sortie de l'auberge.