25-08-2019 01:17 - Préface du recueil des poèmes intitulé "L'Anachoréte" publié aux éditions Edilivre

Préface du recueil des poèmes intitulé

Souleymane Kide - De partout, sur tous les continents, fusent des clameurs, les sempiternelles complaintes des hommes, nos semblables : les uns ployant sous des dictatures cruelles, les autres souffrant d’une condition humaine avilissante.

Quel genre, plus que la poésie, pourrait rendre compte, avec plus de force et de persuasion, de nos jérémiades, de nos envies, de nos dégoûts, de nos révoltes ? En scrutant les siècles passés, on est frappé de stupéfaction par La majestueuse place des poètes, pris dans les tourments de leurs époques, qui nous léguèrent de puissants témoignages sur les folies religieuses de naguère par la plume d’Agrippa d’Aubigné, sur les grandes passions qui dévastèrent plus d’une âme que Ronsard et Du Bellay magnifièrent, sur les efforts surhumains menés par des hommes pour faire entrer la poésie dans le Panthéon des arts purs.

Boileau et son cadet Théophile Gautier voulurent réconcilier la poésie avec sa finalité première, divertie, en cours de route, par des secousses qui ne pouvaient laisser indifférents les augustes témoins de ces pans de l’histoire.

Souleymane Kidé, à n’en pas douter, a fréquenté assidument le dix-neuvième siècle avec ses monstres sacrés, dont les œuvres surnagent et transcendent les époques et qui ont pour nom Hugo, Musset, Baudelaire et le prince des poètes Arthur Rimbaud.

Mieux que beaucoup, il comprend les effluves du siècle de Senghor, ses miasmes et ses désordres, le flop des formes poétiques mais aussi la raréfaction des productions que le bouillonnement technique explique en grande partie.

Souleymane Kidé a choisi, volontiers, un genre littéraire complexe, rebelle aux cloisonnements et aux recettes toutes faites, qui donne libre cours aux interprétations, oblige au renouvellement permanent des attitudes à son égard. Un mot, puissant à l’instant, peut induire telle adresse sémantique et, quelques moments plus tard, surprendre par la signification nouvelle et insoupçonnée à laquelle il nous ouvre.

Pour cette imprévisibilité déroutante et doucereuse, la poésie tient de la magie et, entre les mains de Souleymane Kidé, elle devient immersion dans le vécu profond du poète, dans ses valeurs de civilisation. Immersion, voilà le maître mot, voilà le viatique d’un écrivain inspiré à la fois par son vécu personnel et son expérience relationnelle, deux déterminants d’une âme généreuse qui se veut, à la fois, Don quichotte et symbole de l’esprit chevaleresque des temps nouveaux.

Assurément, Souleymane Kidé est bien dans la peau du témoin lucide d’une époque. Il scrute toutes les richesses bradées depuis les indépendances, période faste en espoirs, jusqu’aux « independaisons’, instants de cruelle folie dont son pays, la République islamique de Mauritanie, porte encore les stigmates presque indélébiles.

Avec le jeune poète, nous nous honorons de partager une « niabinité » incompressible, une mauritanité pleinement assumée, une africanité levain des résistances contre les agressions des puissants du moment et, enfin, une humanité pour laquelle Souleymane Kidé est prêt à braver tous les périls, contourner tous les trébuchets.

Tous ces niveaux d’affection, de relations, de repères, de certitudes sont visités et le poète dédie, à chaque strate, des textes expressifs d’un attachement virant souvent à la célébration.

« A mon père » m’a bouleversé. Dans ce morceau émouvant, le poète célèbre une icône, une érudition éléphantesque moulée dans l’humilité enjolivant toutes les grandes vertus, un père référence pour tout notre pays, pour tout notre village, fief de cette « niabinité » que nos frères portent au-delà des frontières et des océans. Souleymane revendique aussi son Trab el Bidan, cette Mauritanie chamarrée de couleurs, carrefour de cultures et de civilisations, pont surplombant le Sahara désertique, repaire des descendants d’Oqba ibn Nafi, lien remontant à des temps immémoriaux avec les prairies luxuriantes du roi Béhanzin, icône de l’Afrique noire cavalant jusqu’aux confins du Transvaal.

L’Afrique occupe donc une place essentielle dans le recueil, signe que notre poète n’a jamais sectionné le cordon ombilical le liant au continent de Mandela, de Cheikh Anta Diop et de Mourtoudo Diop.

L’écriture, et c’est de bonne guère, préoccupe notre « alchimiste du verbe ». A l’instar de tous ceux qui « disent le monde et se disent », Souleymane Kidé lui consacre plusieurs textes qui sont autant de témoignages sur ses rapports ambivalents avec un art qui vous saisit à l’improviste, vous fait plier à son charme et devient vital à votre vie. Elle inocule dans votre corps des doutes et vous ouvre fatalement à une interrogation fondamentale : l’intérêt d’une telle activité dans un monde ployant sous les coups de boutoir de l’impérialisme scientiste ?

Le poète a résolu ce problème en partie. Ces atermoiements sont subtilement endigués car il a opté pour un engagement lucide, une implication responsable dans les débats de son temps. Comme le compagnon de Simone de Beauvoir, sa plume est son épée ; comme l’auteur de La Nausée, il se veut le héraut d’une génération confrontée à de puissants défis, qui doit faire éclore de nouveaux héros, de nouveaux justes pouvant rendre notre piteux monde meilleur.

Assurément, le présent recueil est l’expression d’une profonde immersion dans diverses réalités que les hommes ont en partage. Et c’est peut être là que réside son charme. Chaque être trouve matière à assouvir ses inclinaisons.

Les preux chevaliers, révoltés contre les incohérences de leur siècle, découvriront un auteur sensible aux folies de l’époque. Les âmes sensibles se délecteront, elles aussi, de puissantes pages replongeant dans les inextricables nasses de la condition humaine.

Soulèye Oumar Ba, enseignant et écrivain







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