16-09-2019 09:44 - Mauritanie: un appel à une arabisation exclusive fait resurgir les vieux démons de la division

Mauritanie: un appel à une arabisation exclusive fait resurgir les vieux démons de la division

Le360 Afrique - La "guerre" des langues refait surface, après la publication par une association, d'une déclaration exigeant la fin de l'usage du français dans les documents officiels, provoquant de nombreuses réactions.

Cette semaine, dans les médias locaux comme dans les réseaux sociaux, c'est la foire d'empoignade entre une partie des arabophones et les 30% de Mauritaniens qui sont originaires des rives du fleuve Sénégal et dont les langues maternelles sont le Soninké, le Wolof et le Pular.

La «la guerre» des langues est donc de retour en Mauritanie à cause d’un communiqué de l’Association pour la protection et de la diffusion de l’arabe en Mauritanie, protestant contre l’usage du français dans les documents administratifs officiels, rendu public en début de semaine.

Une sortie médiatique à l’origine de cette inflation de réactions. Cette organisation rappelle que «le français est la langue du colonisateur, alors que l’arabe est la langue officielle de la République islamique de Mauritanie au terme de la constitution».

La déclaration parle aussi des langues nationales «des dialectes utilisés par les communautés négro-africaines : le peul, le soninké et le wolof ». Elle appelle «à mettre fin à l’usage du français, car s’adresser délibérément aux gens dans une langue qu’ils ne comprennent pas constitue un acte prémédité qui ressemble à un défi».

Cette demande relève d’une revendication récurrente de certains arabophones en Mauritanie, pays anciennement colonisé par la France dans lequel l’usage de la langue Molière reste une réalité, en dépit de l’absence de toute référence dans la Constitution.

«Depuis 1967, l’enseignement en Mauritanie a fait l’objet de plusieurs réformes, avec pour objectif principal l’arabisation, en vue d’une plus grande indépendance culturelle. Ces différentes initiatives ont débouché sur des échecs créant un système éducatif médiocre, fortement décrié pourvoyeur d’une école à plusieurs vitesses. Les plus fortunés envoient leurs enfants à l’étranger ou dans des établissements privés jouissant d’une certaine réputation, alors que le public (l'enseignement public, Ndlr) est devenu inexistant du point de vue de la qualité», se désole un spécialiste de l’éducation.

Un constat face auquel les nouvelles autorités semblent sensibles, si on se réfère au communiqué sanctionnant la réunion du gouvernement du jeudi 12 septembre 2019, qui annonce «une concertation élargie avec toutes les compétences, en même temps qu’une action à deux niveaux pour une nouvelle politique éducative capable de redonner confiance à l’école républicaine et restaurer son respect».

Incitation à la discrimination ?

Réagissant à la déclaration de la Défense et la diffusion de la langue arabe, Cyré Ba, un cadre et activiste des Forces de libération africaines de Mauritanie (FLAM), exilé en France depuis plusieurs dizaines d’années, affirme dans une contribution publiée sur le forum «cridem.org » que l’organisation «devrait tomber sous le coup de la loi 023/2018, pénalisant la discrimination ».

Il ouvre le feu sur les auteurs de la déclaration publiée en début de semaine, qualifiés « d’illuminés racistes, partisans du repli identitaire, de l’exclusion et de la décadence ».

La contribution s’insurge contre «une posture à teinte idéologique qui ne fait plus recette dans les pays arabes, lesquels maintiennent et renforcent les langues anglaise et française, qui ne sont plus «étrangères» ou le mandarin pour le commerce. Mieux, au Maghreb, la langue berbère est reconnue et bénéficie de promotion officielle.

Le Maroc, par exemple, dont la population berbère est estimée entre 15 et 20 millions de personnes vivant souvent dans l’Atlas ou en campagne, et n’apprenant l’arabe qu’à l’école comme les populations de notre vallée du fleuve, a officialisé la langue amazighe (berbère) en 2011.

Une loi généralisant l’usage de cette langue dans les administrations et à l’école, a été votée à l’unanimité par les députés le 10 juin 2019. Celle-ci permettra la délivrance de nombreux documents administratifs en langue amazighe ou l’inscription de celle dans tous les documents de première importance comme la carte d’identité nationale ou le passeport. Une chaîne de télévision Tamazight est consacrée à la culture berbère. Cas de figure impensable en Mauritanie.

Retournant à l’association son propre argument, Cyré Bâ ajoute que cette dernière s’adresse délibérément aux populations du fleuve dans une langue qu’ils ne comprennent pas, ce qui est une manière de les défier de manière préméditée. "Alors il faudrait demander à ces défenseurs d’une Mauritanie exclusivement arabe, quelle est la place des autres gens", explique-t-il.

"Fait nouveau aggravant, ils assimilent des langues nationales reconnues à des dialectes de communautés négro-africaines. Si les mots ont un sens, c’est le retour de l’indigénat", ajoute-t-il.

Saisir les véritables enjeux pour les populations

Pour sa part, le Pr Lô Gourmo vice-président de l’Union des Forces de Progrès (UFP-opposition), invite les mauritaniens à appréhender les véritables enjeux auxquels fait face le pays. Ce spécialiste du droit signale que «ceux qui font du combat immédiat contre l’usage du français dans la vie administrative du pays un caprice récurrent, sont les mêmes qui cherchent à amplifier le racisme et les discriminations ethniques, sachant que l’arabe, comme langue unique de travail-englobant le Hassanya, un dialecte tiré de cette langue, sera un handicap insurmontable pour les locuteurs du français, pour la plupart appartenant aux communautés négro-africaines».

Et d’ajouter : «Cette guerre des langues qu’on tente de mettre en chantier n’a pour seul effet que de détourner notre peuple multinational de son combat unitaire pour une démocratie pluraliste apaisée et pour un partage équitable des ressources immenses de notre pays».

Enfin, il conclut qu’il «est un droit pour chaque citoyen mauritanien «de converser» avec l’Etat dans sa langue maternelle et dans la langue apprise à travers le système d’éducation national comme langue d’enseignement. Que ce soit le français ou l’ourdou».

Par notre correspondant à Nouakchott
Cheikh Sidya





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Commentaires (6)

  • Askatasuna (F) 18/09/2019 00:47 X

    HOOHH!!!BOOYS!!! @ CHANOUMI (H): IL FAUT AVOIR l'honnêteté intellectuelle de bien mentionner l'auteur de «ton commentaire ci-dessous»! En effet il l'auteur est un certain Moulaye El Hassène. D'autre part la photo illustrant l'article n'a rien à voir avec le titre et le fond du dit article. En effet cette photo est tirée de la vidéo de la soirée de gala de la Communauté mauritanienne au Canada en 2016 pour commémorer le 56è anniversaire de l'indépendance du Pays et durant cette soirée toutes les langues avaient droit de citer! On avait même observé une minute de silence aux 28 Pendus de Inal! (Allez-y sur youtube vous verrez la vidéo en entier)! Le jeune en boubou blanc: sa grand-mère paternelle est une wolof, tandis que la femme en face de lui sur la photo tout à fait droite: sa mère est une mauresque et son père un poular; elle s'exprime excellemment bien en pular, hassanya, français, anglais et arabe! Alors un peu de sérieux "«Le360 Afriue Maroc»"! HOOHH!!!! BOOYS!!!!

  • pyranha (H) 16/09/2019 15:29 X

    Merci CHANOUMI ,je suivrais désormais tes commentaires et contributions dans cridem .C'est clair ,net et précis.

  • Ksaleh (H) 16/09/2019 13:37 X

    @CHANOUMI, une belle analyse heureusement que tout n'est pas encore foutu, il existe des gens qui raisonnent. Le malheur est que aucun de ces fossoyeurs du français ne peuvent produire le moindre texte sensé en arabe.

  • leguignolm (H) 16/09/2019 13:00 X

    C’est au Soudan qu’on parle l’arabe aux marchés et mêmes dans les WVC tandis que en Mauritanie à part la télé et la radio, il n’y a pas un autre endroit que l’on parle Arabe.

  • cccom (H) 16/09/2019 10:39 X

    Nous pouvons tuer le démon dans l'oeuf si on veut:En exclusivité la Mauritanie dispose du systéme Edu trilingue Cerveaux Oasis gratuit et intensif réducteur du cursus et des coûts 3/4 à 7/8éme exécutable par les Conseils Régionaux libérés de l'étouffement actuel du Ministére de l'Intérieur et de la Décentralisation (dénoncé lors du dernier mois) dans tout le territoire pouvant apporter 50 milliardsUM/an aux Conseils Régionaux. Le pays a d'autres opportunités aussi pertinentes que nous proposons en silence. cheikhany_ouldsidina@yahoo.fr.

  • CHANOUMI (H) 16/09/2019 10:00 X

    Un savant arabe de souche aurait écrit: L'arabe ne devrait pas être une langue officielle en Mauritanie, et ne doit même pas être une langue nationale, pour les raisons suivantes : 1- 99% des mauritaniens ne maîtrisent pas cette langue, et 100% des mauritaniens ne parlent pas du tout cette langue à la maison. Elle n'est la langue maternelle d'aucun citoyen. 2- la langue privilégiée pour la communication entre les différentes composantes ethniques du pays est le Français, et non l'arabe. Un peul, un wolof, un soninke, un hartani et un maure, assis autour d'une table, parleront tout pour s'entendre, sauf l'arabe. 3- La majorité des présidents qui ont dirigé le pays, avaient un niveau en arabe de l'école primaire, notemment du CP, et un niveau beaucoup meilleur en français. 4- Cette langue, a toujours été utilisée par les racistes et supprematistes Maures, pour exclure les composantes negromauritaniennes de tous les secteurs vitaux... 5- Notre contexte géographique, est francophone. Nos échanges avec nos voisins, notre diplomatie régionale, 99% de nos échanges commerciaux se font avec des pays francophones, ou à travers le Français. 6- l'Arabe est la langue des colonisateurs bédouins et ignorants qui avaient envahi de la manière la plus barbare possible, cette région, massacrant et réduisant à l'esclavage une bonne partie des habitants autochtones. Donc sur le plan "langue du colonisateur" l'Arabe n'a rien à reprocher au Français. 7- L'arnaque "langue de l'islam, ou langue du coran", ne marche pas, vu que tous les pays du monde arabophone, tous réunis, tous je dis bien, ne représentent même pas 20% des musulmans dans le monde. Rien que ces deux pays, Pakistan et Indonésie, qui sont tout sauf arabophones, dépassent à eux deux seulement, en nombre de musulmans, la totalité des tous les musulmans arabophones sur terre. Même pas besoin de citer le Nigeria, le Bangladesh, le Sénégal, le Mali, la Turquie, L'Iran etc. Donc il n'est pas du tout indispensable d'être arabophone pour être un bon musulman. 8- Sur le plan scientifique, l'arabe est encore aux découvertes du moyen-âge. Tellement périmé et en retard. Même le hindi, le bengali et autres langues asiatiques sont plus en avance. 9- Sur le plan "projection dans l'avenir", aucune chance pour cette langue, dont le berceau universitaire, La Syrie, est aujourd'hui anéanti; l'Arabie Saoudite en décadence morale, le Yémen n'en parlons pas, la Libye "laisse tomber", l'Irak pareil etc. Même nos voisins maghrébins, Maroc et Algérie, lui ont tourné le dos, et privilégient aujourd'hui le Français dans l'enseignement supérieur. 10- L'école Française de Nouakchott, les écoles "Petit Centre", Sahel, Mehares, Cadres, etc. qui enseignent le programme français depuis des décennies, sont les écoles privilégiées par l'élite Maure elle même, et produisent chaque année les plus forts taux de réussite au BAC. L'avenir du pays est entre les mains des nouvelles générations de jeunes, "FRANCOPHONES", toutes ethnies confondues.