03-12-2019 11:11 - L'Editorial du Calame: Dans un gant de velours ?

L'Editorial du Calame: Dans un gant de velours ?

Le Calame - « Mon Dieu, gardez-moi de mes amis, quant à mes ennemis, je m’en charge ! », cette célèbre prière de Voltaire – ou d’Antigonos II, roi de Macédoine, selon une autre version – Ould Abdel Aziz aura tout le temps de la méditer.

Revenu au pays après trois mois d’exil volontaire, « voyage d’études » et d’agrément, il pensait probablement être accueilli en héros démocrate, lui qui refusa le troisième mandat, malgré l’insistance de ses (nombreux) soutiens, lui qui « rectifia » la démocratie en 2008, lui, le « prodigieux bâtisseur ». Or rien n’en fut.

Revenu dare-dare parce que, selon ses sources, on commençait à être un peu regardant sur sa gestion calamiteuse d’une décennie qui le fut tout autant.

Mises à rude épreuve au cours de celle-ci (malgré les satisfécits décernés à tout va par les institutions de Bretton Wood), les finances publiques ont été saignées à blanc, particulièrement au cours des derniers mois.

On parle de milliards qui auraient pris des chemins « détournés » (c’est le terme). Pensant sans doute qu’il avait encore une formation politique à sa botte, des élus et des soutiens fidèles, Ould Abdel Aziz convoque une réunion du comité de gestion de son parti, pour signifier, à ceux qui l’ont enterré un peu tôt, qu’il faut encore compter avec lui.

Et qu’il serait hasardeux de lui chercher noise en touchant à son « point faible ». Mais il y a une donnée fondamentale qu’il a feint d’ignorer : la versatilité légendaire des Mauritaniens. En quelques jours, ses soutiens ont fondu comme neige au soleil.

Tous – à part trois caciques et pour combien de temps encore ? – se démarquent de lui. Son « aile » militaire est à son tour décapitée, à la veille de la célébration des festivités du 28 Novembre à Akjoujt.

Ce qui laisse planer le doute sur une ultime tentative de déstabilisation du pouvoir de son ami de quarante ans, ou, carrément, de prise de pouvoir par la force.

Il y a en tout cas anguille sous roche, malgré les démentis du ministre de la Défense. Ould Abdel Aziz ayant refusé de faire le déplacement d’Akjoujt où, comble de l’ironie, un fauteuil lui était réservé… entre Sidioca et Ahmed Ould Daddah (!), la nouvelle que tout le monde guettait a jeté une ombre sur la célébration.

Depuis, le doute n’est plus permis. La rupture entre l’ancien et le nouveau Président est désormais consommée. Jusqu’où ira l’escalade ? Assigner Ould Abdel Aziz à résidence ? L’empêcher de voyager ? Le priver de son passeport ?

Fouiner dans sa gestion, suivre les milliards disparus à la trace, revoir les marchés de complaisance ? Il y a à boire et à manger, pour peu qu’on le veuille et… que la conjoncture, voire la raison d’État, s’y prête.

Le droit d’inventaire est, en tout cas, une forte demande populaire. Les prisons regorgent de pauvres hères, dont certains n’ont volé qu’un téléphone ou une bonbonne de gaz, alors que de gros bonnets qui ont fait main basse sur des milliards se pavanent en toute impunité.

Ould Ghazwani l’a promis : plus rien ne sera comme avant. À la différence de son prédécesseur qui ne mit aucun gant, c’est déjà dans un de velours que le fils du marabout semble mettre sa main de fer. Notamment dans ses « discussions » envers son ami de quarante ans.

Il a pour lui le pouvoir, la force et une attente certaine des Mauritaniens à le voir mettre de l’ordre dans la maison. Les récents évènements semblent l’assurer en ce sens.

Assez pour lever l’hypothèque Ould Abel Aziz ? Il lui reste à cette fin de poser véritablement et sans plus tarder les marques tangibles du changement, notamment en ce qui concerne les contraintes pesant sur la vie des ménages.

C’est à ce prix seulement que sera écartée toute velléité « rectificatrice » de son pesant compagnon d’armes… Assez longtemps pour que celui-ci ne soit plus qu’un (très peu) aimable souvenir !

Ahmed Ould Cheikh



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Commentaires (5)

  • leguignolm (H) 03/12/2019 23:55 X

    Tout observateur averti sait que ces deux finiront leur aventure dans la trahison. Il ne reste que des calcules : qui va trahir qui ? Hassan II (PSL) disait : « je préfère qu’on me trahisse que de trahir ».

  • Ksaleh (H) 03/12/2019 18:27 X

    Ce qui importe ce n'est pas la déchéance de l'homme Aziz, mais la restitution intégrale des pauvres biens de l'Etat mauritanien et sa population qui ont été frappés par 10 ans de gabegie.

  • Belphegor (H) 03/12/2019 13:10 X

    Les déboires actuels d'Aziz sont vraiment révélateurs du silence inhabituel de ses griots en service commandé et toujours prompts à le défendre bec et ongles sur Cridem. Aziz ne peut-être jugé pour crimes économiques sans que ould Djay son ex ministre des finances ne le suive aussi en prison, bien sûr la liste est longue car les complices du plus grand fossoyeur de l'économie nationale sont nombreux mais ould Djay de par son zèle, sa suffisance et son arrogance fût le plus en vue, je ne serai pas étonné de le voir démis de ses fonctions de DG de la SNIM dans les semaines ou les mois à venir car il s'est beaucoup trop compromis avec Aziz pour croire qu'une simple allégeance a Ghazouani l'epargnera de la grande lessive en préparation.

  • mystere1 (F) 03/12/2019 11:46 X

    Décidemment, notre ex-président, s’est attiré tous les foudres verbales murmurant comme le verbalisant tout haut dans les réseaux sociaux, et tout cela, à cause de ses actes malhonnêtes commis, même à causes des mauvaises langues, il risquerait de tomber gravement malade, ou de subir un fait dramatique, or personne ne lui souhaite du mal, tout ce que le peuple demande, c’est qu’il rende les biens mal acquis, qui ne l’appartienne pas, car c’est du grave haqq de manger ce qui ne nous appartient pas ! son ami successeur, ne peut pas continuer tout le temps de le couvrir, jusqu’à quand, qu’il se repend et se ressaisit avant qu’il ne soit trop tard pour lui !

  • medabdul (H) 03/12/2019 11:37 X

    souvenir. souvenir c'est qui le chanteur français? je l'ai oublie mais l'animal n'a pas dit encore son dernier mot semble t'il mais attention au marabout son calme paisible dénote une très forte résilience au combat.