04-12-2019 07:00 - L'entretien exclusif accordé au Monde par Mohamed Ould Ghazouani

L'entretien exclusif accordé au Monde par Mohamed Ould Ghazouani

Atlasinfo - Dans un entretien exclusif accordé au Monde, le nouveau président de la Mauritanie, Mohamed Ould Ghazouani, défend l’action du G5 Sahel dans la région, malgré la multiplication des assauts menés par les groupes djihadistes, mais appelle à davantage de soutien de la part de la communauté internationale.

Le chef de l’Etat a succédé, le 1er août, à Mohamed Ould Abdelaziz (2009-2019), auprès duquel il assura les fonctions de chef d’état-major de l’armée puis de ministre de la défense.

Des tensions sont apparues dernièrement entre ces deux hommes issus du creuset sécuritaire mauritanien. M. Ghazouani minimise la portée de cette crise.

Partagez-vous les inquiétudes des pays d’Afrique de l’Ouest qui craignent d’être touchés à leur tour par les groupes armés actifs au Sahel ?

La situation n’est pas bonne du tout. Beaucoup d’efforts sont faits par la communauté internationale et par les pays de la région. Mais j’en reviens toujours à la même chose. Je pense que la force conjointe du G5 Sahel [Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad] n’a pas eu ce qu’elle mérite ni ce qui lui avait été promis.

Non pas qu’il n’y a pas eu de financements, notamment de la part des pays membres du G5 qui ont financé sur leurs ressources propres les premiers équipements. Nous avons commencé à recevoir du matériel plus spécifique grâce aux aides internationales en provenance de l’Union européenne, de la France, des Etats-Unis, des pays du Golfe… Mais le problème, c’est que le rythme ne nous permet pas de faire face à la situation. Très souvent, les procédures retardent le processus.

Avez-vous été surpris par les déclarations du ministre français des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, demandant aux autorités maliennes et burkinabées « plus d’action politique et plus de pression politique » ?

Sans chercher à rentrer dans cette question, partout et depuis toujours, la guerre ne se conduit pas sans politique. Les gens de la région sont conscients de la situation et je ne peux pas imaginer qu’ils ne consentent pas d’efforts.

Mais ils semblent impuissants à enrayer les violences…

Ils vont y arriver. Nous, les Mauritaniens, étions dans la même situation il n’y a pas si longtemps. Face à ce genre de menaces, il faut être suffisamment préparé. Et pour le moment, ce n’est pas bon. Mais cela ne veut pas dire que c’est définitif. D’une certaine façon, une bataille a été perdue mais il y a encore du temps pour se réorganiser et prendre les mesures nécessaires. Il faut de la volonté, cela se crée, et ça commence par de la volonté politique.

Est-ce que les difficultés actuelles signent la mort du G5 Sahel ?

J’ai entendu dire ça. Personne n’a intérêt à revenir en arrière alors qu’une dynamique a été créée. Le G5 est un regroupement [d’armées sahéliennes] qui réussit bien. Si on fait le bilan, malgré ses difficultés et au regard de sa jeunesse, ce n’est pas mal du tout. Personnellement, je n’ai aucun doute sur l’efficacité du G5. Le temps n’est pas au beau fixe, mais si on comparait le G5 à d’autres [forces conjointes], on ne le trouverait pas en deçà de leur niveau.

On assiste, au Mali et au Burkina Faso, à une remise en cause de la présence militaire française. Est-ce que les militaires de « Barkhane » doivent partir ?

Je ne peux pas me permettre de donner des leçons à la France. Ce n’est pas mon rôle de dire si « Barkhane » doit partir ou rester.

Lors d’un discours prononcé mi-novembre dans le cadre d’un forum sur la sécurité à Dakar, vous avez regretté le niveau exorbitant des dépenses consacrées par les pays du Sahel à la sécurité. Entendez-vous réduire le budget de la défense au profit du social ?

J’ai dit cela pour attirer l’attention de la communauté internationale sur la situation des pays du Sahel qui dépensent beaucoup d’argent pour ce secteur. En temps normal, l’accent serait mis sur le social. Mais sachant que l’on ne peut pas faire de développement sans une situation de sécurité convenable, pour ce qui nous concerne, nous n’allons pas diminuer le budget consacré à notre sécurité.

Depuis votre élection, vous-même insistez sur le volet social de votre politique, pourquoi ?

C’est peu dire que c’est important ! Il y a des efforts à consentir par tous pour pouvoir améliorer la situation socio-économique des Mauritaniens. Nous devons poursuivre un travail déjà entamé. Il y a énormément de défis à relever. Nous ne pouvons pas être sur tous les fronts mais je compte ouvrir le plus de chantiers possible : l’école, l’emploi, la santé, l’accès à l’eau…

Sur le fond, en quoi vous différenciez-vous de votre prédécesseur, Mohamed Ould Abdelaziz (2009-2019) ?

Nous ne devons pas nous limiter à cette recherche de la différence par rapport à mon prédécesseur, qui est mon frère, mon ami, avec lequel j’ai fait beaucoup de choses depuis une quinzaine d’années. J’essaie de faire ce qui me semble bon. L’intérêt pour le pays consiste à faire œuvre d’ouverture en direction de l’opposition. Je suis convaincu que cela me permettra de bien travailler si le climat est apaisé. Je n’appelle pas l’opposition à s’allier avec moi ou à constituer une partie de ma majorité. Nous formons deux camps politiques différents.

Que répondez-vous à l’opposition qui demande un « dialogue inclusif » réunissant tous les partis politiques afin de « résoudre la crise politique » ?

Cela a été demandé avant et après mon élection. Ce n’est pas opportun. On se parle, on se rencontre, ils peuvent faire des propositions… Mais nous ne sommes pas dans une situation qui nécessite un dialogue inclusif. Cette notion sous-entend un climat politique plus tendu qui ne l’est actuellement.

Que voulez-vous dire alors en parlant « d’ouverture » ?

Il s’agit de faire comprendre à l’opposition que le climat est plus propice au dialogue. Je crois que cet objectif est à peu près atteint. Par la suite, nous pourrons définir une autre forme d’ouverture. Mais l’opposition doit rester l’opposition.

L’absence de votre prédécesseur aux cérémonies du 59e anniversaire de l’indépendance, le 28 novembre, n’est pas passée inaperçue… Est-ce le signe d’un divorce entre vous ?

Certains pensent qu’il existe un fossé profond entre l’ancien président Abdelaziz et moi. Je ne lui donne pas cette ampleur. Je ne cache pas qu’il existe un décalage entre nos visions et nos appréciations d’une situation donnée mais je pense que c’est l’environnement politique qui lui a donné plus d’importance qu’elle n’en a réellement. Elle a été amplifiée par tous les Mauritaniens, sauf moi, et cela va être résolu. Je n’épargne pas mes efforts pour calmer tout ça.

Cet épisode est-il clos ?

Je ne sais pas. Je sais qu’il va devoir se terminer et j’espère bien qu’il se terminera d’une façon qui convient à tout le monde.

Certains ont fait le lien entre les tensions supposées entre vous deux et le limogeage du chef du Groupement sécurité présidentielle considéré comme proche de l’ex-président ?

Cela n’a rien à voir et ce n’est pas très important. Il y a eu un changement à la tête du Groupement de sécurité présidentielle [ex-Basep] mais il n’y a pas de lien. Quelqu’un qui arrive à un poste aussi sensible que le mien doit pouvoir modeler sa sécurité. J’aurais dû faire ça avant. C’est assez banal. Il y a toutes sortes de rumeurs sur des arrestations de militaires, d’interrogatoires, de mises en résidence surveillée… Cela n’existe pas. Ce sont des fausses rumeurs.

Propos recueillis par Christophe Châtelot





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Commentaires (9)

  • Marrakech (F) 06/12/2019 16:33 X

    Aziz était au moins franc et direct voire violent, Ghazwani est un parfait exemple d'hypocrisie et de duplicité !

  • DocteurM (H) 04/12/2019 13:40 X

    Le ministre de santé sera l'invité des chaînes nationales de la télévision, soyez devant vos télés et soutenez ce ministre qui fait ce qu'il dit.

  • ELVALLI (H) 04/12/2019 11:53 X

    Question du journal Le Monde : On assiste, au Mali et au Burkina Faso, à une remise en cause de la présence militaire française. Est-ce que les militaires de « Barkhane » doivent partir ? Moi qui suis un citoyen lambda donc un rien du tout et dont la réponse n’engage que lui-même -pas lieu d’incident diplomatique- je dirai pour répondre à cette question : Si la France ne veut pas d’un autre Vietnam en s’enlisant au Sahel, le retrait de « Barkhane » doit être immédiat. Il faut que la France retourne à la vérité : La crise que Sarko a créée en Lybie et que Macron perpétue reste la matrice de la crise Sahélienne. Les Peuples du Sahel ont vu de leurs yeux la honteuse chasse à l’homme pour assassiner le guide libyen qui avait commis le péché de vouloir financer une banque centrale africaine. Comme en Occident on ne veut pas de nos réfugiés, au lieu de manœuvrer pour jouer le jeu des marchands d’armes qui alimentent les guerres civiles et équipent les narcotrafiquants dits «jihadistes» la France, ses amis d’Europe, les USA et leur bras armé l’OTAN doivent retirer leurs forces qui s’apparentent à des forces d’occupation, en laissant leur arsenal militaire et leurs moyens logistiques à nos armées nationales, sous-équipées et malnutries. Nous étouffons : Pas d’école, pas de santé, pas de nourriture et maintenant pas de sécurité du seul fait de Sarko et ses capitalistes d’amis qui pourvoient des fonds pour campagne électorale mal engagée pour mieux faire main basse sur nos richesses ! Le journal Le Monde dans son indépendance moraliste de Beuve-Méry au lieu d’indisposer notre Président devait réécouter son discours de Dakar où la vérité du ton et de la gestuelle du corps est encore plus expressive que l’écrit. Ou alors prendre la responsabilité d’une analyse rigoureuse à laquelle ce journal se prêtait avec plus ou moins de bonheur suivant l’honnêteté intellectuelle du journaliste.

  • bleil (H) 04/12/2019 11:52 X

    L’intérêt du pays réside dans une ouverture politique tout azimuts envers la classe politique tout d'abord ! pour le moment c'est le pouvoir qui doit associer toute la classe politique, y compris l’opposition, à sa stratégie de réhabilitation du pays dans son ensemble ... plan de développement, ouverture du pays et promotion du tourisme, éducation et santé gratuites pour tous, faire des élections législatives libres et transparentes pour asseoir la légitimité du pouvoir ! Il n'y a qu'un seul camp politique actuellement, c'est celui qui milite pour la bonne gouvernance ...

  • habouss (H) 04/12/2019 11:22 X

    @zeni, c'est ça, garder son "honneur" en volant, corrompant en mettant en jeu la vie des milliers de ses compatriotes. Oui garder son "honneur" en défiant les règles humanitaires élémentaires et les de Allah SWAT...

  • habouss (H) 04/12/2019 11:18 X

    Il est épatant notre nouveau président. Concis précis et avec des idées claires même si la diplomatie recommande une légère langue de bois à propos des relations avec Aziz, mais son statut de MARABOUT enrobe tout cela.

  • mseyke le martyr (H) 04/12/2019 10:27 X

    véritablement, il est sur la bonne voie, d’ailleurs cette politique d'ouverture qui certes créera un climat apaisé propice à l’exécution du programme du président suscitera de grandes jalousie notamment de ceux qui ont rendu ce pays invivable durant ces années passées. rappelez vous ces manifestations des militants abolitionnistes réprimées, aujourd’hui dieu merci les tensions inter communautaires sont entrain de se dissiper et un bon vivre ensemble se sente déjà. les declarations haineuses par le passé n'ont que fait trop souffert notre peuple lié par des lien séculaires de fraternités et de cohésion. qui se rappelle du discours de néma où toute une communauté fut assimilée à des lapins procréant sans limites, ce genre de discours ne peut qu’être perçu que comme un ciblage à caractère racial, bref tout de même il est excusé et hier est passé et regardons demains qui est riche de promesses in chalah.

  • zeni (H) 04/12/2019 09:43 X

    Ghazouani et Aziz sont des amis tout comme étaient des amis Ghazouani/aziz et ELY, Sidi était l'ami de tous. Yahya Ould Haddemine / Moctar ould Djay étaient les amis de Aziz. Ould Abdel Vetah était l'ami de Aziz et de Ghazouani en même temps. Hmeida est l'ami de tout le monde En Mauritanie, nous sommes tous des amis et nous sommes aussi fidèles que nos f....... Nous sommes un peuple d'honneur!

  • cccom (H) 04/12/2019 09:08 X

    Pour éradiquer le terrorisme financé par l'Occident par une main cachée sans tirer une balle, donnons la priorité à notre enseignement par notre expérience! Je déplore vehement l'acte de construction du siege du Parlement avec le montant de 7,7 milliards UM. Si notre expérience au Trarza et Adrar d'Administrateur de développement a été consultée, ce montant pouvait financer le lancement du projet triannal de 4020 Lycées Cerveaux Oasis gratuits et intensifs dans les Régions, réducteur du Cursus et des coûts de 3/4 pour créer à la fois par les Conseils Régionaux et APE une économie de 50 milliards UM/an et le Bac trilingue à 15ans et autosuffisanes alimentaires au Delta affecté à l'engraissage des phacochéres et oiseaux migrateurs bagués des Parcs européens à 50% moins chers que la concurrence mondiale. Nous prions Ghazouany de nous intégrer dans cette ouverture de dialogue annoncée. cheikhany_ouldsidina@yahoo.fr .