25-05-2020 21:45 - Au Maroc, des transporteurs sénégalais piégés en plein désert à la frontière mauritanienne à cause du coronavirus

Au Maroc, des transporteurs sénégalais piégés en plein désert à la frontière mauritanienne à cause du coronavirus

France24 - Un groupe de transporteurs sénégalais coincés depuis deux mois à la frontière maroco-mauritanienne a alerté, vidéos à l’appui, la rédaction des Observateurs de France 24, le 19 mai, sur leur situation à Dakhla en plein désert au sud du Sahara occidental.

Alors qu’ils tentaient de regagner le Sénégal en mars par la route via la Mauritanie, ils ont été surpris par la fermeture des frontières décidée par les deux pays dans le cadre de la lutte contre le Covid-19.

La pandémie du coronavirus a affecté plus de 230 pays dont une majorité a décidé de fermer les frontières terrestres et aériennes pour enrayer la propagation du virus.

Ainsi le 18 mars, le Maroc qui compte, au 25 mai, 7495 cas de contaminations au Covid-19 fermait ses frontières terrestres avec la Mauritanie, qui, une semaine plus tard a fait de même. Une décision qui a piégé plusieurs dizaines de personnes dont des transporteurs sénégalais, lesquels commercent régulièrement avec le Maroc en transitant par la capitale mauritaniene Nouakchott.

Dans plusieurs vidéos envoyées à notre rédaction, on voit certains d’entre eux brandir désespérément des pancartes et dénoncer le manque de soutien de la part du gouvernement sénégalais.

Selon les chiffres du Consulat général du Sénégal à Casablanca, environ 105 personnes sont actuellement bloqués en plein désert au Sahara occidental - un territoire que se disputent le Maroc et le Front Polisario, un mouvement indépendantiste - dont 32 à Bir Gandouz et 62 à Dakhla à 80 kilomètres de la frontière avec la Mauritanie.

“Nous n’avons plus d’argent. Nos marchandises pourrissent sous le soleil”

Parmi eux Mor Sall Drame, qui se présente comme le porte-parole d’un groupe de 16 transporteurs Sénégalais. Selon lui, ils ont été bien plus chanceux que le reste de leurs compatriotes, car ils ont été pris en charge très vite par les autorités marocaines.

Nous sommes vraiment fatigués. Le gouvernement sénégalais ne fait rien pour nous. Chaque mois, je fais un aller-retour entre le Maroc et le Sénégal où je vis. Je viens vendre ici du poisson séché et je repars avec beaucoup de marchandises comme du savon traditionnel, des huiles essentielles et des djellabas (....).

Je suis venu le 3 mars à Casablanca. J’y suis resté quelques jours. Le temps de vendre mes marchandises et d’en prendre d’autres pour le Sénégal. J’ai quitté Casablanca le 15 mars. Les frontières n’étaient pas encore fermées.

Pour se rendre à Guerguerat, le poste frontalier au sud du Sahara occidental, il faut passer par Dakhla où la police délivre un laisser-passer à présenter à la frontière. Mais nous y avons perdu trois jours, le temps d’avoir ce document administratif.

Quand finalement nous nous sommes rendus à la frontière, le 19 mars, les frontières étaient déjà fermées. Certains Sénégalais étaient même bloqués dans le no man’s land entre le Maroc et la Mauritanie. Nous avons dû manifester pour que les autorités sénégalaises interviennent et fassent escorter nos frères jusqu’au Sénégal.

Mais nous qui sommes restés bloqués du côté du Maroc, nous n’avons pas eu cette chance. Nous étions obligés de revenir sur Dakhla. Nous avons appelé l’ambassade du Sénégal et le consulat pour qu’ils nous aident mais sans succès.

"Nous avons dormi dans nos voitures"

Avec mes collègues, nous sommes restés dans un premier temps dans une auberge mais au bout d’une semaine, nous n’avions plus les moyens. On a commencé par dormir dans nos voitures. C’était très difficile. Cette situation a duré deux semaines. C’est ensuite que les autorités provinciales de Dakhla, nous ont trouvé des chambres dans un hôtel et ont pris en charge la nourriture.

Ce n’est qu’à ce moment que l’ambassade du Sénégal s’est manifestée et a envoyé un représentant pour nous enregistrer. Ils ont pris en charge le logement de ceux qui n’avaient pas pu bénéficier de l’aide marocaine. Mais ils doivent encore se débrouiller pour la nourriture.

On est plus d’une soixantaine ici à être bloqués. Le gouvernement nous a abandonnés. Nous voulons rentrer chez nous. Nous n’avons plus d’argent. Nos marchandises pourrissent sous le soleil.


“Ils sont soutenus et accompagnés par le gouvernement du Sénégal”

Contacté le 19 mai, par la rédaction des Observateurs de France 24, Moïse Sarr, secrétaire d’Etat chargé des Sénégalais de l’extérieur auprès du ministère des Affaires étrangères, confirme avoir été informé de la situation. Mais dément être resté insensible.

Aussitôt informés, nous avons procédé via le consul général à Casablanca à un recensement pour leur porter secours et assistance. Depuis le 22 mars, certains ont été pris en charge assez rapidement par le Maroc et d’autres par le consulat général du Sénégal de Casablanca.

Ils sont soutenus et accompagnés par le gouvernement du Sénégal en terme de logement et de restauration. Ils reçoivent une pension quotidienne de 1800 francs Cfa (moins de 3 euros) par jour.

Mieux, nous leur avons aussi donné la possibilité d’être rapatriés par avion comme cela a été fait le 21 mars pour des Sénégalais à Casablanca et comme cela est en train d’être fait depuis le 12 mai pour ceux qui sont en France.

Mais ils ont décliné l’offre en disant qu’ils ont des voitures et des marchandises. Et qu’ils préfèrent prendre la route. Ce qui n’est pour l’instant pas possible parce que pour venir au Sénégal, il faut traverser la Mauritanie qui est un pays souverain qui a décidé de fermer ses frontières.

Cependant, ils ont été pris en charge en attendant qu’un accord soit trouvé avec les autorités mauritaniennes.


Une aide d’urgence de 19 millions d’euros pour soutenir la diaspora

Mor Sall Drame confirme le rejet de la proposition du rapatriement. Mais le transporteur affirme n’avoir reçu en plus de deux mois que 300 dirhams (27 euros) de la part des autorités sénégalaises à la date du 19 mai. Mais lundi, Mor Sall nous confie avoir reçu samedi 23 mai du consulat, 784 dirhams (73 euros) par transfert d'argent. "Le consulat avait promis nous envoyer 80 euros. Nous venons de recevoir cet argent. Mais cela n'atteint pas la somme promise."

Contacté, Massamba Sarr, consul général du Sénégal à Casablanca assure que "les ressortissants sénégalais au Maroc inscrits en ligne, y compris ceux bloqués à la frontière recevront chacun une aide de 50 000 francs Cfa (75 euros). Les Sénégalais venant d’Europe et bloqués sur les vols aériens au Maroc recevront chacun 350 euros d’assistance. Les négociations diplomatiques sont cependant en cours avec les autorités mauritaniennes. Dès que nos voisins rouvriront leurs frontières, ils pourront rentrer au Sénégal".

L’État sénégalais a débloqué une aide d’urgence de 12,5 milliards de francs CFA (plus de 19 millions d’euros) pour venir en soutien aux membres de la diaspora impactés par la pandémie, dont 500 millions de francs CFA (760 000 euros) destinés aux Sénégalais résidant au Maroc qui se sont signalés sur une plateforme dédiée. 13 000 personnes sont concernées par cette aide.

Le Maroc, est l’un des principaux fournisseurs du Sénégal. Selon Le Monde, les deux pays ont échangé en 2017, plus de 86 millions d’euros de marchandises.

Article écrit par Hermann Boko





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Source : France24
Commentaires : 1
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Commentaires (1)

  • hachmi (H) 25/05/2020 22:21 X

    La Mauritanie ne s'y prendra pas cette fois, la naïveté et la cupidité de ses forces de défenses et de sécurité, a mis à l'eau tout le capitale de lutte contre la COVID19, depuis l'appel prompt de son excellence Ould Cheikh Ould Ghazouani en fin janvier. La Mauritanie a même failli gagner la médaille de contrôle de la COVID19 avec 0 Cas pendant 2 semaines. Puis patatra depuis 10 jours tout est parti en vrille avec de 238 cas officiels et des centaines de cas tapis dans les demeures ! Tout cela à cause de l'extrême porosité de ses frontières.