29-08-2020 00:09 - Le député Biram Dah ABEID fait le compte rendu de son audience avec le Président de la république

Le député Biram Dah ABEID fait le compte rendu de son audience avec le Président de la république

BDA - Le Président de la république, Mohamed Ould Cheikh Ghazouani, a bien voulu me recevoir, le 28 août 2020. Nous avons pu discuter de la situation générale du pays.

Il m’a prêté toute son attention et consacré le temps nécessaire à l’échange, franc, entre le Chef de l’Etat et un citoyen, représentatif d’une partie de l’opinion. Je tiens, ici, à le remercier de sa courtoisie habituelle et de ses facultés d’écoute.

Parmi les sujets abordés ensemble, je mentionne la reconnaissance de partis et d’associations jusqu’ici interdits, les suites de la Commission d’enquête parlementaire (Cep), l’implication de la justice et du pouvoir exécutif dans l’éradication de la mauvaise gouvernance et de l’impunité de celle-ci.

Les assurances du Président attestent qu’il n’y aura ni règlement de compte, ni complaisance ; ainsi, confirment-elles, ses propos antérieurs sur la séparation des pouvoirs, que la Constitution consacre.

J’apporte mon soutien, avec vigilance, à cette orientation inédite dans l’histoire de la Mauritanie, depuis le renversement du régime civil en 1978. Je rappelle que la profondeur de la corruption et sa banalité requièrent, dès à présent, une tolérance zéro et la traque, au sein de la fonction publique, des faux diplômes, du tribalisme et des promotions imméritées. La corruption appauvrit, fait honte et pousse à la révolte. La Mauritanie n’a plus la force de continuer à couvrir les crimes de prédation, quand la majorité de sa population, toutes appartenances confondues, réclame l’Etat de droit, la réparation l’équité et un minimum de dignité matérielle.

Le Président de la république m’a semblé résolu à favoriser un nouveau pacte social, sur la base du mérite, de la compétence et de l’égalité des chances, loin des faux diplômes, de la préférence ethnique et de la complaisance. Je lui ai réitéré la certitude de notre concours enthousiaste, sur la voie de la refondation du pays, de ses institutions et lois. Quand le pouvoir tiendra de tels engagements, notre soutien ne lui manquerait. S’il en dévie ou hésite, nous lui rappellerions sa mission, propositions alternatives à l’appui et dans le souci scrupuleux de la non-violence.

Le temps, de la confrontation systématique nous paraît révolu car la Mauritanie change, et depuis l’alternance de juin 2019. J’ai la faiblesse de croire que l’espoir, à la réalisation duquel mes compagnons de lutte ont enduré et se sont sacrifiés, est maintenant à portée. Je leur dis toute ma fierté d’avoir porté leurs revendications légitimes. Aujourd’hui, je rends surtout hommages à mes frères et sœurs, travailleurs de leurs mains, paysans, ouvriers, portefaix et leur promets la victoire sans ressentiment ni revanche.

Je saisis aussi l’occasion de rappeler notre impatience de participer au jeu politique, nos alliés et nous, à visage découvert et dans des cadres autorisés par la loi, d’où la décision, tant attendue, de notre reconnaissance. Nous sommes des mauritaniens à part entière, pas un danger public. Avec nous, la démocratie grandit et avance, d’un pas sûr. Je tiens à revenir sur certaines de nos revendications auxquelles la plupart des partis restent sourds, sans doute à cause de lacunes ou de réserves idéologiques :

1. La réforme de l’éducation nationale en vue de généraliser l’enseignement des langues étrangères et nationales, loin du monolinguisme actuel, source de discrimination, de chômage et d’extrémisme religieux ; l’école publique doit redevenir le creuset de l’unité nationale et de l’excellence.

2. L’abrogation de la loi dite d’amnistie de 1993, qui insulte les victimes innocentes du racisme, empêche la publication de la vérité et désespère, les survivants, de se sentir protégés dans leur pays ;

3. Une meilleure résolution du Conseil suprême de la magistrature, à sanctionner les personnels de justice quand ils restreignent l’application des normes en matière de pénalisation de l’esclavage et des pratiques associées ;

4. L’annulation de l’article 306 du code pénal, car la Mauritanie ne saurait combattre le terrorisme et, simultanément, appliquer le programme juridique de l’extrémisme violent ;

5. Notre réintégration complète au sein de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), où nombre de nos compatriotes travailleurs expatriés se plaignent de tracasseries et de perte de rendement ; pourquoi s’obstiner et que nous a apporté la sortie en 2000 ?

6. La signature, par le gouvernement, d’une déclaration spéciale établissant la compétence de la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples, à recevoir les plaintes d’associations et de particuliers. Plusieurs Etats membres de l’Union, nous ont précédé ;

7. La ratification du Statut de Rome créant la Cour pénale internationale (Cpi), seule juridiction qui constitue un rempart devant les risques de génocide. Selon quelle rationalité, la Mauritanie, se tient-elle en marge d’une entité, désormais de compétence universelle ?

8. L’adoption de mesures de sensibilisation et de sanction exemplaire, à l’endroit des auteurs et complices d’abattage d’arbres et de dégâts sur la biodiversité, grâce au renforcement des peines contre les infractions à l’intégrité du patrimoine naturel ; il y a lieu de tarir le commerce du charbon de bois, par l’investissement massif dans les énergies renouvelables et à la démocratisation de l’accès au gaz butane ;

9. Redéployer les ambassades en fonction de la densité de nos compatriotes à l’étranger et des intérêts stratégiques du pays ; le même impératif dicte, à la Mauritanie, de n’avoir plus que des amis et d’éviter les aventures de rupture des relations diplomatiques, hors contexte de belligérance directe avec un autre Etat ;

10. La restauration des symboles – déformés - de la nation, en particulier le drapeau et un hymne évocateur de notre diversité culturelle.

Biram Dah Abeid, député, président de l’association Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M)

Nouakchott, le 28 août 2020





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Source : BDA
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Commentaires (8)

  • Bertrand (H) 31/08/2020 19:07 X

    Je cite :''Le Président de la république m’a semblé résolu à favoriser un nouveau pacte social, sur la base du mérite, de la compétence et de l’égalité des chances, loin des faux diplômes, de la préférence ethnique et de la complaisance'' Pourtant le recrutement de 60 avocats en catimini et sans recours à aucune procédure avec possibilité de lui délivrer 30% des montants recouvrés est la gabegie même, la violation de la loi, le manque de transparence et peut être la corruption en soubassement.

  • nemahaidara (F) 29/08/2020 17:05 X

    Pourquoi tu n’as pas évoqué avec le général -président la situation des terres de la vallée alors que cela occupe la scène ? Biram que prépares tu ? Pourquoi tu avances masqué ? Est ce à cause de la covid ?

  • moukhabarat (F) 29/08/2020 10:36 X

    Biram confirme ici son attachement à sa base haalpular qui est son véritable soutien à l'étranger notamment

  • ngongatane (H) 29/08/2020 09:55 X

    Nous voulons le recensement de nos familles

  • Destroyer (H) 29/08/2020 08:27 X

    Tu as de la chance Birane. Tu viens voir les presidents au debut de leur mandat, ils te donnent un bon chèque, tu sors et tu dis de bonnes choses d eux. Quand l argent se termine, tu les chauffes et retour à la case départ

  • wakhty (H) 29/08/2020 07:59 X

    courage ;pas de haine mais fermeté .

  • mdmdlemine (H) 29/08/2020 06:40 X

    Merci profondemment Biram Merci le président Vous êtes resté égal à vous même comme le président Ghazouani est resté un homme de parole, de consensus, d'espoir en dépit des épines plantées sur son chemin par son ex compagnon d'armes qui continue de rugir aprés avoir mi le pays à ses genous et oevrer à le mettre à feu et à sang pour assouvrir ses pulsions et caprices personnels Le pays a besoin de ghazuoani et de biram, de la contribution de tous ses fils * Biram vous l'avez bien rester vigilants et faire que dans ce pays soit éradiquer l'injustice et les disparités surtout assainir l'administration des faux diplomes qui alourdissent le fardeau social, économique et culturel Grand merci encore mon président bizarre j'ai revé hier soir que je vous ai rencontré et qu'on s'est salué avec chaleur sans doute pour avoir lu et relu votre audience au palais et les résultats positifs que cela avait donné Cela m'a impressionné et m'a rejoui, parce que je pressentias ghazounai un homme de paix et vous un homme patriotique cela aussi me reconfortait pour l'avenir du pays surtout quant vous le temps de la confrontation est revolu On ne peut être que sensible à tous cela parce que le pays est fragile et a besoin de sacrifices, de volontés sincères et de reformes courageuses et engagé&es

  • duroowo (H) 29/08/2020 05:51 X

    Merci president Birama mais je pense tu as oublier un point important le retour des refugees mauritanien laisser a leur sort au Mali et au Senegal.