01-05-2021 08:30 - Côte d'Ivoire: retour d'exilés pro-Gbagbo et prisonniers libérés

Côte d'Ivoire: retour d'exilés pro-Gbagbo et prisonniers libérés

TV5 MONDE - Les gestes d'apaisement politique se sont multipliés vendredi en Côte d'Ivoire où des exilés, partisans de l'ex-président Laurent Gbagbo, sont rentrés après dix ans d'exil, au moment où était annoncée la libération d'une centaine de prisonniers accusés de violences liées à la présidentielle de 2020.

Six partisans de l'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo, dont d'anciens cadres de son parti, ont atterri à Abidjan en provenance du Ghana sous la houlette du Haut-commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR), en accord avec le gouvernement ivoirien, au nom de la "réconciliation nationale".

Les exilés, parmi lesquels figurent l'ancien ministre du Budget, Justin Katinan Koné, et la soeur cadette de Laurent Gbagbo, Jeannette Koudou, ont été accueillis à l'aéroport par plusieurs dizaines de militants, maintenus à bonne distance par la police, ainsi que les journalistes.

"Je suis sereine, j'ai le cœur réjoui", a déclaré Mme Koudou lors d'une conférence de presse, se disant "pleine de reconnaissance" pour ses "camarades" du Front populaire ivoirien (FPI) créé par son frère.

Parmi les exilés de retour figure aussi Damana Pikass, qui s'était rendu célèbre en arrachant des mains d'un membre de la commission électorale des résultats par région qu'il était en train de lire en direct à la télévision, qui allaient donner vainqueur Alassane Ouattara face à Laurent Gbagbo à la présidentielle de 2010.

Ce refus de Gbagbo d'admettre sa défaite avait provoqué une grave crise post-électorale qui avait fait quelque 3.000 morts.

Le retour des exilés précède celui attendu de Laurent Gbagbo lui-même, après son acquittement le 31 mars par la justice internationale de crimes contre l'humanité commis pendant cette crise.

Disant éprouver un "sentiment de joie après dix ans loin de la mère patrie, dix ans loin de l'affection familiale", Damana Pikass a affirmé être rentré pour préparer, à sa demande, le retour de l'ex-président, "pour mobiliser autour du discours de la réconciliation et du rassemblement du peuple de Côte d'Ivoire".

Début avril, le président Ouattara a annoncé que M. Gbagbo était libre de rentrer en Côte d'Ivoire - depuis Bruxelles où il vit actuellement - quand il le souhaitait, mais aucune date n'a encore été arrêtée.

Des discussions sont en cours entre le gouvernement et le FPI pour fixer les modalités et la date de ce retour.

- "Prisonniers politiques" libres -

Alassane Ouattara a été réélu en octobre 2020 pour un troisième mandat controversé lors d'une présidentielle boycottée par l'opposition, ayant donné lieu à une crise électorale qui a fait une centaine de morts et un demi-millier de blessés entre août et novembre 2020.

La tension est néanmoins retombée ces derniers mois, les élections législatives de mars s'étant déroulées dans le calme et avec la participation de l'opposition.

Au moment où rentraient les exilés du Ghana, Richard Adou, procureur d'Abidjan, a annoncé à la presse la libération d'une centaine de personnes que l'opposition appelle des "prisonniers politiques", incarcérées pour leur rôle présumé dans les violences liées à la dernière présidentielle.

"Les juges d'instruction ont ordonné les 28 et 29 avril la mise en liberté provisoire ou sous contrôle judiciaire d'une centaine d'inculpés", a déclaré le procureur.

"A ce jour, 102 personnes pour lesquelles les investigations se poursuivent restent détenues", a-t-il ajouté, précisant toutefois qu'elles pourraient bénéficier d'une libération provisoire ou sous contrôle judiciaire.

Parmi les personnes libérées, Pulcherie Gbalet, une figure de la société civile ivoirienne, a appelé vendredi à "une véritable réconciliation" nationale, deux jours après être sortie de prison où elle vient de passer huit mois, notamment pour "incitation à la révolte".

Elle a espéré que le troisième mandat du président Alassane Ouattara contre lequel elle s'est battue et "qui a fait tant de victimes, sera celui de la vraie réconciliation sans ruse et sans faux fuyant".

Par Christophe KOFFI, David ESNAULT

AFP





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