05-05-2021 11:54 - En conférence de presse … Ould Abdel Aziz se défend et charge Ghazouani
L'Eveil Hebdo - C’est un Mohamed Ould Abdel Aziz d’attaque qui a fait face, mercredi soir à la presse.Entouré de son épouse et de ses proches, l’ancien chef de l’Etat (2008/2019) a, durant trois tours d’horloge rejeté en bloc les accusations portées à son encontre.
Une sortie médiatique au cours de laquelle il a dénoncé le traitement indigne dont il est victime, l’avènement « d’une dictature » reposant sur une alliance entre le nouveau pouvoir et la mouvance qui constituait l’opposition pendant son magistère.
Dénonçant une campagne hostile à sa personne, depuis qu’il a quitté le pouvoir en août 2019, Ould Abdel Aziz a fait savoir « quand on accuse quelqu’un, il faut qu’on mette le maximum, il faut qu’on fasse le maximum pour l’incriminer en passant par l’intoxication, en passant par des sites qu’on utilise, en passant par la presse nationale, la presse étrangère.
L’objectif, c’est de m’incriminer », estime Mohamed Ould Abdel Aziz.Il se dit déterminer à lutter contre la ‘’confiscation’’ de la démocratie. ‘’J’ai été pris pour cible peu de temps après ma passation du pouvoir, quand des personnalités proches de l’actuel président, avaient commencé à diffuser des rumeurs, visant à écorner ma réputation et selon lesquelles, à mon départ du pouvoir, l’État était au bord de la faillite, a affirmé Ould Abdel Aziz
‘’J’avais contacté le président et discuté avec lui sur le sujet, a-t-il dit, affirmant avoir laissé 21 milliards dans le Trésor public, en plus de réserves en devises de 1,13 milliard de dollars et de centaines de grammes d’or.
Un groupe issu d’une seule région liée au pouvoir a commencé, après mon retour au pays, à me cibler et à essayer de m’éloigner du parti, a-t-il ajouté, soulignant avoir discuté cette question avec le président Ghazouani, dont, j’ai compris des échanges, qu’il est convaincu que le parti appartient à l’État. Ce qui est contraire aux principes de la démocratie.
Mon ciblage s’est poursuivi même après avoir abandonné le parti, notamment à travers la création d’une commission d’enquête parlementaire illégale’’, a-t-il poursuivi.
Je ne renoncerai jamais à mes convictions politiques et à mes sacrifices consentis pour le pays, a-t-il martelé.
Je ne quitterai pas le pays vers un autre, quelques soient les restrictions, la terreur et l’embargo exercées, a-t-il affirmé.
Je ne renoncerai pas à mes positions et je n’abandonnerai pas l’exercice politique, même si cela me coutera l’emprisonnement, a dit l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz au cours d’une conférence de presse organisée le mercredi soir, 28 avril dernier, affirmant que la fin est citoyen et que l’Etat n’est rien, s’il piétine la loi.
‘’Certains m’ont conseillé de ne pas m’exposer ainsi que ma famille au danger, disant qu’on ne défie pas l’Etat ; ce qui n’est qu’une perception héritée de la période coloniale, dés lors où l’Etat signifie légitimité et loi, et dont le non-respect fait qu’il n’est rien, a-t-il ajouté.
J’ai fait l’objet ainsi que mon environnement de persécutions, dont le gel de nos biens, la suspension de la pension de retraite, le non-paiement du salaire d’ancien président depuis mon départ du pouvoir, a-t-il souligné, précisant toutefois ne pas se plaindre et ne pas demander l’aide, puisque je peux vivre même avec des pierres.
Si les membres de ma famille ne sont pas disposés à assumer à mes côtés la responsabilité de la défense de la patrie et du citoyen, ils n’ont qu’à choisir une autre voie, a-t-il poursuivi.
L’ancien président a été inculpé le 12 mars dernier avec une douzaine de personnes, dont deux de ses gendres et deux de ses anciens Premiers ministres pour ‘’malversations financières, corruption, dilapidations et détournements de biens publics. Jusqu’à présent, l’ex-président a refusé de répondre aux juges, s’estimant couvert par son immunité d’ancien chef de l’État.
C’est la suite logique de la campagne de dénigrement, selon lui. « Je ne suis pas passible de poursuites, tout ce qui m’est reproché ne me concerne pas, se défend-il.
Ce ne sont que des pures imaginations et des mensonges des gens qui disent qu’ils ont des comptes à régler avec moi parce que je les ai combattus pendant toute une décennie. Je parle de parlementaires, de l’opposition aussi, ils sont affiliés au système actuellement ».
Ould Abdel Aziz s’est encore référé à l’article 93 de la Constitution en justifiant son silence devant les enquêteurs et en dénonçant la "violation" de son immunité présidentielle.
Ould Abdel Aziz a rejeté la décision créant la commission d’enquête parlementaire avant de renouveler son attachement à l’article 93 de la constitution qui lui confère une immunité contre toute poursuite, même après son départ de la présidence, regrettant cependant son existence car il souhaitait pouvoir s’exprimer.
‘’Gouvernance peu vertueuse’’
L’ancien chef de l’Etat n’a pas été tendre avec son successeur. Il s’est évertué à démystifier la gouvernance sobre du pouvoir de Ghazouani. Chiffres à l’appui, Ould Abdel Aziz rappelle de nouveau les ‘’incohérences’’ de l’actuel pouvoir à savoir selon lui « une hausse du traitement mensuel des députés de 480.000UM, en l’espace d’une année et 4 mois.
Plus de 160% de hausse du budget de la présidence, dans un contexte sanitaire caractérisé par la fin des déplacements, avec des activités se faisant uniquement à travers les vidéos conférences, en plus d’une réduction du personnel.
Cet argent sert en réalité à financer une campagne contre ma personne, menée à l’aide d’un amalgame entre partis politiques, députés, opposition, presse …. Une cabale dont l’unique objectif est de nuire à ma personne à travers une stratégie de règlement de comptes et de déstabilisation’’,a-t-il soutenu.
Mohamed Ould Abdel Aziz a également dénoncé "la suspension" de son salaire d’ancien président d’ancien président de la République depuis le 01 août 2019, date d’investiture de son successeur, Mohamed Cheikh El Ghazouani. Il a évoqué "le gel" de ses avoirs ainsi que des biens de son entourage et "la suspension" de leur pension de retraite.
Ould Abdel Aziz s’en est pris de nouveau à l’actuel gouvernement, passant en revue les différents domaines de la vie publique, et évoquant, selon ses propos, la corruption endémique qui y sévit, s’appesantissant sur les augmentations successives du budget de la présidence et des salaires des députés.
Ce sont les hausses des budgets de fonctionnement qui sont à l’origine de la flambée des prix ; les taxes étant imposées sur les produits de consommation pour augmenter les budgets lesquels servent de ressources au fonctionnement précité.
‘’Mes fonds sont légaux ‘’
L’actuel président, Mohamed Ould Ghazouani sait que la corruption n’existait pas au cours de la décennie, a affirmé l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz, au cours d’une conférence de presse organisée mercredi soir dernier, 28 avril courant à Nouakchott.
Il a travaillé avec moi tout le long de la décade en tant que Chef d’Etat-major général de l’armée, puis ministre de la Défense après sa retraite, afin de s’informer de près sur la gestion du gouvernement, a-t-il dit.
Je défie Ould Ghazouani, puisqu’il savait que la corruption n’existait pas et puisqu’il connait qu’on débatte ensemble d’études et de dossiers se rapportant à l’Etat-major général de l’armée de 1,2 milliards, que je finisse par ramener à force de discussions à 400 millions, a-t-il ajouté.
Ould Ghazouani connait en personne cela et sait que mes biens sont légaux et qu’ils ne contiennent aucune ouguiya appartenant à ce peuple, qualifiant ce dernier de fragile et de démuni.
Il sait aussi que je n’ai reçu aucune ouguiya illégale, ni au cours la période de pillage à laquelle ces groupes avaient participé, ni au cours d’autres, a-t-il poursuivi.
J’ai passé 31 ans dans les rangs de l’armée, au cours desquels j’ai servi avec intégrité, sans faire partie des officiers chargés de la gestion, mais plutôt investis des soldats, des armes et des munitions, a-t-il dit, soulignant par ailleurs ne pas faire partie des officiers qui vendaient les armes et des munitions.
Mohamed Ould Abdel Aziz qui a observé un mutisme total un an et demi devant les enquêteurs, a tenté de revêtir le costume de l’opposition, critiquant la situation générale du pays et évoquant « un vide depuis que l’opposition a choisi de se taire et se pointer aux abonnés absents, un vide que je vais remplir » a-t-il notamment déclaré.
Ould Abdel Aziz qui a rejoint le parti Ribat national pour la défense des droits et construction des générations dirigé par un ex membre de IRA Mauritanie Saad Ould Louleid, a critiqué l’action de la majorité des départements ministériels au cours des deux dernières années.
L’ancien président a réaffirmé qu’il persistait dans son choix politique, ajoutant qu’il était prêt à aller en prison et qu’il ne quittera pas le pays.
‘’A chaque fois que j’intègre un parti politique, celui-ci est systématiquement victime d’un harcèlement dictatorial pire que celui connu les régimes communistes d’une certaine époque. Une puissante campagne sans fondement sur le plan juridique, à laquelle participe également la presse internationale ».
Déterminé « à faire de la politique et à s’imposer sur la scène », l’ancien président soutient que son dossier n’est pas devant la justice, mais l’objet d’un traitement politique au niveau du parquet, après la police.
Une procédure reposant sur« des mensonges » dont l’objectif est de justifier tous les actes d’intimidation dont il est l’objet et ternir « sa décennie de gouvernance ».
L’ancien président Mohamed O. Abdel Aziz est resté évasif, sans jamais dévoiler l’origine de sa fortune, promettant cependant de le faire dans le lieu et le moment appropriés.
Un patrimoine de 29 milliards MRO
Selon un document publié par Sahara Medias relatif au patrimoine de l’ancien président qui a été saisi par le pôle chargé des enquêtes dans l’attente de son procès pour corruption, évoque plus de 29 milliards d’anciennes ouguiyas sous forme de dépôts dans des banques ou sous forme de liquidités confiées à des personnes physiques.
La justice a saisi 7,2 milliards (MRO) sous forme de dépôts dans banques nationales en plus d’autres liquidités en monnaies nationale et étrangère.
Les montants confiés à des personnes physiques qui ont attesté leur appartenance à l’ancien président ont atteint 6,8 milliards (MRO).
Il faut ajouter à cela des biens fonciers, des usines, des projets agricoles, des marchés, des immeubles, des villas à usage d’habitation, des centres de villégiature, des terrains à usage d’habitation, de commerce et de tourisme pour une valeur estimée à 12,5 milliards d’anciennes ouguiyas (MRO).
A été également saisie la valeur de 2,5 milliards (MRO) sous forme de voitures, des camions, des engins et des ateliers de prospection, du matériel mobile de forage en plus d’autres matériels techniques.
Enfin parmi le patrimoine saisi pour une valeur de 356 millions d’ouguiyas (MRO) des camelins, des bovins améliorés génétiquement, des caprins, des ovins, des chevaux et des biches.
Saydou Nourou T.
